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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 06:34

 

Le commandant en chef joue de ses prérogatives pour gracier trois officiers pourtant jugés coupables d’exactions contre des civils commises en Irak ou en Afghanistan.

L’hyperpuissance doit pouvoir jouer de sa force sans aucune entrave. En conséquence, ses soldats sont dotés d’un droit de vie ou de mort sur n’importe quel individu dès lors qu’ils sont déployés sur un des multiples théâtres d’intervention du Pentagone. C’est ce message qu’a envoyé Donald Trump en graciant, le 15 novembre, trois officiers accusés de crimes de guerre par les tribunaux militaires.

Le commandant en chef de l’armée américaine a usé de ses prérogatives pour faire libérer Clint Lorance, un officier qui purgeait une peine de 19 ans à la prison militaire de Fort Leavenworth après avoir été jugé coupable de l’assassinat délibéré de deux civils en Afghanistan. Il est intervenu de la même façon en faveur de Matthew Golsteyn, un officier des forces spéciales (Seal), reconnu coupable du meurtre d’un autre civil afghan désarmé. Enfin, il a ordonné que soit réhabilité Edward Gallagher, officier des Seal, lui aussi, qui avait été acquitté des accusations de plusieurs crimes de guerre commis en Irak en 2017, mais avait néanmoins été dégradé pour avoir posé avec le cadavre d’une des victimes qu’il venait de trucider à l’arme blanche.

Une volonté de rendre intouchables les expéditions américaines

« Quand nos soldats doivent combattre pour notre pays, je veux leur donner la confiance de combattre ! » a lancé le locataire de la Maison-Blanche. On ne saurait être plus clair sur la volonté de rendre intouchables, ou à tout le moins au-dessus du commun des lois de l’humanité, les expéditions militaires américaines et leurs exécutants. La décision suscite des réactions alarmées jusqu’au sein du Pentagone. Car aucun président de l’époque moderne n’a jamais usé ainsi de son pouvoir de squeezer la justice, fût-elle militaire. Gary Solis, un juge retraité de l’armée, cité par le New York Times, ne voit pas d’équivalent, « du plus loin » qu’il se souvienne. Même Nixon, dit-il, « ne pardonna pas » à un certain lieutenant Calley, coupable d’avoir co-organisé le terrible massacre de civils à My Lai durant la guerre du Vietnam.

Les trois hommes graciés par Trump ont été accablés devant les tribunaux militaires par les témoignages de leurs propres hommes. Clint Lorance a ordonné en juillet 2012 aux membres de son escadron de faire feu sur des villageois désarmés. Il a tenté de masquer son forfait à travers un rapport falsifié. Mais les soldats sous le choc l’ont immédiatement confondu. Jugé en cour martiale, il avait été placé depuis lors derrière les barreaux.

Le major Golsteyn a été jugé pour meurtre avec préméditation dans des exactions commises en 2010 en Afghanistan. Dans son dossier figure son aveu devant des enquêteurs de la CIA d’avoir tué un civil suspecté de fabriquer des bombes mais relâché faute de preuves. Donald Trump avait déjà tenté de le blanchir, quand il a été confondu pour meurtre en 2018, en dégainant un de ses tweets les plus sanglants : « Nous entraînons nos boys à être des machines à tuer. Pour ensuite les inculper quand ils tuent. »

Le refus d’adhérer à la Cour pénale internationale

Quant à Edward Gallagher, il fut accablé également par de multiples témoignages de soldats ayant servi sous ses ordres. Il apparaît ainsi qu’après avoir assassiné au couteau un civil afghan, il a menacé de réserver le même sort à d’autres membres des forces spéciales s’ils ne se taisaient pas. Le forcing de Donald Trump est destiné à pousser la logique de la toute-puissance états-unienne. En pleine cohérence avec le refus des administrations américaines successives – y compris celle de Barack Obama – d’adhérer à la Cour pénale internationale qui aurait pu juger des exactions commises par les troupes américaines en maints points de la planète.

C’est cette logique qui transpire dans le tournant national-libéral que veut impulser Trump depuis son accession au pouvoir. Il entend renforcer la domination multidimensionnelle des États-Unis en leur conférant une sorte de droit supérieur à celui des autres Terriens. Qu’il le fasse en se retirant des accords internationaux en faveur de la lutte contre le changement climatique, qui, dit-il, pénaliserait « de façon déloyale » la compétitivité des firmes américaines. Ou qu’il déclenche des guerres commerciales et économiques avec la Chine et le reste du monde.

Bruno Odent

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