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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 06:21

 

L'éditorial de Sébastien Crépel.  Il faut pourtant se crever volontairement les yeux pour ne pas voir que la démission du chef de l’État bolivien n’a rien d’une « victoire de la démocratie ».

Osons le mot que beaucoup refusent encore d’employer : le retrait d’Evo Morales de la présidence de la Bolivie est bel et bien le fruit d’un coup d’État. Coup d’État contre l’ordre constitutionnel légal, qui se trouve soudain comme suspendu, après la démission des seules autorités légitimes pour gouverner le pays dans l’attente du dénouement de la crise électorale. Coup d’État contre la démocratie elle-même, ensuite, puisqu’il met brutalement fin à la présidence Morales sans passer par un retour aux urnes, comme le chef de l’État andin le proposait en réponse à sa réélection contestée.

Certes, il s’agit d’un coup d’État déguisé, le mode opératoire ayant un peu évolué depuis l’ère des Banzer – fameux pour avoir recyclé l’ancien SS Klaus Barbie au sein de ses « services spéciaux » – et autre Barrientos – l’assassin de Che Guevara –, deux des plus récents dictateurs dans le pays aux 190 coups d’État depuis l’indépendance. Nul militaire n’a, pour l’heure, annoncé prendre le pouvoir. Les belles âmes qui, sous n’importe quels autres cieux, auraient appelé à la première heure au respect de l’État de droit y puiseront peut-être de quoi se trouver en paix avec elles-mêmes.

Il faut pourtant se crever volontairement les yeux pour ne pas voir que la démission du chef de l’État bolivien n’a rien d’une « victoire de la démocratie ». Ce n’est pas la protestation civique contre le résultat annoncé des élections qui a poussé au départ le président sortant, mais l’action conjuguée de la violence de miliciens cagoulés pourchassant, molestant les élus de gauche et incendiant leur maison, du basculement à droite du commandement de la police et de l’armée, et des pressions des États-Unis et des gouvernements conservateurs s’exprimant sous couvert de l’Organisation des États américains (OEA). En bon autocrate en herbe, le nouvel homme fort de La Paz au pedigree d’extrême droite, Luis Fernando Camacho, a appelé à l’ « arrestation d’Evo Morales ». La libération de Lula, dans le Brésil voisin, montre heureusement que le pire n’est jamais sûr.

Par Sébastien Crépel

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