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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 05:00
Avec une offensive de l'armée turque au Rojava contrôlé par les Kurdes, la résurgence des groupes terroristes menacera directement l'Europe (Khaled Issa, interviewé par Rosa Moussaoui, L'Humanité, 8 octobre 2019)

Khaled Issa « La résurgence des groupes terroristes menacera directement l’Europe »

Mardi, 8 Octobre, 2019

Représentant en France du Kurdistan syrien, Khaled Issa met en garde contre les graves conséquences d’une offensive turque dans le nord-est de la Syrie.
 

 

Khaled Issa est  Représentant en France du Kurdistan syrien

Comment expliquer cette nouvelle volte-face du ­président des États-Unis, avec le retrait des forces américaines du nord-est de la Syrie et le feu vert donné à l’offensive planifiée de la Turquie dans cette région ?

Khaled Issa C’est une question à poser aux Américains. Nous avons pourtant accompli avec eux un ­travail extraordinaire dans le cadre de la coalition (contre l’« État ­islamique » - NDLR). Il faut rappeler que la France fut le premier État à nous soutenir dans notre résistance contre Daech ; elle est ensuite ­devenue, dans le cadre de cette coalition internationale, un appui déterminant pour défaire ces terroristes. Mais le travail n’est pas terminé. Il existe encore des cellules dormantes. Si la force qui s’est ­battue contre Daech est affaiblie, le terrain sera propice pour la ­résurgence de l’« État islamique ». D’autant que certaines puissances régionales, à commencer par la Turquie, ont offert leur appui à Daech et à d’autres groupes intégristes. Ce n’est un secret pour personne : les autorités turques entretenaient avec ces terroristes de très bonnes relations. Leurs menaces sont une façon de voler à leur secours. Le paradoxe, c’est qu’on abandonne au milieu du chemin la force qui a ­contribué à leur défaite.

Le communiqué de la Maison-Blanche confie explicitement à Ankara le sort des djihadistes détenus dans le nord-est de la Syrie, sous la garde des Forces démocratiques ­syriennes. Quelles peuvent être les conséquences d’un tel choix ?

Khaled Issa Nous avons payé un lourd tribut à cette guerre. Nos garçons, nos filles sont tombés au combat. Plus de 11 000 jeunes gens ont sacrifié leur vie à cette lutte contre Daech. Les prisonniers sous notre garde ont été arrêtés sur notre territoire, leurs victimes sont des habitants de cette région. Au lieu de nous soutenir dans le cadre d’une coopération nationale en vue de les juger, on les remet à une puissance régionale qui les appuyait. C’est très paradoxal. Nous ne trouvons pas qu’il soit juste de confier ces terroristes à Ankara. Nous pensons que les autorités turques vont les recycler, comme ils ont déjà recyclé de nombreux éléments en fuite, qu’ils ont installés à Afrin. Ces choix conduiront à une dé­stabilisation totale de la région. En fait, Erdogan utilise ces terroristes pour faire chanter les pays européens. Lorsqu’il menace de laisser passer des réfugiés vers l’Europe, il sous-entend qu’il laissera aussi la voie libre aux terroristes. Si cette région échappe au contrôle de notre administration, de nos forces, la résurgence des groupes terroristes et de la violence ­menacera directement la sécurité en Europe.

Ankara veut empêcher l’installation à ses frontières d’une zone autonome kurde. L’offensive turque vise-t-elle, ­par-delà les Kurdes, l’expérience politique initiée dans le nord-est de la Syrie ?

Khaled Issa Il y a dans le nord-est de la Syrie des Kurdes, des Arabes, des Assyro-Chaldéens, des Turcomènes, des Tcherkesses, une ­mosaïque de communautés et de confessions. Nous avons mis en place une administration dans des conditions très difficiles mais c’était la zone la plus stable, celle où la guerre civile, les conflits entre communautés ont été évités. Les menaces planant aujourd’hui sur cette administration, sur les Forces démocratiques syriennes, éloignent les perspectives de paix pour la région, pour la Syrie. Elles font aussi planer de graves dangers sur la stabilité internationale.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

Syrie. Le revirement de Trump déstabilise ses alliés

Mercredi, 9 Octobre, 2019 - l'Humanité

Après avoir annoncé le retrait de ses forces, le président américain recule, mais sans s’opposer vraiment à une attaque turque contre les forces kurdes.

 

La politique américaine au Moyen-Orient avait-elle besoin d’un discrédit de plus ? Lundi soir, le président Trump est revenu sur sa décision, prise la veille, de retirer les soldats états-uniens stationnés en Syrie, accordant un blanc-seing à la Turquie pour une offensive contre les forces kurdes. En réalité, explique un haut responsable américain qui requiert l’anonymat, il s’agirait d’un redéploiement de 50 à 100 éléments des forces spéciales « vers d’autres bases » du pays et non d’un retrait pur. Ce repli stratégique viserait ainsi à protéger les boys, qui « ne doivent pas courir le risque d’être blessés, tués ou capturés si les Turcs passent la frontière et engagent des combats avec les forces kurdes locales », selon ce dirigeant. Et d’insister : « Le fait qu’on les déplace ne constitue pas un feu vert » à Ankara.

Pour autant, le déplacement des soldats américains ne peut laisser de doute sur le fait que Washington n’opposerait aucune résistance, quoi qu’en dise Trump, à l’entrée de l’armée turque, par ailleurs membre de l’Otan, en Syrie. « Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j’estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l’économie de la Turquie », a tweeté le locataire de la Maison-Blanche. Durant l’été 2018, les deux chefs d’État s’étaient déjà affrontés sur le terrain économique, entraînant une chute brutale de la livre turque. À la suite de la détention par Ankara d’un pasteur américain, Donald Trump avait exigé la mise en place d’importantes taxes douanières sur l’acier et l’aluminium turcs.

La France pourrait se retrouver seule face aux forces turques

La Turquie, qui a déjà mené deux offensives en Syrie, la première en 2016 contre le groupe « État islamique » (EI) et la deuxième en 2018, à Afrine, contre les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, a indiqué lundi avoir achevé les préparatifs en vue du lancement de son opération militaire. Elle entend ainsi préserver sa frontière des YPG, qu’elle considère comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé par Ankara sur la liste des organisations terroristes. Ankara espère également installer à terme dans cette « zone de sécurité » les 3,5 millions de réfugiés syriens présents sur son territoire.

Pour se prémunir d’une intervention, la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) aurait creusé des tranchées et des tunnels à Ras al-Aïn, Tal Abyad et près de Kobané, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) basé à Londres. La France, qui dispose actuellement de cinq bases au Rojava, le Kurdistan syrien, pourrait également se retrouver seule face aux forces turques. Paris a ainsi exhorté Ankara à « éviter une initiative » – chaque mot est pesé – qui nuirait à la lutte contre l’EI alors même que la restructuration de l’organisation est en cours. La diplomatie française a en outre plaidé pour que la détention des djihadistes étrangers, parmi lesquels des ressortissants français, dans les camps du Nord-Est syrien reste « sûre ». Lundi, lors d’un entretien avec son homologue turc, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Djavad Zarif, a exprimé son « opposition » à une action en Syrie. Allié du président syrien Bachar Al Assad, Téhéran n’a jamais procédé au retrait du corps des Gardiens de la révolution, comme l’exigeaient un temps les États-Unis. Là encore, le camouflet est net.

Lina Sankari

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