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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 12:12
Le même, le boucher de Hama, qui avait collé un procès en diffamation à Ian Brossat.
Habillé pour l'hiver le frère d'Hafez et l'oncle de Bachar!!! Dans une démocratie, la justice peut rattraper les chefs de guerre corrompus...
C'est heureux.

Justice De la prison requise contre Rifaat Al Assad pour "biens mal acquis"

Mercredi, 18 Décembre, 2019

Quatre ans d’emprisonnement et 10 millions d’euros d’amende. C’est la peine requise, le 16 décembre à Paris, par le Parquet national financier (PNF) contre Rifaat Al Assad, oncle du dictateur syrien Bachar Al Assad.

Quatre ans d’emprisonnement et 10 millions d’euros d’amende. C’est la peine requise, le 16 décembre à Paris, par le Parquet national financier (PNF) contre Rifaat Al Assad, oncle du dictateur syrien Bachar Al Assad. À la tête d’un empire immobilier en Europe, l’homme est un ancien ponte du régime syrien, persona non grata à Damas depuis 1984 et un coup d’État manqué contre son propre frère (le père de l’actuel dictateur). En France, le PNF l’accuse d’avoir frauduleusement bâti une fortune immobilière, à hauteur de 90 millions d’euros. Un joli trésor qui compte deux hôtels particuliers, une quarantaine d’appartements des beaux quartiers parisiens, un château et plusieurs haras dans le Val-d’Oise. Le PNF a réclamé la confiscation de l’intégralité de ces biens. Le magot proviendrait, selon les magistrats, de fonds syriens détournés et détenus par des sociétés luxembourgeoises gérées par les proches du prévenu. Cy. C.

Justice De la prison requise contre Rifaat Al Assad pour biens mal acquis  - Articles L'Humanité et Médiapart

Rifaat al-Assad, l’ex-protégé de Paris, comparaît, mais pas pour ses crimes de guerre

14 décembre 2019 Par Jean-pierre Perrin - MEDIAPART

Longtemps chouchouté par les services français et François Mitterrand, l’oncle de Bachar al-Assad comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de blanchiment aggravé. Dans l’ombre du procès, les grands massacres qui lui sont imputés en Syrie et ses relations avec la classe politique qui lui ont permis de devenir l’un des plus grands propriétaires fonciers de Paris.

est un jeu de Monopoly à l’échelle de l’Europe, avec un terrain de jeu qui s’étend de Paris à Londres, via Marbella, Gibraltar et Luxembourg. Sauf que les titres de propriété sont bien réels et que le joueur figure parmi les pires criminels de guerre de la planète. Mais la partie semble bel et bien finie : depuis ce lundi 9 décembre, Rifaat al-Assad, frère de Hafez al-Assad, oncle de Bachar et ancien vice-président de la Syrie, comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment en bande organisée, dans le cadre du dossier des « biens mal acquis », mais aussi pour travail dissimulé. Un dossier qui demeure néanmoins symbolique puisque les crimes de guerre qui lui sont imputés ne figurent pas à l’ordre du jour.

Le procès de Rifaat al-Assad, qui s’est déclaré « résident britannique », doit durer deux semaines. Il se déroulera en l’absence du prévenu, âgé de 82 ans, qui a invoqué des « raisons de santé ».

La plainte initiale, avec constitution de partie civile, a été déposée le 31 janvier 2014 par deux associations anticorruption, Sherpa et Transparency International France. Elles ont amené le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire sur les conditions d’acquisition de ce patrimoine, puis, après une instruction conduite par le juge Renaud Van Ruymbeke, à une inculpation pour corruption passive, sollicitation ou acceptation d’avantages par un agent public d’un État étranger ou d’une organisation internationale publique et blanchiment du produit d’un crime ou d’un délit, fait commis en bande organisée.

