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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 06:47
1920 - A Tours, la gauche entre dans le XXe siècle (Jean-Paul Piérot, L'Humanité, 30 décembre 2019)

1920 À Tours, la gauche entre dans le XXe siècle

Lundi, 30 Décembre, 2019

Ces Noëls qui ont fait l'Histoire  5/8.  Au lendemain de la Grande Guerre, que la IIe Internationale avait été incapable d’empêcher, la majorité des socialistes français décident l’adhésion à l’Internationale communiste.

 

Le 25 décembre 1920, Tours accueille le 18e congrès de la SFIO, le Parti socialiste unifié, en 1905. Les 370 délégués représentant les 140 000 adhérents doivent répondre à une question simple : leur parti va-t-il adhérer à la IIIe Internationale – communiste – fondée en mars 1919 à Moscou, dans la dynamique de la révolution d’Octobre ? « Prolétaires de tous pays unissons-nous » : dans la salle du Manège une exhortation du Manifeste communiste de Marx et Engels (1848) s’étire en grandes lettres blanches sur fond rouge derrière la tribune et donne le ton aux débats, de même que les portraits du grand disparu, Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 au café du Croissant après avoir bouclé son éditorial de l’Humanité, son ultime appel à la paix.

Les délégués appartiennent à la génération des survivants des tranchées, de Craonne, du chemin des Dames, de Verdun, ou de la Somme. 1 400 000 soldats français ont été sacrifiés, un million d’hommes ont été amputés, blessés à vie, gazés. Au total, la Première Guerre mondiale s’est soldée par plus de cinq millions de victimes. La IIe Internationale s’est montrée incapable d’empêcher la guerre. Après la mort de Jaurès, la SFIO s’est ralliée à l’Union sacrée et plusieurs de ses dirigeants ont occupé des fonctions ministérielles (Marcel Sembat, Jules Guesde, Albert Thomas). Les dirigeants socialistes tablaient sur un conflit de courte durée ; ce fut une boucherie. L’unité de la SFIO se délite avec cette guerre qui n’en finit pas. La révolution russe de 1917 est accueillie avec sympathie dans tout le mouvement ouvrier. Les partisans de l’Union sacrée perdent en influence au profit des minoritaires.

Les débats sont rudes

Les années 1919-1920 sont marquées par une intensification des mouvements sociaux auxquels le gouvernement répond par la répression. 18 000 métallurgistes sont licenciés à la suite de grèves. Il fait arrêter plusieurs militants socialistes : Fernand Loriot, Boris Souvarine, Pierre Monatte, qui seront en détention au moment du congrès. Aux élections législatives de 1919, tout en ayant augmenté en voix, le parti perd un tiers de ses députés. Au congrès de Strasbourg, en février 1920, les socialistes décident de ne pas revenir dans la IIe Internationale. Ludovic-Oscar Frossard devient secrétaire général et Marcel Cachin directeur de l’Humanité. Les deux hommes sont envoyés à Moscou pour discuter avec le Komintern. Cachin et Frossard sont conviés à assister au deux-ième congrès de l’IC (Internationale communiste) et à leur retour à Paris plaident pour l’adhésion et l’acceptation des 21 conditions qui commandent une rupture totale avec le réformisme.

Dès l’ouverture des débats de Tours, aucun doute n’est permis sur l’issue du congrès. Les votes des sections ainsi que le congrès de la jeunesse socialiste, réunie deux mois plus tôt à la Bellevilloise, confirment qu’une large majorité soutient l’adhésion. Trois motions principales se disputent les votes des militants : la motion Cachin-Frossard en faveur de l’adhésion ; un texte présenté par Jean Longuet, le petit-fils de Karl Marx et chef de file des « reconstructeurs », qui accepte l’expérience soviétique mais récuse sa conception du parti ; la troisième est proposée par Léon Blum et un comité de résistance. Ces « résistants » s’opposent en bloc à l’adhésion à l’IC.

Les débats sont rudes. L’IC ne veut pas de compromis avec des éléments tièdes qui seraient « un boulet » pour le parti, affirme Grigori Zinoviev, secrétaire exécutif de l’IC, dans un télégramme adressé au congrès. La dirigeante du parti communiste d’Allemagne (KPD) Clara Zetkin, qui a réussi à se rendre à Tours alors que Paris avait refusé de lui délivrer un visa, ne dit pas autre chose dans son discours devant le congrès. Réaction de Jean Longuet : « L’unité du parti ne serait pas menacée si le parti obéissait à ses propres inspirations et non à des ordres venus du dehors. »

« Le socialisme continue »

Le 29 décembre le vote a lieu. L’adhésion rassemble 3 252 mandats, contre 1 022. « Nous sommes convaincus jusqu’au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faudra que quelqu’un reste garder la vieille maison », déclare Léon Blum à l’adresse de la majorité. Et de poursuivre : « Nous sommes convaincus qu’il y a une question plus pressante que de savoir si le socialisme sera uni ou pas, c’est de savoir si ce sera le socialisme ou pas. »

Quand l’année s’achève, la gauche française vient d’entrer dans le XXe siècle. Désormais, la vie politique sera marquée par les relations entre les deux courants de la gauche : les réformistes et les révolutionnaires. Le 31 décembre 1920, Marcel Cachin souligne dans l’Humanité, sous le titre : « Le socialisme continue » : « Les représentants socialistes de la classe ouvrière et paysanne ont voté à une majorité énorme l’adhésion à la IIIe  Internationale. À aucun moment question plus grave ne leur avait été posée. Que signifie la décision ainsi obtenue ? Sans doute affirme-t-elle tout d’abord la solidarité, la sympathie, l’affection sans bornes des travailleurs français pour la r évolution russe. Mais elle marque en même temps leur volonté de préparer en notre pays les conditions favorables à une bataille de classes chaque jour plus rude et plus âpre. »

Ainsi est né le Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste SFIC), qui deviendra l’année suivante le Parti communiste, puis en 1922 le Parti communiste français SFIC. De leur côté, les minoritaires des motions Blum et Longuet continuent la SFIO, « la vieille maison ».

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