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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 08:22
Vendredi, 17 Avril, 2020 - L'HUMANITE

Disparition : Luis Sepúlveda n’écrira plus des romans d’amour

Le maître de l’art du conte chilien, emprisonné sous Pinochet, combattant pour la défense des Indiens et de la forêt amazonienne, est mort en Espagne du Covid-19.

 

Lire des romans d’amour, et peut-être sans attendre de vieillir, c’est peut-être le dernier conseil que nous laisse Luis Sepúlveda. L’écrivain chilien est mort ce jeudi 16 avril à l’hôpital universitaire central des Asturies à Oviedo. Il s’était installé à Gijón, non loin de la capitale provinciale, sur les conseils de l’écrivain Paco Ignacio Taibo II, natif du lieu, qui savait qu’il aimerait les traditions de lutte de cette région du nord de l’Espagne. C’est là qu’il a fini sa vie, victime du coronavirus, après une longue lutte contre la maladie, dont il avait été un des premiers cas diagnostiqués. Il était âgé de 70 ans.

Des geôles chiliennes à la révolution sandiniste

Luis Sepulveda était né le 4 octobre 1949 à Ovalle, au nord de Santiago, dans une famille de militants communistes. Il s’y engage dès l’âge de 12 ans, en 1961, et s’oppose au coup d’État de Pinochet en 1973. Arrêté, il échappe de justesse à la peine de mort et est condamné en 1975 à une peine de vingt-huit ans d’emprisonnement. En 1977, Amnesty International obtient sa libération, contre l’obligation d’un exil silencieux en Suède. Mais, dès 1978, il est en Équateur où il fonde une troupe de théâtre avec l’Alliance française, puis vit avec les Indiens shuars dans la forêt amazonienne, dans le cadre d’un programme d’ethnologie de l’Unesco. On le retrouve en 1979 au Nicaragua, où il participe à la lutte armée aux côtés des sandinistes et travaille pour le journal Barricada.

Mais, déjà, il est écrivain. En 1969, ses poèmes ont été remarqués. En 1979, son expérience dans les tribus shuars lui donne l’idée d’un roman où les rapports des Indiens, des hommes blancs et des animaux se noueraient en une intrigue tragique et mortelle. Le héros en est un vieil homme blanc, significativement nommé Bolivar. Arrivé dans la tribu il y a bien des années, il va dénouer le mystère de meurtres dont on accuse les indiens, et les attribue à la femelle d’un jaguar. Obligé de l’abattre, il va se réfugier dans les romans d’amour que lui apporte un dentiste à l’occasion de ses tournées. Le vieux qui lisait des romans d’amour, publié en 1992, aura un succès planétaire.

Au niveau de la tragédie, voire de la mythologie

Son œuvre s’est poursuivie avec, entre autres, Patagonia express, Un nom de torero, la Folie de Pinochet, Une sale histoire, note d’un carnet de moleskine, la Fin de l’histoire, de nombreux recueils de nouvelles et livres pour enfants. Mais dès le début, la thématique de Sepúlveda est déjà en place : engagement politique, soutien aux tribus indiennes, souci de la nature, puissance de la littérature. Mais c’est aussi son talent de conteur qui emporte l’adhésion. L’économie de moyens est mise au service de personnages et de faits haussés au niveau de la tragédie, voire de la mythologie. Anne-Marie Métailié, son éditrice française, disait : « Je croyais qu’il ne parlait que de gens exceptionnels, jusqu’au moment où j’ai lu ce qu’il écrivait sur des personnes très ordinaires et qu’il en faisait des êtres extraordinaires. »

Luis Sepúlveda se rendait souvent en France. L’automne dernier, sa chaleureuse présence et son humour avaient enchanté les rencontres de Saint-Nazaire, où aimait se rendre cet homme que l’on pensait solide comme un roc.

***

https://www.actualitte.com/article/monde-edition/luis-sepulveda-emporte-par-le-coronavirus/100269

Atteint par l’épidémie, le romancier Luis Sepúlveda est décédé, apprend-on de son éditeur. Il avait contracté le virus lors d’un déplacement au Portugal. Lui et sa femme, également malade, avaient été transférés à l’Hôpital sanitaire central des Asturies, à Oviedo (Nord de l’Espagne).