En principe, tout l’empire immobilier de Rifaat al-Assad sur le territoire français a été saisi par la justice depuis un arrêt du 27 mars 2017 de la cour d’appel – les justices espagnole et britannique ont fait de même. Mais à Bessancourt, dans le Val-d’Oise, les écuries du haras Saint-Jacques, que le Syrien possède depuis 1984 et qui fut longtemps son quartier général, sont encore habitées par ses proches. « Vous pouvez y aller. On ne vous tirera pas dessus. Ce n’est plus comme avant ! Faites attention quand même aux pitbulls », avait conseillé le propriétaire d’un centre équestre voisin lors d’une précédente visite. 

Le domaine lui-même s’étend sur 45 hectares. Il comprend un grand château, caché derrière de hautes futaies, des dépendances, des pâturages, un héliport et une immense piscine couverte en marbre, construite en dépit de l’opposition de la municipalité, qui n’en voulait pas en raison du sol schisteux. Depuis cette propriété, on a une vue plongeante sur la base de Taverny, qui fut longtemps le centre de commandement des forces aériennes stratégiques françaises, ce qui indique que le puissant seigneur des lieux avait toute la confiance de l’état-major.

Aujourd’hui la piscine est vide, il n’y a plus de chevaux et les anciennes écuries, en piteux état, ont été transformées en maisonnettes pour le personnel syrien, soit une petite vingtaine de familles, que Rifaat nourrit, loge et paye en liquide dans la plus totale opacité, sans qu’aucune administration ni aucune banque ne s’en soit jamais étonnée.

Dans un coin du parc rouillent trois Cadillac. Mais le château demeure en parfait état, avec un ameublement somptueux – dans un mauvais goût très affirmé –, et la grille en fer forgé s’ouvre encore de temps à autre pour laisser passer une voiture. Mais ce ne sont plus les Ferrari et Porsche d’antan, quand le domaine était flamboyant et que les gardes armés terrorisaient les promeneurs sur le chemin communal longeant le château et lâchaient leurs chiens sur eux à l’occasion.

Fin novembre 1984, bien que banni de Syrie, Rifaat va profiter de la visite de François Mitterrand dans ce pays pour regagner brièvement Damas, sachant que ses relations avec les services français lui valent protection. Dans son pays, il compte toujours des partisans, notamment à Lattaquié et dans la montagne alaouite, où on lui sait gré d’avoir maté les islamistes. Fort de cet appui, il exploitera chaque occasion pour essayer de prendre le pouvoir, prétendant succéder à son frère lors du décès de ce dernier en 2000, au détriment de Bachar al-Assad, et en 2013, se présentant comme un recours dans le conflit syrien, il aura des entretiens sans lendemain à Genève avec des officiels russes.

En même temps, pendant toutes ses années d’exil, Rifaat al-Assad se comporte en France comme en terrain conquis. « Quoi qu’il fasse en voiture, il ne payait aucune amende. Les services se chargeaient de régler les problèmes. D’ailleurs, chez lui, il y avait toujours table ouverte pour eux, confie un journaliste libanais à Paris qui avait un bon copain dans son entourage. Un matin, alors qu’il rentrait d’une folle soirée, vers huit heures et demie du matin, dans son hôtel particulier, il est tombé sur un homme de ménage. Se croyant menacé, il a sorti son flingue et a failli le descendre. »

Au milieu des années 1990, l’un de ses fils, âgé de 16 ans, sort éméché du VIP Room, une boîte des Champs-Élysées et, au volant d’une des Ferrari de son père, percute un jeune en scooter. La victime demeurera handicapée. L’affaire sera soigneusement étouffée. Aucune plainte déposée. Une explication possible à tant de complaisance est que, grâce à ses relations étroites avec les dirigeants saoudiens, il a pu servi d’agent d’influence dans les ventes d’armes au royaume.

Et puis Rifaat ratisse large. Il n’a rien d’un idéologue et ne rêve pas, comme son frère Assad, de restaurer la grandeur arabe. Il a des amitiés avec la dynastie marocaine. Et il n’a pas exclu, s’il prenait le pouvoir, que la Syrie noue des relations diplomatiques avec Israël. Pendant un temps, son chef de la sécurité a été un juif hongrois et, pour la petite histoire, le mari d’une animatrice vedette de la télévision française.

