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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 07:04

 

Emploi, salaires et retraites sont intimement liés. Le projet présenté par Édouard Philippe vise à permettre d’ajuster le montant de ces dernières au manque chronique de ressources. La réforme fait ainsi payer aux retraités l’addition de la crise et du chômage.

En touchant aux retraites, le gouvernement s’attaque au bien de tous les salariés. Payées aux trois quarts par les cotisations sociales, elles sont le fruit du travail de chacune et chacun. C’est pour cela qu’elles sont intimement liées à l’emploi et aux salaires, dont les cotisations sont une partie socialisée. Alors, quand le travail manque, que les cotisations rentrent moins facilement, du fait des exonérations décidées par les gouvernements, de la faiblesse des salaires et des inégalités femmes-hommes, c’est tout le système qui est fragilisé.

Dès lors, il y a deux voies possibles. Soit conforter le système en rehaussant le niveau des salaires et de l’emploi. C’est la voie que préconisent la CGT, FO et plusieurs forces de gauche (PCF, FI, NPA…), en agissant sur le levier de l’utilisation des richesses détournées par la finance. Soit l’adapter au manque chronique de recettes en baissant les pensions.

C’est la deuxième voie que le gouvernement a choisie, même s’il ne peut pas l’avouer franchement. La réforme annoncée par Édouard Philippe le 11 décembre ne comprend aucune surprise, hors le décalage de son application pour la faire commencer à la génération 1975, et tenter ainsi de désamorcer la mobilisation sociale. Pour le reste, elle est un copié-collé du rapport de Jean-Paul Delevoye remis en juillet : régime unique public-privé par points, « âge d’équilibre » budgétaire à 64 ans en deçà duquel sera instaurée une réduction de la pension (décote)… Tout était déjà su, contrairement à ceux qui prétendaient que les syndicats s’opposaient à la réforme sans la connaître.

On saura ce qu’on cotise, non ce qu’on reçoit

Dans ce projet, la valeur du point servira de variable pour baisser les pensions afin de respecter une « règle d’or » budgétaire qui interdira les déficits, et pour garantir que les dépenses de retraite ne pèseront jamais plus de 14 % du PIB. Le premier ministre promet pour rassurer qu’il sera inscrit dans la loi que « la valeur du point ne pourra pas baisser » : mais ce qui compte vraiment, ce sont les règles d’évolution du point par rapport aux salaires, à l’inflation, etc. Un conseil d’administration étroitement surveillé par l’État, où siégeront aussi syndicats et patronat, sera chargé des réglages permanents du système. Fini, les réformes qui mettent les gens dans la rue…

Avant même sa création, le premier ministre a déjà missionné cette instance pour mettre en place « l’âge d’équilibre » ou toute autre mesure qui permette d’économiser 8 à 17 milliards d’ici à 2025… Et ce n’est qu’un début. Dans son rapport, le haut-commissaire aux retraites dit notamment ceci : « Personne ne peut prévoir ce que sera la croissance économique, l’évolution du monde salarial, l’inflation, les nouvelles formes d’activité. (…). Or notre système de retraite actuel est très dépendant des hypothèses de croissance économique et d’emploi. » Pour rendre moins « dépendant » de l’économie et de l’emploi un système de retraite qui a un besoin vital de ressources, il n’y a pas 36 solutions : il faut ajuster en permanence le niveau des retraites aux ressources disponibles pour faire en sorte que le système s’auto-équilibre même en cas de fort chômage ou de crise gravissime. Le rêve de tout gouvernement libéral !

C’est ce que permet la flexibilité du système à points, un système à « cotisations définies », qui remplacerait celui en vigueur, dit à « prestations définies ». La différence ? Désormais, on saura à l’avance ce qu’on cotise, non plus ce que l’on reçoit. Un peu comme en Suède, où le régime à points entré en vigueur il y a vingt ans a fait plonger le niveau de vie des retraités.

Sébastien Crépel sebastien.crepel@humanite.fr

 

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