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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 05:27
PABLO DE LA TORRIENTE BRAU

PABLO DE LA TORRIENTE BRAU

 

Cet intellectuel cubain devenu communiste s’engage, à la vie, à la mort, convaincu de la complémentarité de l’antifascisme et du combat national. À l’été 1936, de son exil à New York, il écrit : « Je pars en Espagne. »

Pablo de la Torriente Brau explique à ses amis, déjà grandes figures intellectuelles, Nicolas Guillen, Ruben Martinez Villena, secrétaire du petit Parti communiste de Cuba, Raul Roa, dans sa lettre d’exil du 4 août 1936 : « Je suis absolument convaincu que le monde entier tourne autour de la révolution espagnole. L’importance de la révolution espagnole est mondiale. » Roa sera plus tard ministre des Affaires étrangères de Fidel Castro. Dans la lettre du 6 août à Juan Marinello, alors intellectuel communiste, Pablo défend avec passion sa décision : « J’ai eu une idée merveilleuse : je vais en Espagne, participer à la révolution espagnole. » La missive se poursuit : « L’idée a explosé dans mon cerveau, et depuis lors, elle illumine la grande forêt de mon imagination. » Le projet désiré devient axe de vie. « Je crois fermement que je peux faire beaucoup pour la révolution cubaine, parce qu’il semble que la révolution espagnole ait à Cuba de profondes répercussions », confie-t-il à Raul Roa. Le journaliste entre en Espagne par Portbou, le 20 septembre 1936, convaincu de prolonger les luttes cubaines d’émancipation. Combattant des milices populaires, puis commissaire politique, le jeune militant intellectuel meurt très tôt, sur le front de Madrid, les armes à la main, à Romanillos, près de Majadahonda, le 19 décembre 1936. Il avait à peine 30 ans et un charisme de leader atypique : un physique d’athlète, le regard sombre, un humour de « guajiro » (paysan) taquin. Toujours aux avant-postes, commissaire de guerre de la division de El Campesino. En quatre mois, il écrit 14 chroniques. La première d’entre elles : Des avions pour l’Espagne.

Reporter au journal Ahora, il est à la fois journaliste, narrateur et protagoniste

Pablo comprend très vite toute la grandeur poétique et humaine d’un autre de ses amis : Miguel Hernández, poète de la terre. Pablo le « nomme » commissaire culturel. Miguel, l’ancien berger d’Orihuela, l’autodidacte qui déclame sur le front républicain ses vers aux combattants. Désespéré par la mort du « camarade Pablo », Miguel Hernández écrit la poignante Deuxième Élégie. Le corps de son compagnon sera jeté dans une fosse commune.

À Cuba, le jeune intellectuel avait pris tous les risques. Emprisonné à plusieurs reprises (27 mois au total), il impulse deux grandes grèves, en 1930 et 1935, et doit s’exiler en avril 1935. Dans la vague révolutionnaire de ces années 1930, il crée l’Orca, fonde la radicale Aile gauche étudiante, écrit Batey… Le « Patio de laureles » de l’université vibre de ses exhortations à l’insurrection, à « serrer les rangs », de ses convictions antifascistes. « Arriba (En avant) muchachos ! » L’insurrection provoque la chute du dictateur Machado, le 12 août 1933. Le véritable pouvoir est alors exercé par un groupe de sergents dirigés par un inconnu, Fulgencio Batista. Les Cubains sympathisent massivement avec les « Espagnols rouges ».

Pablo, reporter au journal Ahora, décrit la chute du tyran. À la fois journaliste, narrateur et protagoniste. Un statut qu’il conjugue et assume. La révolution a un prix. À La Havane, il collabore aussi à la revue El Veterano et au quotidien Nuevo Mundo.

Aveugles ceux qui ne voient en Pablo de la Torriente Brau qu’un « propagandiste ». Comme les 1 056 volontaires cubains des Brigades internationales, très divers politiquement, communistes, « guiteristes de Joven Cuba », anarchistes, socialistes (peu de Noirs), il conçoit l’engagement en Espagne comme le maillon d’une chaîne ininterrompue, insurrectionnelle, « internationaliste », de libération.

Il n’a même pas eu le temps de terminer son roman, Aventure du soldat cubain inconnu, dans lequel il imagine une rencontre avec le fantôme d’un soldat cubain qui, par erreur, fut envoyé au feu lors de la Première Guerre mondiale. Le traitement moderne et satirique du thème (les stupidités de la guerre) surprend. Pablo lie son métier d’écrivain, sans l’aliéner, à l’engagement sur les divers fronts de lutte. Dans un autre écrit, Presidio modelo (Prison modèle), de publication posthume, comme la plupart de ses écrits, il dénonce l’inhumanité du système pénitentiaire. Son célèbre texte, Realengo 18, décrit les conditions épouvantables de vie des paysans dans les montagnes cubaines de l’Orient. Des « realenguistas » y ont recréé une communauté utopique, « un pays différent, bien plus beau que Varadero, une société idéale communiste ».

Jean Ortiz

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE

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