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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 12:37

 

De toute évidence, le soleil avait rendez-vous avec la Fête de l’Humanité.


Un rendez-vous honoré qui aura autant semé la joie que soulevé les interrogations sur les raisons d’un mois de septembre que l’on a rarement connu aussi sec. Il n’y a donc pas eu besoin de pluie pour qu’une fête arc-en-ciel vienne éclaircir le ciel chargé de cette rentrée sociale et politique. Fête de la culture et du débat. Fête des émotions et de la rencontre. Fête tendre et rebelle. Fête des joies et des espoirs partagés. Fête des réflexions et de la détente, des sourires et des rires. Fête de l’union et des communions. Elle a réuni le vert de la lutte pour l’environnement et l’urgence climatique, le jaune de la colère populaire et le rouge des luttes sociales et de la révolution avec l’ambition d’offrir un débouché fédérateur à toutes ces mobilisations aussi denses qu’éparses. Et cette ambition n’aura cette année pas été déçue. La fête aura été un reflet saisissant des mobilisations qui essaiment partout, prenant le visage d’une France combative, résolument engagée à faire vivre la liberté, l’égalité et la fraternité.


Elle y est parvenue en mêlant au goût du débat et de la controverse, musique et culture ; en liant l’espoir d’un monde nouveau débarrassé du règne de l’argent et des divisions, et les vibrations artistiques, les chocs esthétiques, les découvertes culturelles dans chacune des scènes comme dans les espaces dédiés au théâtre, aux arts plastiques, aux livres, à la solidarité internationaliste ou encore au beau stand des Amis de L'Humanité ou à celui des arts vivants qui porte le nom de Jack Ralite.


Chaque fête est la même et pourtant si différente. Chaque fête a son époque, ses coups de gueule et ses coups de foudre. C’est sûr, je la vois différemment. Objet de mes angoisses et parfois de drôles de cauchemars dès le mois d’avril, elle oblige à être attentif, combatif dès qu’elle commence à prendre possession de « son » terrain à la mi-août pour, telle une gestation, offrir le meilleur d’elle-même juste quelques heures avant de s’ouvrir à toutes et tous.


Elle me rappelle chaque année cette lettre de Jean-Jacques Rousseau à D’Alembert à propos de la fête (à Saint-Gervais 1758) : « La danse fut suspendue ; ce ne furent qu’embrassements, ris, santés, caresses. Il résulta de tout cela un attendrissement général que je ne saurais peindre, mais que, dans l’allégresse universelle, on éprouve assez naturellement au milieu de tout ce qui nous est cher. Mon père en m’embrassant, fut saisi d’un tressaillement que je crois sentir et partager encore. Jean Jacques, me disait–il, aime ton pays. Vois-tu ces bon genevois ; ils sont tous amis, ils sont tous frères ; la joie et le concorde règne au milieu d’eux. »


C’est encore Sigmund Freud dans Totem et tabou qui ainsi décrit la fête : « Une fête est un excès permis, voir ordonné, une violation solennelle d’un interdit… La disposition joyeuse est produite par la permission de faire ce qui est défendu en temps normal ».


De fait la Fête de l’Humanité libère. Elle permet de s’ouvrir à l’autre, de fraterniser, de faire le plein d’idées et de joie.

 

Il fallait voir au crépuscule de l’événement, le dimanche à 18h, l’entrée éclatante du groupe Kassav’ sur la grande scène bondée, après que Youssou N’Dour n’ait fait chavirer les corps. S’y exprimait comme un parfum de joie et l’impossibilité malgré tout joyeuse de se séparer après tant d’intelligence échangée, d’émotions partagées, d’espoirs suscités.


La Fête de l’Humanité ne pourrait voir le jour, sans l’engagement résolu des équipes de L’Humanité, des journalistes, sans les services de gestion, de diffusion de promotion, la régie publicitaire et l’équipe de la fête grossie d’une trentaine de stagiaires bénévoles qui dès le mois de mai y apportent leur jeunesse, leurs fraicheurs, leurs idées bousculante. Elle n’existerait pas sans l’apport décisif de milliers de militants, et parmi eux, des militants communistes aux côtés de militants associatifs, syndicaux qui construisent et animent les stands, dévoués à faire vivre cet évènement unique en mettant leur engagement au service du public de la fête et de son ambition à rassembler largement toutes celles et ceux qui veulent se cultiver, prendre un bain de fraternité et toutes celles et ceux qui travaillent à lutter contre les haines et les divisions, à vouloir dépasser le système capitaliste.


La Fête de l’Humanité et son cœur battant, l’Agora de l’Humanité, animé par les rédactions, auront été le creuset indispensable à la gauche, mettant en débat tous les sujets qui lui sont liés. Ce fut le débat riche sur le climat qui vint clore une marche inédite dans les allées de la fête animée par un beau collectif d’associations ; ce fut le débat dense sur le communisme auquel nous avons eu l’honneur de pouvoir associer une figure aussi éminente que Lucien Sève ; ce fut aussi le passionnant débat avec l’économiste Thomas Picketty quelques jours après la sortie d’un nouveau livre de 1200 pages, venu confronter ses thèses et son ambition de « dépasser le capitalisme » au public de la Fête de l’Humanité. Ce fut encore le débat essentiel sur l’avenir de notre système de santé et la lutte inédite que mènent urgentistes et salariés des Ehpad.

 

À quel endroit peut-on aujourd’hui mettre sur la table les divergences qui se sont exprimés entre la CGT et des figures importantes du mouvement des gilets jaunes comme Jérôme Rodriguez ou Priscillia Ludosky ou donner la parole à Geneviève Legay, militante gravement blessée par la police ? Les échanges, s’ils furent parfois fermes, avaient toujours pour objectif de tracer une issue positive et les contours d’un nouveau rassemblement.


