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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 05:47

 

Dans les territoires occupés comme en Israël, Bédouins et Palestiniens subissent la destruction de leurs maisons, les brimades et les arrestations, marques de la politique coloniale, comme l’explique Salah Khawaja.
 

Salah Khawaja - Coordinateur de la campagne Stop the wall

Jérusalem-Est occupée, envoyé spécial.

 

En quoi la question des Bédouins n’est pas seulement une question humaine mais est directement en lien avec la stratégie politique israélienne ?

Salah Khawaja Il existe 46 regroupements de Bédouins en Cisjordanie, qui sont la cible d’une politique de transfert et d’expulsion israélienne de ces villages et regroupements. Le but de cette politique d’expulsion est l’arrêt de la vie palestinienne telle qu’elle existe et de regrouper les Palestiniens dans leur diversité au sein de cantons. Cela se traduit par une interdiction de fait du droit au travail, à l’éducation, à la santé et à la mobilité des Palestiniens. Ce transfert dans des cantons s’apparente tout simplement à un enfermement dans de grandes prisons ou à des réserves comme les États-Unis en ont créé pour les Indiens-Américains. Tous leurs droits humains basiques seront confisqués.

 

Quel est le projet politique d’Israël dans cette zone, à l’est de Jérusalem, sachant qu’on y trouve la colonie de Maale Adumim, la plus grande existante ? Qu’est-ce qui est prévu ?

Salah Khawaja Le but est clair. Il s’agit de contourner la loi internationale qui reconnaît que tous les territoires pris par les Israéliens aux Palestiniens en 1967 sont des territoires occupés. La guerre israélienne est menée contre tout un peuple, contre toute une société. On veut donc empêcher les Palestiniens d’exercer leur droit à l’autodétermination. En 1947, les Nations unies ont voté le partage de la Palestine en deux États avec Jérusalem comme zone internationale. En 1948, Israël en a saisi beaucoup plus : 78 %. Après 1967, les 22 % restants ont été occupés par Israël. À partir de ce moment-là, la colonisation s’est développée. Ainsi, Maale Adumim a été construite après 1982. Cette colonie est maintenant la plus grande de Cisjordanie tant en population qu’en superficie. Dans cette région, Israël a un plan nommé A1, qui vise à élargir cette colonie à celles qui l’entourent, pour faire une seule et grande colonie. Les camps de Bédouins sont un obstacle à ce projet, et donc les Israéliens les expulsent afin d’achever leur plan. La surface finale de cette nouvelle colonie sera de 62 km2, alors que la ville de Tel-Aviv s’étend sur 61 km2 ! Ce projet A1 comprend également, entre autres, la construction d’une cité bédouine dans la colonie, une zone industrielle pour laisser penser qu’il s’agit d’une ville « normale » et non pas d’une colonie. C’est violer la loi internationale sans devoir rendre des comptes. Le but final d’Israël est de rendre éternelle l’existence coloniale et de réprimer les humains. Le ministre de l’Intérieur d’Afrique du Sud, qui a vu la situation, a même estimé que la colonisation dans les territoires occupés était bien plus dangereuse que l’apartheid.

 

En termes politiques, il semble que les mouvements palestiniens, Fatah et Hamas, soient dans l’impasse. Comment le peuple palestinien réagit-il ? On parle de comités populaires, de résistance populaire. Qu’en est-il ?

Salah Khawaja L’Autorité palestinienne, créée avec les accords d’Oslo, a misé sur une solution politique, mais Israël en a profité pour renforcer sa présence coloniale. Nous sommes convaincus que le mouvement de la première Intifada est le meilleur exemple de luttes unies et celui qui nous a permis d’accomplir le plus de choses. La résistance populaire peut permettre de rassembler tout le monde et d’organiser une désobéissance civique qui prendrait alors la forme d’une intifada civile. Nous travaillons dans deux directions. D’abord, regagner la confiance des gens avec un travail populaire et solidaire. Après les échecs successifs depuis les accords d’Oslo eux-mêmes, les gens se sont détournés de l’engagement collectif et militant. Il faut leur montrer qu’il est possible d’agir, d’influer sur les décisions, de faire changer les choses, en s’engageant. Par ailleurs, nous cherchons à accumuler de petits succès pour parvenir à une victoire plus importante et plus durable.

 

Est-ce qu’il existe une coordination entre ces comités populaires et les partis traditionnels ?

Salah Khawaja Il existe une coordination de travail, mais il n’y a malheureusement pas une volonté politique de la direction palestinienne d’unir ces efforts. Notre travail consiste donc à unir, afin de parvenir à faire pression sur les organisations politiques pour qu’elles en terminent avec leur division, et engager une nouvelle stratégie gagnante face aux Israéliens. Nous devons retrouver la confiance en nous-mêmes.

 

La campagne BDS est-elle un outil qui va dans ce sens ?

Salah Khawaja Oui, c’est un moyen efficace pour aider la cause palestinienne. Il existe également d’autres initiatives comme « Pour un monde sans murs ». Il faut continuer à être créatif pour dévoiler la face fasciste d’Israël.

 

Entretien réalisé par Pierre Barbancey

 

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