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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 02:31
NIVEAU DE VIE. PAR POINTS OU NON, LA RÉFORME N’ÉPARGNE PERSONNE (L’HUMANITE - Vendredi 27 Décembre 2019 - Pierric Marissal)

 

Si le passage à la retraite à points frapperait les plus jeunes, les autres seraient aussi touchés par le projet du gouvernement. Ce dernier exige de réaliser 30 milliards d’euros d’économies d’ici à 2030, qui se concentreront sur les personnes nées entre 1960 et 1975.

Vous pensiez être épargné par la réforme des retraites, car le passage au système à points ne vous concerne pas ? C’était sans compter la mise en place de l’âge pivot, la solution privilégiée par l’exécutif pour couper dans les dépenses. Parmi les grands enfumages du gouvernement, affirmer que les personnes nées avant 1975 ne seront pas concernées peut tenir la palme. Le premier ministre a ainsi affirmé sa volonté de mettre en place des « mesures d’équilibre » avant la généralisation du système à points (en 2037), lesquelles toucheront les personnes nées entre 1960 et 1975. En se basant sur les prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR), il entend réaliser 30 milliards d’économies à l’horizon 2030 à leurs dépens.

Un système de bonus/malus

« Voilà encore une preuve que le débat démocratique n’est pas clair du tout. Le gouvernement tente de faire croire aux gens qu’ils ne sont pas concernés par la retraite en refusant de donner des clés concrètes de compréhension, et ce, alors qu’une grève d’ampleur est en cours », dénonce Agathe, porte-parole de Nos retraites. Ce collectif citoyen vient de publier un rapport édifiant, dédié aux conséquences que la réforme aura sur les actifs nés avant 1975. La mesure qui a été présentée mercredi 11 décembre par Édouard Philippe vise à instaurer un âge pivot, aussi appelé « âge d’équilibre », à 64 ans. Son principe est d’inciter à partir plus tardivement en pénalisant les départs à 62 ans, et ce, quelle que soit la durée de cotisation, via un système de bonus/malus.

Le rapport du COR précise les contours d’une telle mesure, sous le nom d’ « âge minimal du taux plein ». C’est, parmi tous les scénarios possibles, celui que le gouvernement entend mettre en place progressivement, dès 2022, trimestre par trimestre, jusqu’en 2027. Le vice a été poussé jusqu’à demander aux syndicats de statuer eux-mêmes sur la progressivité de la mesure et des bonus/malus, alors que tous y sont fermement opposés. En moyenne, il faudra repousser l’âge de départ à la retraite de quatre mois par an entre 2022 et 2027. « Même mise en place sur cinq ans, la violence sociale de la mesure sera réelle. Il faudra travailler plus longtemps, sous peine de subir une perte sèche de la pension », assure Agathe. « Plus des deux tiers des personnes nées entre 1960 et 1975 seraient ainsi concernées : elles verraient leur décote s’aggraver ou leur surcote diminuer », a calculé le rapport.

Selon les cas types présentés par le collectif Nos retraites, il leur faudrait travailler de cinq à huit trimestres supplémentaires, sous peine de voir le montant de leur pension baisser de près de 10 %. Seules les personnes qui, à l’âge d’équilibre, n’atteignent pas encore le nombre de trimestres donnant droit à un taux plein, ou celles qui devaient déjà partir à la retraite à 67 ans, ne subiraient pas les effets négatifs de cette mesure. « La mise en place d’un âge pivot pénaliserait en outre les personnes disposant d’un petit salaire de référence (la moyenn e des salaires des vingt-cinq meilleures années – NDLR) et d’une carrière longue (à temps partiel par exemple), qui devront attendre non seulement une carrière complète, mais également l’âge de 64 ans pour bénéficier des minima de pension », poursuit le rapport.

Un étau d’austérité

Et puis la froide réalité des chiffres doit se confronter au vivant. À l’espérance de vie en bonne santé qui plafonne à 63 ans. Au fait qu’à peine un senior sur deux est encore en emploi lorsqu’il part à la retraite. « À partir d’un certain âge, on n’est plus les bienvenus dans les entreprises, on est poussés vers la sortie, remarque Agathe. Il faut réaliser que ceux qui sont partis dans des dispositifs de préretraite, comptant sur une indemnité et deux années de chômage, risquent de se retrouver aux minima sociaux, car, avec la mise en place de l’âge pivot, ils devront travailler six mois, voire un an de plus que ce qu’ils avaient calculé. Cela va générer toujours plus de précarité. »

Cet étau d’austérité qui entend corseter le système de retraite restera si la réforme passe. Par points ou non, tout le monde est concerné. C’était le but avoué de la commande passée par Matignon au COR, l’été dernier, de calculer « la contribution que pourrait apporter chacun des trois leviers que sont le montant de la pension moyenne, l’âge moyen de départ à la retraite et le taux de prélèvement, au redressement de l’équilibre financier en 2025 », dit l’ordre de mission. Le conseil a dû y répondre, tout en modérant ses propres conclusions : « Le fait que le système de retraite présente un déficit en 2025 n’implique pas nécessairement pour tous les membres du COR que celui-ci doive être résorbé à cette échéance par des mesures d’économies. De même, le fait que ce rapport présente l’impact chiffré de potentielles mesures ne signifie pas que celles-ci soient considérées comme opportunes par tous. »

Le COR n’avait pourtant pas oublié de rappeler que les réserves constituées au sein des régimes de retraite s’élevaient, au 31 décembre 2017, à 136,9 milliards d’euros. Mais aussi que la dette sociale, qui sera remboursée en 2025, dégagera 16 milliards d’euros par an pour les caisses de la Sécurité sociale. Deux autres scénarios ont été écartés d’emblée par l’exécutif. La hausse des cotisations – ou la fin des exonérations de cotisations patronales accordées ces dernières années – fâcherait trop les amis du pouvoir. Une désindexation des pensions aurait engendré immédiatement trop de précarité et de colère. Restaient donc les mesures d’âge.

Pierric Marissal

 

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