À quel endroit, encore, peut-on assister à une confrontation ferme et franche entre Philippe Martinez, secrétaire général du principal syndicat opposé à la contre-réforme des retraites et son concepteur même, le désormais membre du gouvernement Jean-Paul Delevoye. C’est un honneur pour L’Humanité de donner, comme l’écrivait Jaurès dans son premier éditorial, « à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde ».


À quel endroit le référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris a-t-il pu prendre autant de résonnance, avec plus de 10 000 signatures collectées ?


À quel endroit enfin, cette gauche si dispersée peut-elle dialoguer avec l’assurance que les questions et débats proposés éclaireront bien une perspective de gauche ? Notre proposition pour les responsables de la gauche, communistes, socialistes, écologistes, insoumis, était de réfléchir aux moyens de « Re-Faire Révolution »


Le samedi le meeting de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, était tonique et traceur de combats unitaires.

 

Nous n’oublierons pas de sitôt la venue de Dilma Rousseff dans l’Agora après qu’elle ait harangué la foule de la grande scène pour réclamer avec nous la libération de Lula. La dignité et l’abnégation de cette femme sont proprement renversantes, et la précision de son diagnostic sur l’État de son pays impressionnant comme elle en a témoigné à l’Agora. Prendre le temps de l’écouter ne peut être que d’un grand apport pour chaque progressiste. Les remerciements qu’elle a formulés à l’égard de L’Humanité pour son rôle dans la campagne internationale pour la libération de Lula nous touchent autant qu’ils nous obligent à persévérer, à montrer les dangers et impostures du régime Bolsonaro, comme à donner écho à la résistance des forces sociales et politiques brésiliennes.

Le village du monde fut cette année le théâtre de rencontres aussi riches que fécondes entre de nombreux militants venus du monde entier. La fête fait vivre un internationalisme concret. C’est là une de ses dimensions soigneusement tues par les grands médias. Après que j’y ai prononcé le discours d’inauguration qui trace les grandes perspectives mondiales et grands enjeux émancipateurs, des centaines de responsables d’organisations ont pu échanger sur leurs combats respectifs, nouer des liens pour fédérer leurs luttes pour la liberté ou la justice à l’échelle continentale ou internationale. L’Algérie fut à l’honneur lors d’une belle soirée qui mêla l’exigence de compréhension et de perspectives aux chants et aux danses d’un peuple qui aura cette année surpris le monde entier.


« Que la fête fut belle ! », pourrions-nous dire. Si après son clap de fin son souvenir peut s’estomper doucement au fil des semaines, restons persuadés que son âme continuera à inspirer, à réveiller les volontés, à agiter les consciences de ces milliers de jeunes, de moins jeunes, d’ouvriers, de retraités, de salariés qui se sont réunis pendant trois jours sous le ciel de la Courneuve.


Sortir de la fête et entendre le président de la République reprendre les mots de l’extrême droite à propos de l’immigration nous projette à l’opposé : la politique politicienne pour faire monter cette dangereuse extrême droite et se faire réélire. C’est l’opération « détournement ». Le détournement des urgences, du regard sur la contre-réforme des retraites, ou des luttes d’intérêt général des personnels hospitaliers, au profit des questions identitaires. Même opération d’un grand magazine cette semaine pour repousser nos concitoyens de confessions musulmanes. Il faut aussi ne pas être dupe sur l’opération consistant à pilonner EDF. J’avais dit il y a quelques mois que tel était le sens de la nomination de Mme Borne au ministère de « l’écologie ». L’écologie. Ce mot est parfois le vernis des pires opérations.

 

Dans la fête, mille idées, mille propositions pour faire autrement, pour vivre mieux, pour changer le monde et la société. Ce ne peut être passé par perte et profits. Beaucoup de nos confrères des médias publics ont eu tort de ne pas traiter l’événement pour ce qu’il est dans sa globalité et sa diversité. Sa richesse.


Pour que la fête dure au bénéfice de tous, il est indispensable de rester connecté. Indispensable que les journaux qui la portent trouvent un nouveau rebond, une renaissance. Nous avons dû préparer et construire la fête dans les conditions difficiles d’un plan de redressement sous l’œil du tribunal de commerce. Jusque là notre plan contraint a poussé à réaliser des économies sur le fonctionnement du groupe, et sur la masse salariale. Déjà une vingtaine de collaborateurs ont quitté l’entreprise. Parmi ces économies, une part importante affecte la fête de L’Humanité elle-même. Aujourd’hui nous entamons une nouvelle phase pour finaliser des économies de fonctionnement puis la renégociation des dettes. Nous le faisons avec l’objectif de finaliser un plan de continuation. Je l’ai redit avec force au diner des professionnels de la presse qui se tenait le jeudi soir sur le terrain de la fête en présence du ministre de la culture et de la communication. (Voir ici mon intervention). Je le redirai à l’occasion d’une nouvelle audience au tribunal de commerce le 16 octobre prochain. Le combat se poursuit donc pour réussir. Plus de 3 millions de dons et de souscription ont été collecté depuis le début de l’année. Il nous faut en collecter encore au moins UN million d’ici le 15 décembre. Plus de mille abonnements à L’Humanité et L’Humanité Dimanche ont été réalisé durant la fête. Cette campagne doit s’amplifier dans les semaines à venir. C’est un élément décisif démontrant la possibilité de la continuation. D’ici quelques semaines nous présenterons un plan stratégique complet visant le développement pour une renaissance de L’Humanité.


L’Humanité comme L'Humanité Dimanche, chaque jour comme chaque semaine, porte l’esprit de cette fête, ses combats et ses exigences de débat. Ce sont des atouts essentiels pour ouvrir de nouveaux chemins d’Humanité.

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