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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 06:54
Immigration - pour la gauche, la crise de l'accueil mérite mieux qu'un débat miné (L'Humanité, 7 et 8 octobre 2019, Maud Vergnol, Eugénie Barbezat, Gregory Marin)

Pour la gauche, une crise de l’accueil qui mérite mieux qu’un débat miné

Mardi, 8 Octobre, 2019 - l'Humanité

Les parlementaires communistes, insoumis et socialistes ont multiplié les propositions pour une nouvelle politique migratoire et se sont évertués à déconstruire les mensonges d’une droite extrême déchaînée.

 

L’atmosphère est pesante ce lundi à l’Assemblée nationale, entre les exhibitions de Marine Le Pen et le malaise général suscité par ce débat sur l’immigration imposé par le chef de l’État. À gauche, pas question pour autant de jouer la politique de la chaise vide. « Vous prétendez regarder la réalité en face, mais en posant si mal ce débat, vous jetez sur lui un brouillard vénéneux », a déploré le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu. « Tout à coup il faudrait donc parler immigration, c’est pourtant le silence que vous choisissiez lorsque l’Aquarius réclamait à cor et à cri d’accoster », abonde sa collègue des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon. Plus tôt, lors d’une conférence de presse, la France insoumise avait pris les devants pour tenter de « changer les termes du débat », en déclinant une série de propositions pour une nouvelle politique migratoire. Une manière, aussi, de couper l’herbe sous le pied de ceux qui critiquent les atermoiements stratégiques de la FI en la matière.

Le symptôme d’une « zemmourisation des esprits et d’un populisme d’État

Il y a tout juste un an, le mouvement s’était divisé sur la ligne défendue par Djordje Kuzmanovic, qui fustigeait « la bonne conscience de gauche qui empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires ». « S’il y a une crise aujourd’hui, c’est celle de l’accueil des immigrés », a rappelé hier le député du Nord Ugo Bernalicis, accusant l’exécutif d’embrasser les fantasmes sur l’immigration pour « sécuriser » son électorat, qui « a bougé vers la droite ». Danièle Obono juge de son côté que ce débat voulu par Emmanuel Macron n’est pas « une diversion ou une discontinuité, mais bien une déclinaison de sa politique générale, qui s’inscrit dans une vision libérale autoritaire du monde et des rapports sociaux ». « Nous sommes favorables » au débat sur l’immigration, mais il ne faut rien céder « aux Le Pen et à Salvini », estime quant à lui Olivier Faure, qui met sur la table « dix-sept propositions d’apaisement ». Depuis son siège à Ivry, le premier secrétaire du PS, encombré par l’héritage de Manuel Valls, a néanmoins fustigé l’idée que la France serait un « eldorado fantasmé » pour les migrants, en référence aux propos de Christophe Castaner et Nathalie Loiseau, symptôme d’une « zemmourisation des esprits et d’un populisme d’État ». « Sans vote à l’issue de cette discussion et sans la moindre prise de décision concrète, nous pouvons légitimement nous interroger sur la finalité de cette initiative, qui nous écarte des priorités exprimées par nos concitoyens – c’est le cas du devenir des retraites ou du pouvoir d’achat », a regretté plus tard dans l’Hémicycle la socialiste Gisèle Biémouret. « Pire pour votre majorité, elle met en évidence les limites de la loi asile immigration, a taclé la députée du Gers. Débattue l’an dernier et déjà caduque, elle a tout juste fragilisé un peu plus l’accueil sans apporter de réponse aux problèmes rencontrés sur le terrain. »

« Est-ce des sans-papiers que vous voulez parler ? a vivement interpellé Stéphane Peu, à l’adresse du couple exécutif. Mesurez le poids de l’exploitation qu’ils subissent, les profits qui sont tirés des travaux les plus pénibles qu’ils exécutent. Comprenez que, en leur donnant des papiers, c’est à tous les travailleurs de ce pays que vous accorderez des droits, et que vous agirez efficacement contre l’économie noire du travail et du logement. Alors soyez courageux et réalistes, régularisez-les, comme l’ont fait avant vous Mitterrand, Jospin et même Nicolas Sarkozy ! ».

Maud Vergnol

« Députés, sortez du déni de réalité ! »

Mardi, 8 Octobre, 2019 - L'Humanité

Des représentants des états généraux des migrations, venus de toute la France, ont appelé hier les politiques à regarder en face la situation des migrants.