À Bessancourt, il s’est longtemps comporté comme un seigneur, l’ancien maire, un socialiste, lui cédant sur tout, tant il était fasciné par « le bourreau de Hama ». Il faut dire que celui-ci « arrosait » beaucoup la commune. Tout va changer en 2001 avec l’élection d’un nouveau magistrat, Jean-Christophe Poulet, un écologiste qui a aussitôt mis fin en 2001 à des pratiques qui avaient notamment permis la construction du gymnase, « financé par une valise d’argent liquide en 1996 et validé par la préfecture », le financement du centre social – pour compenser le fait que les petits Syriens du domaine sont accueillis dans les écoles de la commune – et d’aider diverses associations locales.

Puis il a engagé la lutte avec l’hôte du haras Saint-Jacques, transformant la sente communale qui sépare les logements délabrés du personnel en voie départementale pour mieux interdire aux gardes d’y circuler armés et de tirer le sanglier à l’arme automatique. Des batailles certes picrocholines, que le maire a largement remportées, bien que le Syrien les ait livrées avec l’appui des « services » français. « À trois reprises, j’ai eu en mairie la visite d’un officier, pas commode, qui me demandait : “Comment se fait-il que cela se passe mal avec les Syriens ? Il y a un intérêt d’État, il faut donc que cela se passe bien” », a-t-il raconté, lors d’une précédente visite à Bessancourt (il n’a pas souhaité nous reparler), précisant que l’officier ne voulait pas que son nom apparaisse sur l’agenda municipal.

Reste le problème du personnel, la vingtaine de familles qui semblent livrées à elles-mêmes dans le haras, où elles habitent sans droit ni titre, travaillent sans fiches de paie, avec des rémunérations sans doute aléatoires, et vivent dans des conditions déplorables, « avec des problèmes de sécurité sanitaire pour les enfants asthmatiques ». Cette situation, qui ne date pas d’hier, n’empêchait pas, il y a encore deux ans, le propriétaire des lieux de demander une extension du château.

Mais le haras Saint-Jacques n’est qu’une infirme portion de l’empire immobilier de l’ancien vice-président syrien. À Paris, il possède un hôtel particulier de sept étages, au 38 avenue Foch, un autre au 13 avenue de Lamballe, un appartement dans cette même artère, une dizaine d’appartements, certains panoramiques, au 100 avenue Kennedy à Paris, une dizaine d’autres au 79 quai André-Citroën et un terrain de 788 m2 non bâti, rue Jasmin. Il faut y ajouter des maisons et appartements à Taverny et près de 7 500 m2 de bureaux à la cité internationale de Lyon.

La plupart de ces biens sont détenus au nom de sociétés anonymes étrangères domiciliées à Luxembourg, plus une société française (SCI du 25 rue Jasmin) pour « gérer » la friche du XVIe arrondissement, dont la valeur est estimée à près de 3,6 millions euros, ou au nom de certaines de ses femmes et de plusieurs de ses 16 enfants. Ce qui permet à Rifaat al-Assad, souligne une source proche du dossier, « de n’apparaître dans aucun fichier administratif, de ne jamais remplir de déclarations fiscales (il est cependant assujetti à l’ISF), de n’avoir pas de compte bancaire à son nom ». Même son domicile véritable reste hypothétique : est-ce à Paris, à Marbella ou à Londres – où il bénéficie d’un splendide appartement au 50 South Street Mayfair ? Quant à sa nationalité, elle est double : il est syrien et citoyen de la République de… Grenade.

Si l’on regarde les comptes certifiés de ses sociétés basées au Luxembourg, on est abasourdi. Pour la Manitouling Holding SA, l’exercice 2010 – il n’y en a pas de plus récent – s’est traduit par un bénéfice net de plus de 165 millions d’euros !

