Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:43
ARAGON L’UNITÉ À L’ÉCOLE DE L’ESPAGNE (L’HUMANITE - Mercredi 31 Juillet 2019 - Alain Nicolas)

 

Les lanceurs d'alerte en 1939 8/29.

L’écrivain a été un des artisans de l’union pour le soutien à la République, vaincue en janvier 1939. Une étape passionnée et douloureuse dans son combat pour avertir des dangers du fascisme, et rassembler contre lui les écrivains, les artistes, le peuple.

«Machado dort à Collioure », chantera Aragon dans les Poètes, vingt ans après la mort du poète espagnol. Le 22 février 1939, « trois pas suffirent hors d’Espagne » pour que l’épuisement et le désespoir précipitent sa fin. Pour Louis Aragon, l’année 1939 commence dans l’amertume. Le 26 janvier, Barcelone, capitale et dernier bastion de la République espagnole, tombe aux mains des franquistes. Une semaine plus tard, Aragon et Elsa Triolet sont au Perthus. Au poste-frontière, seuls passent les civils, les femmes, les enfants. La France refuse l’entrée aux combattants républicains, qui risquent à tout moment la mort ou les travaux forcés. Aucune exagération dans ce chiffre : 200 000 exécutés selon les statistiques. Il faudra encore trois jours pour que le gouvernement Daladier cède à la pression de toutes les forces politiques, syndicales, venues de tous les milieux, de toutes les religions, et enfin ouvre les frontières.

Cette unité, Aragon en a été, et dès la première heure, un des plus actifs ouvriers. En septembre 1936, à son retour de Moscou, où il était resté quelques semaines après les obsèques de Gorki, il apprend que, contrairement à ce qui s’imprimait en URSS, la tentative de putsch militaire n’a pas échoué. On se bat en Espagne depuis juillet. Aragon, Elsa et deux écrivains émigrés d’Allemagne, Regler et Stern, partent pour Madrid à bord d’un camion gris transportant une petite imprimerie et un projecteur de cinéma. Tout cela donné par l’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture, créée au congrès de Paris en 1935. Aragon et Elsa sont accueillis par Rafael Alberti, rencontrent Neruda. Malraux est là, lui aussi. La délégation rencontre l’Alliance des intellectuels antifascistes pour la défense de la culture, parcourt la ligne de front, participe à un meeting le 25 octobre. Il déclare que « la France s’est déshonorée (…) en ne retenant pas la main du fascisme ». À son retour, avec Jean-Richard Bloch, il demande en vain une entrevue à Léon Blum pour lui demander de renoncer à la non-intervention. Bloch avait déjà rencontré le premier ministre du Front populaire en août. Blum avait hésité.

Il n’hésite plus. Il a abandonné à son sort la République espagnole et laissé à Hitler et Mussolini un magnifique banc d’essai. La guerre d’Espagne est pour Aragon à la fois un exemple, une école et une passion. « L’Espagne au cœur » : c’est pour lui, croirait-on, que Neruda a inventé (en 1937) la formule. Lui, il dira plus tard : « J’ai dans mon nom le raisin d’Espagne. » Mais, au-delà des hasards biographiques, des sentiments de fraternité avec les poètes et le peuple espagnols, le conflit est le moyen de prendre à la lettre l’inscription de Schiller sur la cloche de Bâle : « J’appelle les vivants, je pleure les morts, et je brise les foudres. » Le chemin de l’unité a été long, escarpé, sinueux. Depuis son adhésion au PCF en 1927, il a connu une ligne ultrasectaire, puis unitaire à partir de la prise du pouvoir par les nazis. Ce schéma ne rend pas compte, certes, de la complexité des itinéraires et des divisions du Parti, de l’Internationale, des groupes d’écrivains et d’artistes qu’ils influencent, des surréalistes français en particulier et, évidemment, d’Aragon lui-même. Mais il est clair que, dans cette ligne unitaire, il est tout à fait lui-même.

Artisan du congrès international des écrivains pour la défense de la culture en 1935, il avait agi pour que Malraux et Gide, avec qui il est brouillé, figurent à sa présidence collective. Le sacrifice de son orgueil est utile : impressionnés par l’élan unitaire, Brecht, Babel, Pasternak, Musil, Huxley, Heinrich Mann sont dans le comité. Dans l’assistance, Breton et Éluard, qui ont exclu Aragon. Au premier rang, Léon Blum, pas encore premier ministre. Dirigeant Ce soir, quotidien créé en 1937 par Paul Vaillant-Couturier, il travaille avec Jean-Richard Bloch, qui n’est pas communiste à l’époque, et n’hésite pas à publier un grand texte de Malraux, l’Espoir. C’est bien l’espoir qui anime Aragon. Alertant sur les dangers qui menacent, sa chronique « Un jour du monde » de Ce soir est un exercice de lucidité, d’intransigeance parfois, mais aussi de confiance dans la capacité des peuples. Une leçon que, malgré les épreuves, il ne cessera de proclamer.

Alain Nicolas

 

Partager cet article

Repost0
Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011