Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:38

 

Réunis aux côtés des gilets jaunes Geneviève Legay, porte-parole Attac 06, et Jérôme Rodrigues, Arié Halimi, avocat, responsable de la Ligue des droits de l’homme (LDH), et Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT, ont débattu de la politique gouvernementale de répression policière et de contrôle médiatique. Un débat animé par Lola Ruscio à l’Agora de la Fête de l’Humanité le 15 septembre.

 

Dans les deux affaires, très médiatisées, de Geneviève Legay ou de Jérôme Rodrigues, le gouvernement a assuré qu’il n’existait aucun lien entre les blessures des victimes et l’intervention des forces de l’ordre. Un tel choix de communication est-il étonnant ? Halimi

Je pense qu’on peut dire que la communication mensongère est systématique, de la part du gouvernement, quand il s’agit de violences policières. À chaque fois qu’il y a une violence policière, on a soit une absence de paroles lorsque les victimes sont invisibles, parce qu’il n’y a pas de vidéo, et la plupart des victimes du mouvement des gilets jaunes qui ont été frappées au moment de charges à coups de matraque ou qui ont pris des LBD sont restées invisibles, soit, quand il y a des vidéos et qu’il est obligé de réagir, une communication de déni. Pour Geneviève Legay, c’est évident. Au début, Macron a tout simplement dit que les fonctionnaires de police ne l’avaient pas touchée et le procureur de la République a menti aux yeux de toute la population en disant qu’il n’y avait pas eu de contact entre la police et la manifestante. Et pourtant, dès les premiers moments, ils avaient toutes les vidéos en main et ils savaient pertinemment que c’était un policier qui l’avait poussée et avait causé autant de dégâts. Donc, c’est un mensonge avéré et délibéré. À chaque fois, c’est la même chose. Pour Jérôme Rodrigues, la communication a été un peu plus subtile. On avait une vidéo le montrant sur la place de la Bastille en train de filmer de manière totalement pacifique les fonctionnaires de police. On le voit être visé par une grenade et on entend un LBD 40 sur la vidéo. La communication gouvernementale a été de dire qu’il n’y avait pas de LBD. Toute la communication a consisté à détourner l’attention de la réalité et de l’évidence. Ce n’est pas difficile. De manière générale, pour toutes les violences policières, que ce soit Emmanuel Macron, Christophe Castaner ou Brigitte Jullien, la directrice de l’inspection générale de la police nationale, de l’IGPN, tous ont déclaré que les violences policières n’existaient pas.


Les enquêtes de l’IGPN sont toujours lentes et exonèrent très souvent les policiers soupçonnés de violences policières à l’encontre de manifestants et même de jeunes issus des quartiers populaires. Pourquoi en appelez-vous, avec La ligue des droits de l’homme, à supprimer cet organe de contrôle interne ?

Arié Halimi J’ai appelé à supprimer l’IGPN pour la bonne raison que l’IGPN, c’est la police. L’IGPN est l’organe qui va enquêter sur les policiers lorsqu’ils commettent un délit et notamment une violence policière. L’IGGN, l’inspection générale de la gendarmerie nationale, c’est pareil mais pour les gendarmes. Autant dire qu’on va toujours choisir des personnes du même corps pour enquêter sur des policiers ou des gendarmes. Il y a un problème de conflit d’intérêts patent. D’ailleurs, on le voit dans la plupart des affaires, récemment encore dans l’affaire des lycéens de Mantes-la-Jolie ou dans l’affaire du décès de Steve Maia Caniço, l’IGPN s’est encore rendue coupable d’un mensonge délibéré. Fort heureusement, il y a une enquête judiciaire en cours. Pour tous les dossiers, l’IGPN joue un rôle visant à étouffer les affaires. Il y a un problème structurel. Il faut supprimer l’IGPN, qui n’a pas vocation à permettre l’enquête impartiale et objective. Ce que l’on souhaite notamment, avec la Ligue des droits de l’homme, c’est qu’il y ait une commission indépendante composée de personnes qui n’ont pas de lien avec le gouvernement ou avec les fonctionnaires de police qui soit supervisée par des gens qui n’ont aucun lien et aucun conflit d’intérêts. C’est la seule manière pour qu’il y ait un État de droit qui soit restauré et que les victimes de violences policières aient droit à la vérité.