Mais le patrimoine immobilier en France de Rifaat al-Assad n’est rien à côté de celui qu’il a acquis en Espagne à partir de 1988. Car la justice française a convaincu les juges espagnols d’enquêter aussi sur le Syrien et ses proches, dont l’origine des biens dans ce pays remonte là encore aux 300 millions de dollars fournis par Hafez al-Assad en 1984. Renaud Van Ruymbeke s’est donc rendu à Madrid pour fournir des informations à ses collègues espagnols, lesquels ont à leur tour lancé une vaste enquête et saisi, en avril 2017, 503 propriétés, dont l’une, la Marquina, s’étale sur plus de 3 300 hectares et est estimée à 60 millions d’euros. Toutes sont situées dans un périmètre relativement limité, entre Marbella et Puerto Banus, un port de luxe où la plupart des millionnaires espagnols ont leur yacht. Ils ont bloqué aussi de nombreux comptes.

De nouvelles enquêtes devraient suivre dans d’autres pays, ce qui place le Syrien en situation d’homme traqué. Reste le volet des innombrables crimes de guerre qu’il a commis dans son pays. Il y a bien depuis 2013 une procédure en ce sens en Suisse, en vertu du principe de compétence universelle, à l’initiative de Trial International, qui a fourni aux juges helvétiques un dossier volumineux. Mais la procédure est aujourd’hui enlisée. Aussi, les avocats de l’ONG et des plaignants dénoncent-ils « de graves manquements dans la procédure tels que l’annulation d’audiences, le refus d’interpeller et d’entendre le prévenu […], voire une volonté d’enterrer l’affaire »

 
C’est Abdallah ben Abdelaziz ben Saoud, l’un des 53 fils d’Ibn Séoud et lui-même futur roi d’Arabie saoudite, qui a cédé il y a bien longtemps le haras Saint-Jacques à Rifaat al-Assad. Des relations se sont nouées entre les deux familles : l’une des quatre femmes de l’ancien dirigeant syrien est la sœur d’une des épouses du souverain wahhabite.

À cette époque, la fortune de Rifaat est déjà phénoménale. Surtout si l’on songe qu’il est issu d’une famille alaouite pauvre et nombreuse de Qardaha, au cœur du pays alaouite. Au début de sa carrière, il n’était d’ailleurs, selon une autre source, que sous-lieutenant ou simple caporal des services de sécurité syriens au poste-frontière (avec la Turquie) de Bab al-Hawa. Car, à la différence de son frère Hafez, il n’a pas fait de véritables études militaires. Pour améliorer l’ordinaire, la solde étant médiocre, il profite de quelques prébendes, pratique fréquente chez les fonctionnaires syriens. Un haut responsable des douanes a raconté comment il empochait des petits billets de cinq livres pour faciliter le passage des véhicules.

Mais le coup de force perpétré le 22 février 1970 par Hafez al-Assad propulse le sous-lieutenant – ou le caporal – dans les plus hautes sphères. Le voilà promu colonel. À partir de 1971, il dirige les Saraya Al-Difaa an al-Thawara, les Brigades de défense de la révolution (l’Unité 569, de son vrai nom). Elles devaient être la garde prétorienne du régime. Elles deviennent vite une armée privée qui obéit au seul Rifaat. Elles sont surnommées les « panthères roses », à cause des treillis couleur pourpre que portent les miliciens. Selon Michel Kilo, un opposant « historique » au régime syrien, aujourd’hui réfugié à Paris, l’Arabie saoudite les finance et elles comptent 50 000 hommes, avec des blindés et de l’artillerie. Hafez al-Assad laisse faire. Il voit alors en son petit frère l’exécuteur de ses basses œuvres. Et il le sait prêt à tout.