Début mars, Luis Sepúlveda  avait été hospitalisé avec son épouse Carmen Yáñez, qui présentait également des symptômes du Covid-19. Les autorités portugaises avaient pris contact avec toutes les personnes présentes lors du festival Correntes d’Escritas, pour lequel l’écrivain avait été invité. 

C’est en 1992 que Sepúlveda publie son premier ouvrage, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit par François Maspero pour les éditions Métailié la même année. 
 

De dictatures en engagements


Sepúlveda, né le 4 octobre 1949, est originaire d’Ovalie (Chili). Très jeune, il manifesta un militantisme engagé, en rejoignant les Jeunesses communistes vers 1961. À cette époque, la dictature d’Augusto Pinochet fait rage, et il écopera de deux années et demi de prison à Temuco, au milieu d’autres opposants politiques. 

Il fut accusé en février 1975 « de trahison de la patrie, conspiration subversive, et appartenance aux groupes armés », comme il le raconta lui-même par la suite. Il est condamné à purger 28 années de prison — la peine de mort fut évitée de justesse

Amnesty International parvint à le faire libérer deux années plus tard, et la prison fut commuée en exil, pour 8 années, en Suède. Mais Luis Sepúlveda préfère traverser l’Amérique du Sud, s’arrêtant en Équateur pour fonder une troupe de théâtre, ou encore au Pérou et en Colombie. En 1978, il décidera de partager la vie des Indiens shuars au Nicaragua : cette mission, « l’impact de la colonisation sur les populations amazoniennes », à l’initiative de l’UNESCO, vise à analyser les conséquences de la colonisation sur la population. 

Il reprendra également du service politique en 1979, en rejoignant les rangs de la Brigade Internationale Simón Bolívar, optant pour le camp des sandinistes — parti socialiste fondé en 1961 qui déclenchera en 1979 la Revolución Popular Sandinista, mettant à bas le régime dictatorial d’Anastasio Somoza Debayle.
 

L'arrivée en Europe, l'écriture


Sepúlveda optera pour la plume, d'abord pour celle du journaliste, avant de migrer en Europe, pour s’installer en Allemagne dans un premier temps. Ses nombreux voyages en Amérique latine lui donnent l’occasion de reportages. Toujours ce goût de l’évasion et de la lutte, quand il prend le parti de collaborer avec Greenpeace durant 5 années, jusqu’en 1987. 

C’est à la fin de cette période qu’il s’installera en Asturies, avec son épouse, sans quitter pour autant l’engagement politique : il est aux côtés de la Fédération internationale des droits de l’homme, pour défendre les populations. Il fonda également le salon du livre ibéro-américain, se mettant alors à l’écriture de romans, tout en fournissant des chroniques pour des journaux italiens. 

Parmi ses dernières œuvres, toutes traduites et publiées aux éditions Métailié, "Histoire d'une baleine blanche", texte particulièrement émouvant traduit par son éditrice, Anne-Marie Métailié. 


L'écrivain laisse une œuvre d'une trentaine de romans, textes où se côtoient les thèmes qui ont marqué sa vie : la défense des opprimés, l’Histoire et ses tournures parfois incompréhensibles. Mais c’est par un art de conteur hors pair qu’il a marqué ses lecteurs, où l’émotion et l’humour servent un humanisme constant:

Le Vieux qui lisait des romans d'amour, de La mouette et le chat, La Folie de Pinochet, Les Roses d'Atacama, Dernières nouvelles du sud, La fin de l'histoire... 

Le grand écrivain Luis Sepúlveda, ancien militant des Jeunesses communistes au Chili, est décédé du Corona virus en Espagne

Luis Sepúlveda est né en 1949 au Chili. Il milite très jeune dans les jeunesses communistes en 1961. Il a été prisonnier politique de Pinochet pendant deux ans et demi et beaucoup de ses camarades et amis ont été éliminés, torturés, dans les prisons de la junte d'extrême-droite. « À la fin d’un procès sommaire du tribunal militaire, en temps de guerre, à Temuco en février 1975, au terme duquel je fus accusé de trahison de la patrie, conspiration subversive, et appartenance aux groupes armés, entre autres délits, mon avocat commis d’office (un lieutenant de l’armée chilienne) est sorti de la salle — nous sommes restés dans une salle à côté — et, euphorique, m’a annoncé que ça s’était bien passé pour moi : j’avais échappé à la peine capitale et j’étais condamné seulement à vingt-huit ans de prison. » En 1977, il est libéré grâce à Amnesty International, sa peine de 28 ans de prison étant commuée en 8 années d'exil en Suède.

