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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 07:06
« Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme et une réduction du nombre de pêcheurs. » (L'Humanité)

« Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme et une réduction du nombre de pêcheurs. » (L'Humanité)

Sébastien Jumel : « La mer mérite un ministère de plein exercice »

Vendredi, 25 Octobre, 2019

Secteur maritime. Menacée par le Brexit, la pêche artisanale française doit être soutenue et développée, selon le député PCF de Seine-Maritime Sébastien Jumel, qui a présidé la mission d’information dont le rapport a été rendu ce mois-ci. Entretien.

 

Le rapport parlementaire sur la pêche indique que le Brexit fait peser de lourdes menaces sur la filière…

Sébastien Jumel Le pire scénario est bien sûr celui d’un Brexit dur. Nous avons 20 à 60 % des pêches françaises qui se font en zone britannique. Sans accord, la possibilité de fermeture de ces eaux et le report de plusieurs pays de l’UE sur nos côtes est très inquiétante. Il y a un risque de bataille navale, comme on en a déjà vu autour de la coquille Saint-Jacques, et de pillage de la ressource qui serait dramatique. Toute la filière dépend fortement de l’importation britannique, avec des menaces de délocalisation (notamment pour le premier site européen de transformation de poisson situé à Boulogne-sur-Mer – NDLR). Mais, même en cas d’accord, il y a énormément à faire en France. Cela fait trop d’années que la pêche n’est pas prise en compte à son juste niveau. Pendant les huit mois passés en mission d’information, j’ai sans cesse posé cette question : « Peut-on me citer un discours fondateur sur la pêche ? » Non. La France n’a pas de véritable politique de pêche. Les services sont éclatés et la gouvernance opaque. L’État a transféré à l’Europe et aux comités régionaux un grand nombre de compétences sans cohérence globale. Or la voix des quais mérite d’être portée au plus haut niveau. Il faut absolument créer un ministère de la Mer de plein exercice. Sans ça, on aura un ministère amer.

Vous avez interrogé le ministre de l’Agriculture cette semaine dans l’Hémicycle. Sa réponse vous a mis en colère. Pourquoi ?

Sébastien Jumel Il s’est contenté de dire qu’il était d’accord avec moi et qu’il avait envoyé des courriers mais ce n’est pas suffisant. Il faut prendre des décisions. Depuis quelques jours, des chalutiers de plus de 30 mètres armés de capitaux hollandais vident la Manche Est de nos poissons. Ce sont les mêmes qui ont détruit la ressource en mer du Nord. La bande des douze milles doit être interdite à ce type d’engins, et réservée à des bateaux immatriculés dans nos ports, surtout en cas de Brexit dur. À cela, le ministre n’a pas répondu. Nous attendons aussi des traductions législatives suite à notre rapport. Notre parti pris est de soutenir la pêche artisanale, à dimension humaine et respectueuse de l’environnement. C’est la meilleure façon de préserver la ressource, comme le soulignent les ONG. Le grand danger est de suivre pour la pêche le même chemin que celui de l’agriculture dans les années 1960, avec une course au gigantisme, une réduction du nombre de pêcheurs, une exploitation industrielle dangereuse et un achat des droits de pêche par de grands groupes financiers.

Quels sont les enjeux économiques ?

Sébastien Jumel Il y a 14 000 marins pêcheurs en France. Mais ce n’est pas tout : un emploi en mer, c’est trois emplois induits à terre. Or 5 000 pêcheurs vont partir à la retraite dans les trois ans à venir. Il est urgent de former les générations futures. Il faut créer un CAP « métiers du poisson » pour favoriser l’attractivité du mareyage, de la transformation et de la poissonnerie. Nous appelons à accorder plus de moyens aux lycées maritimes, avec un meilleur maillage et des bateaux-écoles, en métropole et dans les territoires ultramarins. Il faut aussi renouveler la flottille car nos bateaux ont une moyenne d’âge de 30 ans. L’UE considère que subventionner les petites flottilles revient à augmenter les captures, mais c’est possible à effort de pêche constant. Elle dit vouloir promouvoir la libre concurrence, mais, sans intervention politique, ce sera le règne du plus fort et de la concurrence déloyale.

Que propose le rapport pour aider la pêche responsable ?

Sébastien Jumel Il invite à préciser juridiquement la notion de « pêche artisanale » en droit français. Il faut isoler une part de quotas en faveur de cette pêche qui irrigue nos ports et nos criées, en liant les attributions à la performance sociale, environnementale, sanitaire et économique des navires. Une reconnaissance publique des labels de pêche durable privés est aussi nécessaire. Enfin, pour plus de visibilité pour les pêcheurs, il faut une programmation pluriannuelle des totaux admissibles de capture et une négociation pluriannuelle des quotas.

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre

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