En juin 1980, il préside les représailles contre les islamistes après que son frère a failli être tué par un membre de la garde présidentielle, probablement un islamiste. Le 26 juin 1980, une tuerie à la prison de Tadmor (Palmyre) fait entre 600 et 1 000 morts, selon les chiffres de l’ONG Human Rights Watch. Tous des Frères musulmans ou apparentés. Il y aura dix survivants, des détenus communistes qui ont été épargnés, dont huit sont aujourd’hui encore en vie – c’est grâce à leurs témoignages que l’on saura l’ampleur du carnage. Cette tuerie de masse va faire connaître le colonel Rifaat al-Assad à travers toute la Syrie. C’est par elle, il y a déjà plus de 30 ans, que la guerre civile, celle qui continue de disloquer la Syrie, a commencé.

Le 4 septembre 1981, en pleine guerre du Liban, survient l’assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare, à quelques centaines de mètres d’un barrage syrien. Dès le lendemain, l’ambassade sait que les tueurs venaient de Damas et un informateur a même donné leurs noms au premier secrétaire. « Impossible, eu égard à sa position au sein du régime, qu’il n’ait pas eu connaissance de l’assassinat », souligne un diplomate français ayant servi en Syrie. Cela n’empêche pas Rifaat al-Assad de se promener en France où, toujours sur la foi d’une dépêche diplomatique, en date du 17 août 1981, qui annonce l’octroi d’un nouveau visa diplomatique, il devait se trouver peu avant ou au moment même de l’attentat.

En février 1982, ce sont encore les Brigades de défense, avec d’autres forces d’élite, qui répriment un soulèvement islamiste dans la grande ville de Hama. Les affrontements qui s’ensuivront et la répression dureront plus d’un mois. Ce ne sont pas les islamistes qui en pâtiront – beaucoup ont pu s’enfuir – mais la population – environ 400 000 habitants –, tenue pour responsable de l’insurrection. Même s’il le nie aujourd’hui, Rifaat al-Assad dirige la répression. Le bilan sera terrifiant : entre 20 000 et 25 000 morts. Cette mise à mort d’une ville va littéralement imprimer la conscience de la Syrie jusqu’à aujourd’hui.  

300 millions de dollars pour développer son empire immobilier

Est-ce le bruit des grenades lancées à Tadmor ? Son audition est altérée et une note confidentielle du Quai d’Orsay en date du 25 juillet 1980, soit un mois après le massacre de Tadmor, nous apprend qu’il va se rendre à Bordeaux pour consulter un spécialiste de l’ouïe. « Il s’est fait accompagner par une trentaine de gardes armés », écrit le diplomate dans sa dépêche, à ce point stupéfait qu’il a souligné la phrase. Le document ajoute qu’un accord a été trouvé avec la douane française pour que son escorte puisse « entrer avec ses “matériels”, désignés sous l’étiquette “équipements sportifs” », mais que « la présence de ses gardes armés faisait l’objet d’une protestation de l’Union syndicale de la police nationale ».

La même note indique que Rifaat al-Assad possède déjà à Paris « un appartement avenue Foch et une villa en banlieue ». Si l’on ajoute les propriétés acquises à Damas et Lattaquié, l’ancien sous-fifre des services syriens sur la frontière syro-turque a déjà acquis un joli patrimoine immobilier depuis que son frère a pris le pouvoir. Dans d’autres notes confidentielles, on peut lire qu’il ne se déplace jamais en France sans être accompagné d’au moins 25 personnes, des membres de sa famille et leurs gardes du corps, toutes bénéficiant de passeports diplomatiques.

