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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 05:16

 

Par Celso Amorim, ancien ministre des Affaires étrangères (gouvernement Lula da Silva) et de la Défense (gouvernement Dilma Rousseff) du Brésil.

Le 7 avril 2018, l’ancien président Lula a été arrêté à São Bernardo do Campo et conduit au siège de la police fédérale à Curitiba. C’était l’aboutissement d’un processus, dirigé par les médias traditionnels et une partie du pouvoir judiciaire, qui a commencé il y a un peu plus de deux ans, avec les manœuvres qui ont conduit à l’éviction de la présidente Dilma Rousseff, par une mise en accusation sans responsabilité. L’objectif dans les deux cas était de frapper un projet politique, qui a réussi plusieurs fois dans les urnes, visant à apporter plus de justice et d’égalité à la société brésilienne.

En mai de l’année dernière, sans faire explicitement référence au Brésil mais certainement avec les yeux tournés vers lui, comme j’ai pu le constater lors de l’audience qu’il m’a donnée, le pape François a qualifié ce processus de « nouvelle forme de coup d’État ». Plus tard, le souverain pontife reviendra sur le sujet, s’adressant à des magistrats de tous les pays du continent américain, appelant ce type d’action « lawfare ».

Le processus qui a conduit Lula à la prison était faussé, on le savait dès le début. Quiconque lirait la sentence du juge Sergio Moro réaliserait que Lula a été reconnu coupable « d’actes indéterminés » et sans que le prétendu bénéfice de la corruption – l’appartement notoire sur la côte de São Paulo – ne puisse jamais être prouvé. Au contraire, des faits ultérieurs ont clairement démontré que ce bien n’avait jamais appartenu à Lula, ni à aucun membre de sa famille.

Mais la force de la campagne médiatique et la déification naïve de la lutte contre la corruption, quels que soient les moyens utilisés, ont fait que le doute reste dans des esprits plus sceptiques. La nomination du juge Moro au poste de ministre de la Justice par Jair Bolsonaro, le bénéficiaire direct de ses actes, et les révélations ultérieures du portail de nouvelles The Intercept ont prouvé ce que des observateurs proches savaient déjà : Lula était l’objet d’une persécution politique dirigée par un juge et des procureurs fanatisés, et imprégnés d’un projet favorisant leur propre puissance.

La prise de conscience de ces faits a récemment amené dix-sept juristes (notamment des professeurs célèbres, des membres de cour constitutionnelle et d’anciens ministres de la Justice) d’Europe, des États-Unis et d’Amérique latine à signer un document exigeant l’annulation du processus par lequel Lula avait été condamné et privé de liberté.

Le jour de son arrestation, Lula, dans un discours improvisé, a déclaré que ses ennemis pouvaient arrêter un homme mais ne pouvaient pas emprisonner le rêve de la population. Le spectacle de cruauté auquel nous avons assisté, avec les attitudes stupéfiantes du plus haut représentant, arrivé au pouvoir grâce au bannissement de Lula, nous inciterait même à douter de cette affirmation.

Au Brésil, aujourd’hui, le rêve est devenu un cauchemar : les pauvres sont de plus en plus privés de leurs droits ; la censure, qu’elle soit voilée ou sournoise, restreint encore la liberté d’expression ; la peur affaiblit la capacité de décision des bonnes personnes ; préjugés et stupidité attaquent la raison et la science. Le Brésil devient l’objet de la honte dans le monde, un véritable paria international. Nous vivons un climat d’anormalité sans précédent dans notre histoire.

Pour que la normalité revienne dans le pays et que l’espoir soit redonné à notre peuple, la liberté de Lula, en annulant le processus par lequel il a été condamné, est essentielle. Compte tenu de la crédibilité dont il jouit auprès de la grande majorité de la population, Lula – et lui seul – peut rétablir le dialogue entre toutes les forces de la société, indispensable au retour du Brésil sur la voie de la paix et du développement.

Même avant l’arrestation de Lula, le lauréat Adolfo Pérez Esquivel avait dirigé un mouvement pour proposer la candidature de l’ancien président au prix Nobel de la paix, décision qui sera prise dans les prochaines semaines par la commission compétente en Norvège. Nous espérons que soit considéré le travail d’un dirigeant présidentiel de la classe ouvrière qui a libéré des millions de Brésiliens du fléau de la faim, contribué à la paix en Amérique du Sud et dans le monde, pris des mesures courageuses pour protéger l’environnement et pour défendre les droits des Noirs et des peuples autochtones, et lutté pour la démocratie dans un pays en développement de dimension continentale, dont le destin, depuis, ne cessera d’influencer la région et le monde dans son ensemble.

 

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