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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 05:49

 

Le président d’extrême droite multiplie les mesures nuisibles envers l’environnement. Alors que le dernier rapport du Giec insiste sur le rôle des forêts et des peuples autochtones contre la crise climatique, le Brésil est un contre-modèle : plus de 2 000 kilomètres carrés de forêt ont été rasés sur le seul mois de juillet.

Jeudi 8 août, le Giec publie un rapport spécial sur « le changement climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des sols, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». Nul doute que le résumé à l’intention des décideurs politiques, négocié pendant une semaine à Genève, aura gommé quelques-uns des termes les plus polémiques. Il n’empêche, certains des 196 États membres devraient logiquement sortir la tête basse de la session. 

Ce rapport, qui vient après celui d’octobre 2018, lequel mettait en garde contre l’immense tâche incombant aux États pour maintenir le réchauffement climatique sous 1,5 °C d'ici 2050, est publié à la veille de la Journée internationale des peuples autochtones. Il devait d’ailleurs rappeler le lien entre la crise climatique et les peuples autochtones : non seulement ceux-ci sont directement concernés par le réchauffement, mais ils peuvent également servir d’exemple à suivre et de modèle dans la lutte contre ce réchauffement.

Les menaces qui pèsent sur ces communautés sont de deux ordres : d’abord la crise climatique en elle-même, qui fragilise leurs lieux d’habitation, mais aussi les pressions exercées sur leurs terres par les activités humaines. Or ces terres sont également des pièges à CO2 et des réservoirs de biodiversité, et permettent de contenir la hausse des températures mondiales.

Le cas de la région amazonienne illustre parfaitement cette double contrainte. 68 % des terres autochtones et des aires protégées dans les neuf pays de la région sont actuellement menacées par des routes, des mines, des barrages, des forages, des incendies de forêt et, évidemment, la déforestation. 

Le cas du Brésil est particulièrement aigu depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, le 28 octobre 2018. En moins d’un an, il a fait de la forêt amazonienne brésilienne le terrain de jeu des orpailleurs, des accapareurs de terre et de l’agrobusiness en général. 

En juillet, le meurtre d’Emyra Waiãpa, tué à coups de couteau par des orpailleurs illégaux, a été suivi par l’attaque en règle du village de Mariry par ces mêmes orpailleurs. Des voix se sont élevées pour dénoncer le rôle du président brésilien dans ces violences. Celui-ci n’a en effet eu de cesse, depuis son élection, d’affirmer qu’il comptait mettre fin aux zones protégées autochtones pour les rendre accessibles aux mineurs. 

Lundi 5 août, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a appelé les autorités brésiliennes à enquêter sur ce meurtre. « La politique proposée par le gouvernement brésilien pour ouvrir davantage de zones de l’Amazonie à l’exploitation minière pourrait conduire à des incidents de violence, d’intimidation et d’assassinats du type de ceux infligés à la population Waiãpi la semaine dernière », a écrit Michelle Bachelet dans un communiqué.

Et d’ajouter : « J’appelle le gouvernement brésilien à reconsidérer sa politique à l’égard des peuples autochtones et de leurs terres, afin que l’assassinat d’Emrya Waiãpi n’annonce pas une nouvelle vague de violence visant à effrayer les gens au point de les chasser de leurs terres ancestrales et à permettre la destruction de la forêt tropicale, avec toutes les conséquences scientifiques établies qui ont exacerbé le changement climatique. »

Bolsonaro n’est sans doute pas impressionné par ce communiqué, lui qui estime que les peuples autochtones vivent comme des « hommes préhistoriques » à qui il lui appartiendrait d’apporter la civilisation. 

Dès sa prise de fonctions, Bolsonaro a décidé de priver la Fondation nationale de l’Indien (Funai) de sa responsabilité de délimiter les territoires indigènes, la transférant au ministère de l’agriculture (lire l'enquête de notre correspondant au Brésil, Jean-Mathieu Albertini, en juin 2019). L’ouverture de vastes zones autochtones aux orpailleurs, agriculteurs et exploitants du bois n’est pas le seul fait d’armes du président brésilien depuis son entrée en fonctions, le 1er janvier dernier.