Mais, à partir de 1983, les relations entre les deux frères Assad se détériorent. Ayant rallié à sa cause une partie de l’establishment militaire alaouite, Rifaat cherche à se saisir du pouvoir en profitant de l’hospitalisation de son frère. La lutte fratricide menace de dégénérer en guerre ouverte. Les Saraya al-Difaa encerclent Damas, commencent à prendre des bâtiments publics et à désarmer l’armée régulière. Mais la plupart des hauts gradés alaouites qui sont à la tête des services de sécurité craignent l’arrivée au pouvoir du putschiste et s’y opposent. Hafez al-Assad ayant quitté l’hôpital, l’affrontement n’aura pas lieu. Rifaat capitule. Une explication aura lieu à Moscou, à l’invitation des dirigeants soviétiques. Rifaat est obligé de demeurer plusieurs mois dans la capitale russe, où son protecteur, Gaïdar Aliev, un des chefs du KGB, membre depuis 1982 du Politburo, ne pourra empêcher sa disgrâce à Damas. Il ne sera pas jugé mais ne peut plus y revenir.

Commence un long exil. Hafez al-Assad, pour sauver les apparences et calmer les partisans de son frère, le nomme… vice-président (il le sera du 11 mars 1984 au 8 février 1988) et lui donne une fortune. Selon l’ancien ministre syrien des affaires étrangères Abdel-Halim Khaddam, aujourd’hui en exil en France, le dictateur va puiser dans les caisses de l’État quelque 200 millions de dollars, à quoi s’ajoutent 100 autres millions provenant d’un emprunt à la Libye. Les 200 premiers millions proviennent des frais alloués par le budget national à la présidence de la République. Ce que confirmeront plus tard les enquêteurs français qui, en vérifiant les statistiques syriennes, ont constaté que les frais présidentiels, habituellement de l’ordre de 50 millions de dollars annuels, ont plus que quadruplé pour atteindre 214 millions en 1984, l’année où Rifaat a quitté le pays.

C’est avec ces 300 millions de dollars qu’il va développer son empire immobilier, d’abord en France, où il obtient de s’établir avec plusieurs dizaines de ses partisans après un séjour à Genève, Marbella, Londres… Il possède déjà de nombreux comptes dans divers paradis fiscaux car, en sa qualité de chef des Brigades de défense, il a racketté tant et plus, touché d’innombrables prébendes, organisé la contrebande en provenance du Liban, en particulier de voitures et de matériaux de construction, et le trafic des antiquités. En Syrie, il a mis la main sur le secteur des travaux publics. Khaddam estime qu’il a empoché ainsi 300 autres millions de dollars.

C’est en France qu’il installe sa famille de quatre femmes et seize enfants. Il établit son quartier général au 38 avenue Foch, à Paris, un immeuble de 4 000 m2, qui aura plus tard une discothèque sur le toit et une piscine en sous-sol, et depuis lequel il se livre à des activités politiques très anecdotiques visant, en théorie, à renverser son frère.

Bientôt, le président François Mitterrand va décerner à celui que l’on surnomme en Syrie « le boucher de Tadmor » ou « le bourreau de Hama » le titre de grand officier de la Légion d’honneur pour « services rendus à la Nation ». Nous sommes le 28 février 1986, soit moins de deux années après son départ en exil. Il bénéficie aussi de la protection permanente de la DST, avec, à ses côtés, une femme officier. Un diplomate, qui fut en poste en Syrie, raconte avoir croisé cette femme officier traitant à l’aéroport de Damas, peu avant Noël, où elle lui confiera être venue « remettre aux petits enfants de Rifaat des nounours et autres jouets de sa part ». Un simple factotum ? Sans doute pas puisqu’elle occupera ensuite des postes sensibles : la sécurité de l’ambassadeur d’Israël, celle de Jean-Pierre Raffarin quand il sera premier ministre… Rifaat n’est pas seulement protégé, il est chouchouté par Paris.

Un juge du Luxembourg, interrogé sur les agissements pour le moins troubles du Syrien dans le Grand-Duché, aura cette réponse d’une confondante franchise : « Comment nous serions-nous méfiés ? Il était en permanence accompagné d’un officier des services français. »

C’est François de Grossouvre, l’éminence grise de François Mitterrand, qui est venu voir Rifaat al-Assad dans sa résidence genevoise pour l’inviter à s’installer en France. Le même lui permettra d’y prospérer et d’y bâtir tout un réseau de connivences. Il a même décoré en personne Rifaat de la Légion d’honneur lors d’une cérémonie au château de Rambouillet. Il l’invitera aussi régulièrement aux chasses présidentielles. Il semble convaincu que Rifaat a un destin présidentiel et qu’il faut le garder bien au chaud en attendant qu’il remplace son frère. Erreur catastrophique qui correspond au goût de Mitterrand et de son « duc de Guise » pour les officines douteuses, les « cabinets noirs ».