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

 

Emmanuel Vire

Concernant les violences, une chose très étonnante s’est passée pour les journalistes pendant le mouvement des gilets jaunes. Tout d’abord, il y a eu une opération de communication qui a visé à montrer que les gilets jaunes maltraitaient les journalistes et que les gilets jaunes étaient violents avec eux. Il y a eu quelques cas effectivement que nous avons condamnés mais on s’est très vite aperçu que le problème n’était pas là. Le premier problème, c’était que les violences policières n’étaient pas traitées par les médias dominants. Les syndicats de journalistes et les sociétés de journalistes ont tout de suite interpellé le gouvernement. Je voudrais revenir sur la première rencontre qui a eu lieu en février dernier avec Franck Riester à ce sujet. Nous avons pris un coup dans la tête. Il nous a convoqués pour en appeler à la solidarité de classe ! L’idée, c’était qu’il y avait des méchants gilets jaunes qui violentaient les journalistes et que, tous ensemble, nous devions réagir et que l’État allait nous défendre. C’était totalement inacceptable ! Il s’est retrouvé avec des sociétés de journalistes, dont celles de BFMTV et de TF1, qui lui ont dit que le problème ce n’était pas la violence des gilets jaunes mais les violences policières contre les journalistes. Ces violences sont maintenant totalement documentées. On en est à 60 journalistes blessés et 150 incidents graves. Évidemment, ce sont des incidents qui touchent les plus précaires d’entre nous parce que ce sont les photographes indépendants et les JRI qui ont été le plus touchés. Avec un photographe indépendant, nous avons attaqué l’État et nous avons porté plainte pour que ces violences ne soient plus acceptables et soient dénoncées. Le problème, c’est la violence de l’État et la répression

 

Jérôme Rodrigues

Cette répression, c’est l’ensemble des mutilés qui la marquent physiquement mais vous avez aussi une répression silencieuse dont on parle peu. La première, c’est la répression médiatique de par le traitement qui est fait des gilets jaunes. Cela aussi c’est une répression. Se prendre tout un tas d’insultes, être discrédité par des consultants et soi-disant experts, cela s’appelle aussi de la répression. Vous avez un autre style de répression quand on s’en prend à votre famille : contrôle Urssaf, contrôle d’impôts, etc. C’est ce qui m’est arrivé avec mes parents. C’est cela aussi la répression. Il y a aussi la répression qui consiste à calomnier. On a dit que j’étais vendeur de hasch, que j’avais volé dans les magasins et, aujourd’hui, que je bats ma femme. Cela aussi, c’est une répression. Je me balade dans la rue le 14 juillet et je me prends une garde à vue pour rien. C’est continuellement, tous les jours, jusqu’à avoir un camion de CRS garé devant chez moi ! C’est cela aussi la répression. Il y a celle qui est physique et il y a celle qui vous mine

La France, qui se présente comme le pays des droits de l’homme, a mutilé les populations pendant le mouvement des gilets jaunes. Comment en est-on arrivé là ?

Arié Halimi 

C’est un long processus. Pendant très longtemps, les violences se sont produites pendant les manifestations ouvrières et puis il y a eu un moment d’accalmie en France. Ceux qui ont été les premières victimes des violences policières, le lieu d’expérimentation de cet outil de gouvernement, ce sont les quartiers populaires et les banlieues. Toutes les personnes issues de l’immigration et tous ces invisibles qui, pendant trop longtemps, ont été délibérément visés. Cela a permis aux gouvernements et aux ministères de l’Intérieur d’expérimenter les nouvelles armes. Il y a eu les Flash-Ball, qui ont été remplacés par le LBD 40. On voyait énormément des victimes de Flash-Ball pendant très longtemps dans les quartiers populaires jusqu’à ce que les centres de grandes villes soient visés, notamment à l’égard des militants ou des manifestations. Je pense bien évidemment aux militants écologistes de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Je pense bien évidemment à Rémi Fraisse, qui est mort uniquement parce qu’il voulait protéger une zone humide et quelques fleurs et parce qu’il s’est pris une grenade contenant de la TNT tirée par les gendarmes avec un ordre donné par le préfet et donc par l’État.

Geneviève Legay

Par rapport aux banlieues, je regrette de le dire parce que je suis de gauche, mais nous avons trop tardé à réagir et on paie cela. On paie de ne pas avoir bougé. Quand on voit que la CGT, depuis des dizaines d’années, défile légalement le 1er Mai, et que Philippe Martinez a reçu des grenades lacrymogènes, on se demande où on est. Les policiers sont très mal vus parmi les gilets jaunes. Je leur ai écrit une lettre ouverte où j’ai demandé aux forces de police encore dignes de cette fonction de réagir parce qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Hier, je faisais le même débat mais avec un policier de la CGT à mes côtés contre ces violences. Il faudrait qu’on les entende plus. Je remercie aussi le capitaine de gendarmerie qui a refusé d’obéir aux ordres lors de mon matraquage. C’était le 23 mars. Il a écrit le 25 mars un rapport pour expliquer pourquoi il avait refusé d’obéir en disant que c’était complètement disproportionné, que c’était calme et qu’il ne se passait rien. Ce rapport a été caché pendant trois mois à la justice.

Compte rendu extrait de la table ronde par Jérôme Skalski

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011