Même s’il n’a pas formellement supprimé le ministère de l’environnement, comme il l’avait promis, celui-ci est dans les faits largement affaibli. Ricardo Salles, qui en a pris la direction, fait l’objet d’une enquête pour avoir modifié le plan de gestion d'une aire protégée sur le fleuve Tietê avec « l’intention claire de profiter aux secteurs économiques », selon le ministère public de São Paulo. 

Le nouveau pouvoir brésilien a également autorisé l’utilisation de 121 nouveaux pesticides, dont 41 % sont classés comme très toxiques ou extrêmement toxiques. La plupart de ces substances servent aux cultures du maïs ou du soja, qui nourrissent par la suite le bétail. Pas seulement le bétail brésilien : 37 % du soja importé dans l’UE vient ainsi du Brésil. 

Cette politique a évidemment l’effet immédiat d’accélérer la déforestation du Brésil. L’Institut national de recherche spatiale (INPE) a donné récemment ses derniers chiffres et ils ne sont pas bons. Selon cet organe officiel, qui publie ses données depuis le milieu des années 1970, 2 255 kilomètres carrés de forêt ont été rasés pour le seul mois de juillet. C’est trois fois plus par rapport au même mois en 2018. Depuis janvier, la déforestation a augmenté de 67 %.

Qu’en dit le chef de l’État ? Il crie aux faux chiffres, estime que l’agence est aux mains des ONG. « Si l’on faisait la somme de la déforestation annoncée ces dix dernières années, l’Amazonie aurait déjà disparu. Je comprends la nécessité de préserver, mais la psychose environnementale n’existera plus avec moi », a déclaré le président brésilien, cité par Le Monde. Le directeur de l’INPE a été limogé, remplacé lundi par un colonel en retraite, Darcton Policarpo Damiao…

À des journalistes étrangers, reçus fin juillet, Bolsonaro déclarait : « L’Amazonie est au Brésil, pas à vous. » Il est l’illustration parfaite des liens entre l’extrême droite et le négationnisme climatique (lire notre analyse ici) – même si Rodrigo Duterte, le président philippin, n’est pas en reste, son pays détenant le triste record du nombre de militants du climat assassinés depuis son élection.

L’Union européenne peut-elle faire confiance au président brésilien et continuer de négocier avec ce pays un accord de libre-échange (l’accord UE-Mercosur, qui comprend, outre le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay) ? C’est ce que pense Emmanuel Macron, convaincu que c'est la seule manière de faire pression sur Bolsonaro. C’est aussi ce qu’écrit l’éditorial du Guardian du 28 juillet dernier.

Selon le quotidien britannique, en pointe sur les sujets écologiques, l’accord UE-Mercosur « renforce l’influence européenne avec ses partenaires commerciaux sud-américains ». Le Guardian estime que l'accès aux marchés de l'UE a « convaincu le Brésil de ne pas suivre l’exemple de Donald Trump en se retirant de l’accord climatique de Paris »

Mais on peut douter du résultat final quand on sait que le ministre de l’environnement Ricardo Salles a milité contre le retrait de l’Accord de Paris, tout en déclarant que le Brésil « doit être autorisé à conserver son autonomie dans la prise de décisions environnementales ». Une telle affirmation qui ne surprend guère, quand on sait que tous les accords de libre-échange font primer l’économie sur l’environnement.

Par ailleurs, la crédibilité de la France pour faire pression sur le Brésil reste à démontrer. Si le projet Montagne d’Or, cette vaste mine d’or au cœur de la forêt amazonienne en Guyane française, semble mal en point (lire notre article), d’autres permis de recherche minière ont été récemment accordés par l’administration française. Dernier en date, le 3 août : la société Sands Ressources s’est vu accorder un permis portant sur 5 000 hectares de forêt. Selon le collectif Or de question, ce projet s’inscrit dans les près de 360 000 hectares (3 600 kilomètres carrés) de forêt cédés aux industriels miniers.

Lors du G20 à Osaka fin juin, Macron et Bolsonaro se sont rencontrés pour la première fois. À cette occasion, le président brésilien a invité son homologue français à « visiter le Brésil, et particulièrement la région amazonienne », selon un porte-parole de la présidence brésilienne. Une visite qui servirait à démontrer « les efforts du président Bolsonaro, avec le gouvernement, en faveur de la préservation de l’environnement »

 

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