Tous les services français ont eu Rifaat à la bonne. Au début des années 1980, la DGSE est dirigée par un polytechnicien, Pierre Marion, peu familier du monde du renseignement. Le terroriste d’alors s’appelle Abou Nidal, un Palestinien qui travaille pour le plus offrant. À cette époque, c’est Damas son employeur. Marion est convaincu que Rifaat peut sinon l’éliminer, du moins le « désactiver » du théâtre français, où son groupe, le Fatah-Conseil révolutionnaire, a perpétré l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic (4 morts, 30 blessés), le 3 octobre 1980, puis celui de la rue des Rosiers (6 morts, 22 blessés), le 9 août 1982. Par l’entremise de Grossouvre, le chef de la DGSE va rencontrer peu après le Syrien.

L’entretien se déroule au haras Saint-Jacques. Plus tard, le patron de la DGSE racontera sa rencontre avec « le bourreau de Tadmor » dans une interview au Nouvel Observateur : « Rifaat el-Assad venait à cette époque souvent en France pour se faire soigner, à Bordeaux. Il m’a demandé de venir sans gardes du corps et sans armes. Je suis donc arrivé -bas seul avec mon chauffeur. Après avoir traversé une haie de gardes du corps armés de mitraillettes, je me suis retrouvé face à face avec celui qu’on croyait être un chef d’orchestre du terrorisme proche-oriental. Après cinq heures de conversation, nous avons sympathisé. Il voulait même m’offrir des chevaux arabes. Après une seconde rencontre, une semaine plus tard, il m’a donné sa parole qu’Abou Nidal n’agirait plus sur le territoire français. Il a tenu parole. »

Sauf qu’Abou Nidal va bientôt changer d’employeur, délaisser Damas pour Tripoli, puis Bagdad, servir Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein. Et s’il épargne en France le dirigeant palestinien Issam Sartaoui, qui milite pour la paix avec Israël et qu’il a condamné à mort, c’est pour mieux le faire tuer moins de deux ans plus tard au Portugal.

« Les services se chargeaient de régler les problèmes »

Visiblement, Rifaat al-Assad n’a pas respecté ses engagements. À l’été 1983, c’est au tour de deux autres chefs de la DGSE, l’amiral Lacoste – qui a remplacé Pierre Marion – et Alain Chouet, le chef du bureau des opérations antiterroristes dans le monde arabe, de retourner voir Rifaat al-Assad avec une mission analogue, cette fois à Genève, dans sa résidence de vacances. « Nous lui avons fait savoir que, malgré des déclarations fantaisistes, nous savions qu’il était le donneur d’ordre des attentats frappant la France sur son sol et au Liban », écrit Chouet dans son livre Au cœur des services spéciaux (éditions La Découverte).

Il y raconte la rencontre avec celui qu’il appelle « le grand Mamamouchi des services spéciaux syriens » : « Nous nous sommes compris. On a installé une sorte de téléphone rouge entre les services qui a parfaitement fonctionné. […] En tout cas, les attentats syriens contre nos intérêts se sont immédiatement arrêtés en France, ainsi qu’au Liban et le dialogue a été rétabli. » À lire entre les lignes Marion et Chouet, on découvre que le titre de grand officier de la Légion d’honneur a été décerné à un patron du terrorisme. Mais il a rendu tellement de services ! Dans leurs perquisitions, les enquêteurs ont d’ailleurs trouvé des lettres de la DGSE, de Charles Pasqua, de Jacques Chirac…

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