Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 05:20

 

Les sept puissances économiques ont tant de fois promis de sauver le monde que le monde a fini d’y croire. Le sommet qui s’ouvre à Biarritz la semaine prochaine ne convainc pas plus que les autres. Organisé en contre-sommet, le mouvement citoyen travaille à déconstruire l’opération de communication du capitalisme financier.

C’est une contre-attaque militante bien rodée. Chaque année, le groupe des sept plus grosses puissances économiques se réunit quelque part dans le monde. Et chaque année – ou quasi –, le mouvement altermondialiste, dans sa composante la plus large, œuvre à déconstruire l’opération de communication orchestrée par ce « directoire économique et financier » de la planète.

2019 n’échappera pas à la règle. Alors que le G7 qui doit démarrer samedi à Biarritz s’annonce comme l’un des plus restrictifs en termes de droit d’accès accordé à la société civile (lire ci-après), le contre-sommet citoyen organisé à quelques encablures entend, lui, briser la vitrine un peu trop alléchante du capitalisme financier. « La lutte contre les inégalités, l’urgence climatique et sociale ne peuvent se contenter de beaux discours », écrivent ainsi une centaine d’organisations dans un appel à participer à ce contre-G7, dont les travaux démarrent mercredi à Hendaye.

En 1986, l’enjeu environnemental s’impose

Car, c’est là une réalité entendue : plus les années passent et plus la crédibilité du G7s’effrite, le portant bien loin de son objectif initial de mettre en évidence les bénéfices du système financier qu’il sous-tend.

Lancé sous Valéry Giscard d’Estaing en 1975 alors que les répliques du choc pétrolier de 1973 grondaient, le G7 – initialement G5 – visait à redonner de la stabilité à une économie mondiale malmenée par la secousse. Enjeux sociaux et environnementaux restaient, alors, nettement éloignés de ses préoccupations. Il finira par s’y intéresser, par la force des choses. « La première fois, ce sera en 1986, peu après l’explosion de Tchernobyl », raconte Maxime Combes, économiste et membre du conseil scientifique d’Attac. « Réuni au Japon, le G7 s’attache alors à se porter garant de la sécurité nucléaire mondiale, dès lors que celle-ci reste sous contrôle de l’Occident… »

Mêmes espoirs, mêmes désillusions concernant la question sociale

Les années passent. Viennent les premiers rapports du GIEC et des sommets de la Terre, suivis des premières conférences internationales sur le climat. Le sujet, peu à peu, s’impose à lui, sans se voir pour autant accorder plus qu’un petit paragraphe de complaisance. En 2009, toutefois, le G8 (la Russie a alors été intégrée au groupe) de l’Aquila, en Italie, tranche d’avec les autres. Quelques mois avant la retentissante conférence de Copenhague sur le climat, « il est le premier à prendre des engagements chiffrés et conséquents en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre », reprend l’économiste. Et le seul, convient-il d’ajouter. « Jamais ces ambitions n’ont, depuis, été de nouveau énoncées. »

Mêmes espoirs, suivis des mêmes désillusions concernant les questions sociales. Dès le début des années quatre-vingt-dix, le groupe des sept puissants engage des discussions sur la dette des pays pauvres. Réuni à Cologne, le G7 de 1999 annonce même en annuler une partie à hauteur de 100 milliards de dollars. Quelques années plus tard, en 2005, en Écosse, Tony Blair, qui le préside alors, promet, lui, d’en finir avec la pauvreté. « Ce sera le summum de la prise en compte des questions sociale par le G7 », reprend Maxime Combes. Ce sera aussi le début de la fin « de la croyance populaire en sa capacité à sauver la planète », conclut l’économiste. Quinze ans plus tard, l’état de la pauvreté dans le monde laisse comprendre pourquoi.

De fait, même placé sous l’égide de la lutte contre les inégalités, le nouveau G7 qui s’ouvre dans quelques jours ne par­vient pas convaincre de ses bonnes intentions.

« Voilà des années que nous agissons pour que la question des inégalités soit mise au premier plan de ce type de rencontre au sommet », explique Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France, ONG de développement qui a fait de ce sujet son cœur de bataille. « Le fait que le G7 s’en empare enfin est en soi une demi-victoire », poursuit le porte-parole… dont l’enthousiasme ne va cependant pas au-delà. « Il s’agit maintenant de savoir comment cela va se traduire, reprend-il. Or, après plusieurs mois de plaidoyers, nous voyons très peu d’aboutissements se dessiner. »

Rien ou presque, par exemple, sur la question d’une fiscalité minimale à imposer aux multinationales, ni sur le contrepoids à opposer aux lobbies qui contrôlent les marchés et pèsent sur les économies locales. Plus globalement, estime le porte-parole d’Oxfam, « ce sont les politiques construites depuis quarante ans qui génèrent pauvreté et inégalités. Or, nous doutons que ce G7, plus qu’un autre, soit prêt à reconnaître les contradictions du système libéral ». D’où l’utilité des contre-sommets citoyens, note-t-il.

Criminalisation et répression de la contestation

Enclenchés à la fin de la décennie quatre-vingt-dix par un mouvement altermondialiste naissant, ces derniers n’ont de cesse, depuis, de faire entendre l’idée qu’un autre monde est possible. Les rassemblements de Seattle (États-Unis), en 1999, en ont marqué la naissance officielle, ceux de Gènes, en 2002, l’apogée de leur criminalisation et de leur répression par les puissances visées. Plus ou moins gros selon les années et les pays d’accueil, les contre-sommets du G7 ne lâchent pas pour autant l’affaire, tentant de donner à voir les alternatives au système capitaliste. Celui d’Hendaye ne fera pas exception, placé sous les bannières communes des justices climatique et sociale.

Marie-Noëlle Bertrand

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011