 

Les états généraux des migrations (EGM) regroupent depuis 2018 associations, ONG et acteurs de terrain afin de proposer des pistes pour une politique migratoire humaine et juste. Quelques heures avant le début des débats parlementaires, ils organisaient hier une conférence de presse pour faire entendre leur voix. « On ne pouvait pas rester silencieux, alors que l’Assemblée s’empare des questions d’immigration en des termes qui ne correspondent pas à la réalité. Les bases du débat sont faussées, car les chiffres sur lesquels les parlementaires vont appuyer leurs votes sont datés ou erronés », explique Dominique Noguères, de la Ligue des droits de l’homme. Elle est rejointe sur ce thème par Stéphanie Besson, du collectif de Briançon Tous migrants, qui suggère aux députés de s’emparer des travaux universitaires sur le sujet. « J’invite aussi officiellement M. Macron à enfiler une doudoune pour venir à Briançon suivre une maraude ; il se rendra compte de la réalité sur le terrain. » La réalité que décrit la jeune femme, ce sont des morts, des blessés, des amputés, parmi ceux qui ont tenté de franchir la frontière italienne par la montagne, dans des conditions extrêmes. Ce sont aussi les tensions entre citoyens solidaires et policiers, voire au sein même de ces derniers, contraints d’appliquer des ordres qui violent les droits humains. « Cette politique de rejet des étrangers déchire la société », conclut-elle.

Remettre en cause l’aide médicale d’État est délétère

Pour Patrick Bouffard, de Médecins du monde (MDM), le droit à la santé devrait être sanctuarisé. Selon lui, remettre en cause l’aide médicale d’État (AME), une protection minimale destinée aux étrangers en situation irrégulière, est délétère. « Les personnes qui n’oseront plus aller se faire soigner arriveront à l’hôpital à deux doigts de mourir. Cela va ajouter de la pression sur le système de santé, qui n’a pas besoin de ça. »

Le pronostic du médecin est alarmant. « Dans le domaine de la santé mentale, faute de prise en charge correcte des migrants, on risque de voir se développer des pathologies qui vont engendrer une extrême violence », explique aussi le représentant de MDM, qui déplore « un très faible niveau de connaissance de la réalité de la santé des étrangers » chez les députés qu’il a pu rencontrer cet été. « Ces faux postulats et l’absence de connaissance des législateurs sur ces questions offrent un boulevard aux idées d’extrême droite », résume Claire Rodier, du Gisti, qui exhorte les parlementaires à avoir « le courage de s’affranchir de ce déni de réalité ».

Eugénie Barbezat

La majorité fait la courte échelle à l’extrême droite

Lundi, 7 Octobre, 2019

Immigration. Pour « faire face », le gouvernement s’aligne sur les thèmes de prédilection du RN. Un discours aux fins électoralistes évidentes.

 

La discussion sur la « politique migratoire de la France et de l’Europe » commence aujourd’hui à l’Assemblée nationale et se poursuivra mercredi au Sénat. Une déclaration d’Édouard Philippe, à 16 heures, est censée poser le cadre des débats, mais une conférence de presse de Marine Le Pen au Palais-Bourbon à 14 h 30 la précédera. Schéma invariant de ces derniers mois en matière d’immigration : au prétexte de détourner d’un vote de rejet les « classes populaires (qui) vivent avec », tout en se dédouanant de toute explication sociale ou sociétale, l’exécutif s’aligne sur le Rassemblement national, comme le président l’a fait savoir en appelant sa majorité à « regarder ce sujet en face ». La vérité est plus cynique : Emmanuel Macron et sa majorité veulent « confirmer » en 2022 l’opposition artificiellement mise en scène en 2017 en identifiant l’extrême droite comme unique « opposant sur le terrain ».

Le président de la République, rabougri dans sa posture de chef de la majorité, a vu, mercredi dernier, son discours validé par… Jean-Marie Le Pen ! Sur France Inter, l’ex-leader du Front national a félicité Emmanuel Macron à propos de son refus surjoué de vouloir incarner « un parti bourgeois » : « Les bourgeois, par leurs emplois, par leurs habitations, par leurs circuits, ne voient pas l’immigration comme la voient les gens qui fréquentent le métro, les trains, etc. Le peuple, lui, prend conscience progressivement de la montée inexorable de l’immigration étrangère (sic) dans notre pays et Zemmour l’a exprimé d’une manière assez nette », ose celui qui voit sa vision partagée par la majorité gouvernementale.

Philippe cible le système de santé

Quels seront, parmi les « six axes de travail » que l’exécutif a annoncé vouloir présenter cet après-midi, ceux retenus ? Le gouvernement évoque une baisse des prestations sociales des demandeurs d’asile, du nombre d’entrées sur le territoire, du panier de soins de l’aide médicale d’État… Dans le Journal du dimanche, le premier ministre estimait hier que « trop de demandeurs d’asile en provenance de pays sûrs sont en réalité davantage motivés par les conditions d’accès à notre système de santé » ou que la politique des quotas n’est « pas taboue ». Marine Le Pen, qui bénéficiera du temps de parole laissé par le transfuge de LaREM (aujourd’hui non inscrit) Matthieu Orphelin, au prétexte de faire taire « une fausse polémique sur le fait qu’ils (les représentants RN) seraient bâillonnés », devrait apprécier. G. M.

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