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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 07:15
photo L'Humanité

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Georges Politzer Philosophe de combat

Mardi, 6 Août, 2019

Lanceurs d'alerte en 1939 12/29. Engagé contre le fascisme au lendemain de la Première Guerre mondiale, le théoricien marxiste d’origine hongroise « mort pour la France » fut fusillé comme otage, le 23 mai 1942 au Mont-Valérien.

 

«Ce n’est pas par amour de la poésie que le nazisme fabrique des mythes. Ces mythes sont des instruments politiques », explique Georges Politzer dans la brochure Révolution et contre-révolution au XXe siècle publiée clandestinement en février 1941 (1). Une formule qui caractérise, dans ce texte, la méthode de la propagande d’Hitler selon laquelle « il ne faut pas élever la masse par une propagande qui l’éclaire », mais « l’influencer en se servant des faiblesses engendrées et savamment entretenues en elle par le capitalisme », souligne le philosophe. Autrement dit, comme pour vanter n’importe quelle marque de « nouveau savon » lancé sur le marché, par l’affirmation « sans scrupule » de « n’importe quoi » pourvu que soit acquise l’adhésion subjective et passionnelle de l’auditeur à l’énonciateur et à ses prises de position unilatérales. Une « leçon » mise en œuvre avec un aplomb sans faille par l’ensemble de l’arc de l’extrême droite contemporaine, de Donald Trump à Jair Bolsonaro, en passant par Matteo Salvini, Viktor Orban, Geert Wilders et Marine Le Pen. Une « leçon sur la leçon » de Politzer dont la valeur reste plus actuelle que jamais.

Né en 1903 sujet de l’Empire austro-hongrois, Georges Politzer s’engage précocement. Issu d’une famille de la bourgeoisie juive de Hongrie, il a 15 ans en 1918 quand il adhère au Parti communiste. L’Empire disloqué, il participe à la défense de la République des Conseils, dirigée par Béla Kun, contre les troupes du dictateur Miklos Horthy, admirateur de Mussolini et initiateur des premières lois antisémites de l’entre-deux-guerres. À 17 ans, il part s’installer à Paris, non sans avoir fait un passage à Vienne afin d’assister aux séminaires de Freud et de Ferenczi.

Inscrit à la Sorbonne, où il rencontre Pierre Morhange, Henri Lefebvre et Norbert Guterman, il enseigne au lycée de Moulins, dans l’Allier, avant d’obtenir l’agrégation de philosophie, en 1926, et d’être nommé professeur de l’enseignement secondaire, emploi qu’il occupera jusqu’en 1939 (2). Militant en tant que syndicaliste enseignant, il adhère au Parti communiste français en 1929 et participe à la Revue marxiste avec Pierre Morhange, Georges Friedmann et Paul Nizan.

Ardemment impliqué dans les actions culturelles du PCF dans les années 1930 – enseignement militant, journalisme, documentation… –, il sera mobilisé en 1939 dans l’intendance à l’École militaire. Entré dans la clandestinité, il est, avec Jacques Solomon et Jacques Decour, à l’origine de la Résistance universitaire et intellectuelle communiste, en lançant dès l’automne 1940 le périodique clandestin l’Université libre, puis en février 1941 la Pensée libre, explique le Maitron (3).

« La propagande marxiste n’a jamais reculé devant l’immensité de la tâche qui consiste à porter, non seulement l’économie politique marxiste, mais encore le matérialisme dialectique devant les ouvriers des villes, comme devant les paysans, devant le métallurgiste parisien, comme devant le coolie chinois. Car le but de la propagande marxiste est d’éclairer et d’élever les masses en vue de leur libération », explique Georges Politzer : « Tout (son) effort a tendu à apprendre aux masses les plus larges à déceler, derrière les phrases de toute sorte, les intérêts de classe de la bourgeoisie, afin de les mettre à l’abri, en politique, de la tromperie et de l’illusion » (1).

Arrêté avec sa seconde femme, Marie – dite Maïe –, le 15 février 1942, par la brigade spéciale de la préfecture de police de Paris, Georges Politzer fut remis aux autorités allemandes le 20 mars 1942. Le philosophe cité par le général de Gaulle en octobre 1943 parmi « les plus grands » qui sauvèrent « la dignité de l’esprit » sera fusillé comme otage, le 23 mai 1942 dans la forteresse du Mont-Valérien. Marie Politzer, partie de Romainville le 23 janvier 1943 pour la Pologne, mourut du typhus à Auschwitz, le 6 mars 1943.

Dans la sixième partie du poème Brocéliande de la Diane française, Louis Aragon rendra un hommage appuyé au résistant communiste « aux cheveux roux », assassiné à l’âge de 39 ans, « mort pour la France ». « Dans le Crime contre l’esprit, paru en 1943 puis repris dans l’Homme communiste », précise le Maitron, « il consacra plusieurs pages à Georges Politzer », qui passa trois mois enchaîné et torturé, « du début de mars au 23 mai précisément ». « Pierre Villon (4) se fit aussi l’écho des tortures subies par Politzer », souligne la notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : « Arrêtés, tous deux », Georges et Maïe « ont eu une attitude héroïque devant leurs bourreaux, ils n’ont cédé ni aux tortures physiques, ni aux menaces, ni aux offres déshonorantes de récompense ».

(1) Révolution et contre-révolution au XXe siècle in Politzer contre le nazisme, textes clandestins, présentés par Roger Bourderon avec un avant-propos de Claude Mazauric, Éditions sociales, Messidor, 1984. (2) Voir Roger Bruyeron, les Trois Vies de Georges Politzer, Flammarion, 2013. (3) http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, notice Politzer Georges par Nicole Racine. (4) Pseudonyme de Roger Ginsburger, membre fondateur du Conseil national de la Résistance.

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