Dans cette tribune en dernière page du Monde Diplomatique de septembre 2019, Sepúlveda exprime avec les mots les plus justes la signification et la portée universelle de l'insurrection du peuple chilien contre Sebastián Piñera et son monde, celui du néo-libéralisme autoritaire et de l'oligarchie.

 

Chili, l'oasis asséché - par Luis Sepúlveda - Le Monde Diplomatique, décembre 2019

Cétait début octobre, quelques semaines à peine avant l’explosion sociale qui secoue le Chili dans toute la longueur de son étrange géographie. Une explosion qui, à la fin novembre, s’était traduite par plus de vingt morts, des centaines de mutilés, des milliers de blessés, un nombre indéterminé de détenus, des actes de torture, des agressions sexuelles et d’innombrables atrocités commises par la police et les forces armées. Juste avant ce basculement, le président chilien Sebastián Piñera s’était exprimé sur les convulsions qui balayaient le reste de la région. Il avait alors présenté le Chili comme une « oasis » de paix et de tranquillité au milieu de la tempête.

Ce n’était pas la présence d’une eau particulièrement douce, ni de palmiers au feuillage exubérant, qui caractérisait cette « oasis », mais les barrières apparemment infranchissables qui la ceinturaient. Les Chiliens se trouvaient du bon côté de cette clôture, forgée dans un alliage singulier : économie néolibérale, absence de droits civils et répression. Les trois métaux les plus vils.

Jusqu’à ce que la foule noircisse les rues chiliennes ces dernières semaines, les économistes et les dirigeants politiques qui s’accrochent au credo « moins d’État, plus de liberté d’entreprendre » comme à une bouée expliquaient qu’un miracle s’était produit au Chili. Presque par génération spontanée. De ce miracle, ils lisaient la preuve irréfutable dans les chiffres de la croissance et dans des statistiques économiques applaudies par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Mais ce petit paradis austral n’existait pas pour l’ensemble de la population. Il ignorait tout de détails apparemment aussi subjectifs que le droit à un salaire juste, à des retraites décentes, à une éducation publique de qualité, à un système de santé digne de ce nom. Il ne s’intéressait guère au droit des citoyens à décider de leur sort, au lieu d’être relégués à la seule fonction de déglutir les chiffres macroéconomiques dont le pouvoir s’emploie à les gaver.

Le 11 septembre 1973, un coup d’État emportait la démocratie chilienne (1). Une dictature brutale s’installait à Santiago, où elle se maintiendrait pendant seize années. Non pour restaurer un ordre menacé, ou pour sauver la patrie de la menace communiste : le projet qui a motivé le coup d’État était de mettre en œuvre les préceptes des gourous du néolibéralisme, emmenés par Milton Friedman et l’école de Chicago. Il s’agissait d’instaurer un modèle économique d’un type nouveau, lequel engendrerait à son tour un nouveau type de société. Un monde contraint au silence, où la précarité serait la norme et l’absence de droits la règle. Un monde où les fusils se chargeraient d’assurer la paix sociale.

La dictature civico-militaire a atteint ses objectifs. Elle les a inscrits dans une Constitution dont le texte consacre le modèle économique instauré par la force et l’érige en définition du pays. Aucune autre nation latino-américaine ne s’est dotée d’une boussole aussi fidèlement alignée sur le bien-être d’une minorité, au mépris du reste de la population.

Avec le « retour de la démocratie », ou, pour mieux dire, la « transition chilienne vers la démocratie », à partir de 1990, les règles du jeu n’évoluent pas. La Constitution de la dictature est retouchée sans qu’on en modifie l’essentiel. Tous les gouvernements de centre gauche et de droite qui se succèdent s’emploient à maintenir le sacro-saint modèle économique, cependant que la précarité gangrène des pans de plus en plus vastes de la société.

Si, lors d’un repas, vous avez deux personnes et deux gâteaux, d’un point de vue statistique, la consommation est d’un gâteau par personne. Même si l’une des deux mange tout, sans rien laisser à l’autre. Voilà le tour de passe-passe qui permet au Chili de présenter son modèle comme une réussite : pas vraiment une dictature, pas vraiment une démocratie, il assure sa survie grâce à la répression et à la peur.

