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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:58
Penser avec Marx aujourd’hui, tome IV : « Le communisme » ?, première partie Lucien Sève La Dispute, 670 pages, 40 euros

Penser avec Marx aujourd’hui, tome IV : « Le communisme » ?, première partie Lucien Sève La Dispute, 670 pages, 40 euros

Essai. La métamorphose pour une visée communiste marxienne

Lundi, 21 Octobre, 2019

Dans son quatrième tome de Penser avec Marx aujourd’hui, le philosophe Lucien Sève s’attache à faire vivre le communisme au présent, ce qui nécessite une lutte de classe de haute intensité.

«Faire à nouveau rêver du communisme. » C’est sur ces mots que s’achève le nouveau livre de Lucien Sève. Pour y parvenir, faire retour sur « la visée communiste marxienne », à laquelle, chose étonnante, peu d’ouvrages se sont confrontés sérieusement. Marx et Engels vont déterminer le contenu de la visée communiste en l’opposant nettement au socialisme. C’est l’une des thèses majeures du livre de Lucien Sève : chez Marx et Engels, socialisme et communisme renverraient à deux courants distincts. Le socialisme s’accommoderait de la différenciation hiérarchique des statuts et des revenus, le communisme viserait la complète égalité sociale, c’est-à-dire la société sans classe. Le socialisme miserait sur l’État et sur sa capacité à transformer la société d’en haut, le communisme poserait la nécessité du dépérissement de l’État, entendue comme transformation et appropriation par le plus grand nombre des pouvoirs publics, etc.

Le futur est déjà présent à l’état d’esquisse

Autre thèse décisive, le communisme est compris comme une « visée » et non comme un « projet ». Marx s’est toujours refusé à faire du communisme un idéal, il le définit comme le « mouvement réel qui met fin à l’état de choses actuel ». Qu’est-ce à dire ? Que le futur est déjà présent à l’état d’esquisse. Il faut déceler les potentialités révolutionnaires du présent et lutter pour qu’elles deviennent réelles. Il faut être capable de déceler par exemple, au cœur de la grande industrie sous commandement capitaliste, la possibilité historique d’une diminution du temps de travail. Plutôt que de forcer l’histoire, donc, tenter de « l’orienter du dedans, à partir de son trajet à elle ». On pourrait penser aujourd’hui à ce qui s’annonce dans la révolution numérique. Outre le développement des forces productives, Marx voit dans le développement de l’individualité humaine un présupposé décisif du passage à une autre société. L’histoire témoigne en effet, sur le long terme, d’une immense métamorphose de la façon d’être homme en société. De « l’animal-troupeau » de l’humanité tribale à l’époque de Marx, l’individualité s’est enrichie, elle a accédé à plus d’autonomie, ce qui laisse entrevoir la possibilité de l’auto-émancipation et de l’autogouvernement. Reste que l’approfondissement de l’initiative individuelle est entravé par le capitalisme, qui ne permet qu’à une infime minorité d’y accéder pleinement.

Mais dire que le communisme doit s’ébaucher dès à présent ne signifie pas, insiste Lucien Sève à la suite de Marx, que l’histoire nous y conduit de toute nécessité. Les esquisses émancipatrices n’éclosent pas spontanément, elles supposent pour devenir réalité une lutte de classe de haute intensité. Ce qui ne veut pas dire action insurrectionnelle de courte durée. Marx et Engels se départirent très vite de cette vision de la transformation. La révolution est un processus de longue haleine, toute une époque d’évolutions révolutionnaires, de luttes violentes ou non, de rapports de forces.

Mais, et c’est un point central pour Lucien Sève, si les présupposés historiques du passage à une autre société ne sont pas donnés, alors aucune transformation ne peut être à l’ordre du jour. Le risque est alors de céder à la tentation volontariste de forcer l’histoire pour faire advenir le nouveau. « Marx et Engels ont vu fondamentalement juste » quant à ce qu’il fallait viser, mais ils se sont mépris sur les délais et les difficultés. Le futur que le Manifeste prétendait imminent « était impossible à atteindre avant longtemps ».

«Nous sommes illettrés »

À partir de cette double préoccupation, visée communiste d’une part et « maturité objective » du passage à une autre société d’autre part, Lucien Sève propose une lecture du court XXe siècle. Lénine se situe de plein droit dans la visée communiste marxienne. Mais Lénine va faire preuve d’une impressionnante lucidité en comprenant rapidement « l’immaturité historique du com munisme ». Les présupposés du passage au communisme n’existaient pas en Russie. Les forces productives étaient dans un état de délabrement extrême ; l’individualité était encore insuffisamment développée : « nous sommes illettrés », « nous ne sommes pas assez civilisés », ne cessait-il de répéter. Le temps n’était donc pas encore venu où la gestion des affaires publiques allait être accessible au premier venu. La Russie de Lénine ne pouvait être communiste.

Les régimes socialistes qu’on trouvera ailleurs et après se caractériseront plutôt par leur non-communisme, estime Lucien Sève, même s’ils pouvaient présenter parfois ici ou là certaines avancées sociales. Rien de la visée communiste marxienne ne s’y retrouve, ni le développement de forces productives de haut niveau, ni la promotion de l’individualité, ni le dépérissement de l’État. Si bien que désigner ces régimes et la visée marxienne d’un même mot relève pour Lucien Sève d’une falsification.

Florian Gulli Professeur de philosophie
Essai. La métamorphose pour une visée communiste marxienne (Florian Gulli - lundi 21 octobre - L'Humanité)

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