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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 07:30
Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers - crédit photo L'Humanité

Anna Seghers L’humanisme en transit

Vendredi, 26 Juillet, 2019
Série 1939 - Les lanceurs d'alerte

Allemande, juive et communiste, l’écrivaine, Netty Reiling de son vrai nom, choisit de dénoncer le nazisme sur les chemins de l’exil. Son arme fut la littérature.

 

En 1942, au Mexique et aux États-Unis, paraît un roman appelé à connaître un grand retentissement. La Septième Croix décrit les atrocités perpétrées dans les camps de concentration nazis avant le déclenchement de la guerre. C’est l’œuvre d’Anna Seghers, femme de lettres allemande contrainte à l’exil depuis 1933. Sa rédaction remonte à 1937, alors que l’écrivaine vivait à Paris avec sa famille. La Septième Croix (titre allemand : Das Siebte Kreuz) raconte la fuite de sept détenus du camp de concentration de Westhoffen, au bord du Rhin. Les SS se lancent à leur recherche et le commandant du camp annonce qu’ils seront crucifiés sur sept platanes dès qu’ils seront découverts. Une croix restera vide. Un seul évadé, Georg Heisler, échappera à la traque. Ce livre est un des rares de l’époque qui révélèrent la réalité des camps. Le premier chapitre avait été publié à Moscou en 1939 dans une revue littéraire internationale que dirigeait le poète allemand Johannes R. Becher.

Anna Seghers est le nom de plume choisi par une jeune femme de Mayence, Netty Reiling. Elle est née en 1900, dans une famille bourgeoise et intellectuelle d’origine juive. Fille unique du marchand d’art Isidor Reiling, Netty connaîtra pendant son adolescence la boucherie de la Première Guerre mondiale. Elle entreprend des études d’art, son sujet de thèse aura pour thème « Juifs et judéité dans l’œuvre de Rembrandt ». Netty épouse en 1925 le sociologue communiste hongrois Laszlo Radvanyi et en 1926 le jeune couple s’installe dans un premier temps à Berlin. Son premier roman portant la signature d’Anna Seghers, la Révolte des pêcheurs de Sainte-Barbara, obtient le prix Kleist. En 1928, Anna Seghers adhère au Parti communiste (KPD) et participe à la fondation de l’Union des écrivains prolétaires révolutionnaires, visite l’Union soviétique en 1930.

L’engagement politique d’Anna Seghers sera celui d’une vie. Antifascisme et communisme sont à ses yeux un même combat. Arrêtée par la Gestapo dès 1933, puis relâchée, elle quitte le Reich avec son mari et ses enfants pour la Suisse, puis gagne Paris. Elle se dépense sans compter, écrit dans la presse d’immigration Neue Deutsche Blätter, fonde avec d’autres intellectuels l’Union de défense des écrivains allemands. Ces années d’exil dans la France du Front populaire sont marquées par la mobilisation et la solidarité antifascistes. Puis, avec la déclaration de guerre, suivie de l’entrée des troupes allemandes à Paris, tout bascule pour les antifascistes allemands. Laszlo est interné au camp de Vernet, dans le sud de la France. Anna se rend à Marseille pour obtenir sa libération et trouver les moyens de quitter l’Europe. Cet épisode est la trame de son roman Transit. Aux yeux de l’écrivain Heinrich Böll, Transit « est le plus beau roman d’Anna Seghers, en raison de la situation historique et politique atrocement unique qu’elle a choisie comme modèle référent ».

Dans le grand port de la Méditerranée, des anciens des Brigades internationales, des écrivains, des juifs, des militants communistes harcelés par le régime de Vichy tentent de fuir la souricière, à la recherche d’un bateau qui leur permettra d’échapper à la mort. En 1941, la famille Radvanyi est réunie à Mexico. Anna Seghers y fonde le club Heinrich-Heine, lance le comité Freies Deutschland.

En 1947, elle revient dans son pays natal, après quatorze ans d’exil. Elle s’installe à Berlin, dans la partie occidentale puis orientale, en 1950, et se fixe définitivement dans la capitale de la République démocratique allemande, fondée le 7 octobre 1949. Elle devient avec Bertolt Brecht la personnalité la plus célèbre du monde de la culture dans la nouvelle Allemagne. Ses livres sont publiés à des centaines de milliers d’exemplaires : Les morts restent jeunes (1949), la Confiance (1968)… En 1952, elle devient présidente de l’Union des écrivains de RDA. Elle le restera jusqu’en 1978. Personnalité officielle, membre du Parti socialiste unifié d’Allemagne, sa proximité avec le pouvoir politique la conduira à se montrer discrète quand des intellectuels eurent maille à partir avec des autorités aux conceptions rigides. Cela lui fut reproché. Ce fut une intellectuelle partagée entre son idéal d’émancipation et de justice et les désillusions d’une politique qui s’en éloignait. Elle meurt en 1983, laisse une œuvre considérable habitée par un humanisme combatif, forgé dans ses longues années d’exil.

Jean-Paul Piérot

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