L’un des hommes les plus riches du monde, M. Julio Ponce Lerou, ancien gendre du dictateur Augusto Pinochet et héritier, par ordre du général, d’un empire économique bâti en dépouillant les Chiliens de ce qui leur appartenait, a versé d’immenses sommes d’argent à la majorité des sénateurs, des députés et des ministres afin qu’ils poursuivent servilement les privatisations. Lorsque la société l’a découvert, l’État a répondu en deux temps : il a suggéré que critiquer ces faits revenait à mettre fin au « miracle chilien » ; il a organisé la répression des manifestants.

Au Chili, l’eau appartient à une poignée de multinationales. Toute l’eau. Celle des rivières, des lacs, des glaciers. Lorsque des gens sont descendus dans la rue pour protester contre cette situation, l’État a engagé le seul dialogue qu’il tolère : celui qui répond aux revendications populaires par des coups de matraque.

Même chose lorsque la société s’est mobilisée pour défendre le patrimoine naturel menacé par les transnationales de la production d’électricité ; lorsque les lycéens ont exigé une éducation publique de qualité, libérée du monopole du marché ; ou lorsqu’une grande partie du pays a pris la défense du peuple mapuche, systématiquement opprimé. Chaque fois, l’État a eu la même réponse : réprimer et affirmer que les protestataires menaçaient le miracle économique chilien.

La paix de l’oasis chilienne n’a pas volé en éclats à cause d’une simple hausse du prix du ticket de métro à Santiago.

Elle a été rongée par les injustices commises au nom des statistiques macroéconomiques. Par l’insolence de ministres qui conseillent aux gens de se lever plus tôt pour économiser sur le coût des transports en commun (2) ; qui, face à la hausse du prix du pain, recommandent d’acheter des fleurs parce qu’elles, au moins, n’ont pas augmenté ; qui invitent à organiser des soirées bingo dans l’espoir de récolter des fonds pour réparer la toiture de ces écoles que la première ondée inonde.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce qu’il n’y a rien de juste dans le fait de terminer ses études universitaires lesté d’un fardeau de dettes qu’il faudra quinze ou vingt ans pour rembourser.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce que le système des retraites se trouve aux mains d’entreprises vampires, qui investissent les fonds qu’elles récoltent sur les marchés spéculatifs et font payer les pertes qu’elles enregistrent aux retraités, ces petites gens auxquels elles versent des pensions de misère, calculées sur la base d’une évaluation morbide du nombre d’années qu’il leur reste à vivre.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce que, au moment de choisir la société qui gérera son compte de capitalisation pour la retraite, le travailleur, l’ouvrier, le petit patron doit avoir à l’esprit cette mise en garde des autorités : « La plus grande partie de ta retraite dépendra de l’intelligence dont tu auras fait preuve en plaçant ton épargne sur les marchés financiers. »

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce qu’une majorité de gens ont commencé à dire « non » à la précarité et se sont lancés à la reconquête des droits qu’ils avaient perdus.

Il n’existe pas de rébellion plus juste et plus démocratique que celle qui secoue le Chili.

Les manifestants exigent une nouvelle Constitution, qui représente l’ensemble de la nation, dans toute sa diversité.

Ils exigent qu’on revienne sur la privatisation de l’eau et de la mer.

Ils exigent le droit d’exister, et d’être considérés comme les sujets actifs du développement du pays.

Ils exigent d’être traités comme des citoyens, pas comme la portion congrue d’un modèle économique condamné à l’échec par son inhumanité.

Il n’existe pas de rébellion plus juste et plus démocratique que celle qui secoue le Chili.

Et il n’existe pas de répression, si dure et criminelle soit-elle, qui puisse entraver un peuple qui se lève.

Luis Sepúlveda

Écrivain chilien. Dernier ouvrage paru en français : Histoire d’une baleine blanche, Métailié, Paris, 2019.
 

(1NDLR. Lire « Il y a quarante ans, le coup d’État contre Salvador Allende », Le Monde diplomatique, septembre 2013.

(2NDLR. Les tickets de métro coûtent moins cher en dehors des heures de pointe.

Le grand écrivain Luis Sepúlveda, ancien militant des Jeunesses communistes au Chili, est décédé du Corona virus en Espagne

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