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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 12:55
Rétroviseur - Le Président Chirac en 2002 à propos d'Henri Rol-Tanguy: J'avais pour cet homme d'exception une profonde admiration (14 septembre 2002, L'Humanité, Jean Morawski)
Rétroviseur - Le Président Chirac en 2002 à propos d'Henri Rol-Tanguy: J'avais pour cet homme d'exception une profonde admiration (14 septembre 2002, L'Humanité, Jean Morawski)

ROL-TANGUY " J'avais pour cet homme d'exception une profonde admiration "

Samedi, 14 Septembre, 2002 - L'Humanité

Aux Invalides, Jacques Chirac prononce l'éloge funèbre de Henri Rol-Tanguy

Le colonel Henri Rol-Tanguy, héros de la Résistance et l'un des principaux artisans de la libération de Paris, a reçu les honneurs militaires à l'occasion d'une cérémonie présidée par le chef de l'État.

Cécile est là. Quelque part, presque au milieu de cette cour d'honneur de l'hôtel des Invalides. Toute frêle. Mais sans larme : peut-être les a-t-elle laissées couler avant, ailleurs. Peut-être les libérera-t-elle plus tard. Pour l'heure, les traits tirés, mais " assurant ". Robert Chambeiron l'étreint. Elle sait. Tout à l'heure, le cercueil où gît Rol, où gît Henri paraîtra, drapé de tricolore, porté par des gars en uniforme. Ils franchiront lentement le passage sud de la cour, où se dressent les gerbes de fleurs et les porte-drapeaux, tandis que " jouera " la musique. Musique régionale du 8e R.T., avec ses tambours voilés de crêpe. Et il faudra tenir. N'a-t-elle pas été sa marraine de guerre pendant l'affreuse guerre pour l'Espagne républicaine ? Et après... On n'a pas été agent de liaison pendant l'Occupation pour rien. " Lieutenant des Forces françaises de l'intérieur ", ça se mérite. Même aujourd'hui. Peut-être surtout aujourd'hui. Ses enfants, leurs enfants sont là. Et les anciens de la Résistance, et les anciennes. Dans la douleur. Comme autrefois. Quand on ne savait pas si celle ou celui qu'on devait attendre (pas trop longtemps !) serait au rendez-vous...

Ensuite, le président de la République s'approchera. Se penchera, lui parlera. Il lui dira des choses. Des mots de compassion, de réconfort. Puis ce sera la cérémonie : tout bien réglé. Comme savent faire les militaires. Des jeunes, de la légion, de l'armée de terre, de l'air et de la marine. Aux gestes si mesurés, qu'ils ont appris. Mais ces gestes, ils les accompliront pour elle. Par devoir. Comme lors de ces cérémonies en souvenir des fusillés : combien étaient-ils, les torturés, les mitraillés, les déportés, les copains, les copines. Les parents...

Le colonel Henri Rol-Tanguy, né le 12 juin 1908 à Morlaix, décédé au cours de la nuit du 8 au 9 septembre 2002 , à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, repose, depuis le 13 septembre dans le cimetière de la commune de Monteaux (Loir-et-Cher). Il l'a bien mérité. Le 12 septembre, prononçant son éloge funèbre, Jacques Chirac a salué la mémoire de ce militant et résistant communiste dont Charles de Gaulle, le 18 juin 1945, a dit qu'il le considérait comme un de ses " compagnons de la Libération ". 1 059 au total.

La cérémonie a débuté à 14 h 40. Tandis que le cercueil, drapé aux couleurs de la France, après être passé une dernière fois par Denfert-Rochereau et la gare Montparnasse, hauts lieux de l'insurrection parisienne libératrice d'août 1944, était acheminé vers les Invalides. Comme prévu, Jacques Chirac lui a parlé. Puis, sous les doigts de fer des cadrans solaires pointés sur les frontons du musée de l'Armée, il a rappelé le parcours de celui qui devait devenir, le 5 juin 1944, " colonel, chef des FFI d'Île-de-France " et, ès qualités, l'un des principaux artisans de la victoire du peuple de Paris. Parcours initié au sein du peuple : fils de marin entré à Renault-Billancourt ; ouvrier métallurgiste syndicaliste ; à dix-sept ans, avec le plus grand sérieux, il adhère aux Jeunesses communistes. Jacques Chirac : " Il restera toute sa vie fidèle à cet engagement, toujours défenseur d'un humanisme généreux, épris de justice sociale et imprégné des valeurs de la Révolution française. "

Février 1934 : " Les événements puis la guerre d'Espagne vont faire du militant et du syndicaliste un adversaire déterminé du fascisme. " 1939-1940 : sous les drapeaux, " il se battra jusqu'en juin 1940 ", avant de " regagner Paris le 19 août, quatre ans, jour pour jour, ainsi qu'il aimait le souligner, avant le début de l'Insurrection parisienne ". Mais, en 1940, " en ce funeste été 1940, la France, qui vient de subir l'un des plus grands traumatismes de son histoire, mesure toute l'ampleur de la défaite ; dans un pays accablé, Paris, capitale de la liberté, devient " le remords du monde " (...) ; Henri Tanguy est de ceux qui ne peuvent accepter la défaite (...) ; il va se faire stratège pour défendre, avec courage et talent, les valeurs de la République ; il sera de ceux qui, à la tête des combattants parisiens, jouèrent, avec le général Leclerc et la prestigieuse 2e DB, un rôle absolument déterminant dans la libération de la capitale ; plus encore, cette figure mythique de l'insurrection parisienne deviendra l'un des symboles de cette Résistance rassemblant, dans l'ombre, des hommes et des femmes de toutes les origines, de tous les horizons, qui choisirent de se réunir, par-delà leurs différences, sous l'autorité de Jean Moulin ".

Jacques Chirac a ensuite rappelé la plongée dans la clandestinité d'Henri Tanguy et de Cécile, les groupes armés, le détour par l'Anjou-Poitou pour déjouer les chasseurs et le retour, en avril 1943, à Paris : " Il réorganise les FTP affaiblis par de multiples arrestations " et, " en octobre 1943, lorsque commence l'unification des Forces armées de la Résistance, intègre l'état-major des Forces françaises de l'intérieur de la région parisienne. "

Plus tard, " les cheminots déclenchent la grève ; le 15 août 1944 est diffusé le premier ordre d'insurrection ; Rol s'adresse à la police parisienne, à la Garde républicaine, à la gendarmerie, aux gardes mobiles, aux GMR et aux gardiens de prison ; l'" appel aux barricades " tapé par Cécile Rol-Tanguy retrouve l'audace et la vigueur d'un autre appel aux armes lancé en 1871 par Victor Hugo : " Pas de trêve, pas de repos, pas de sommeil, le despotisme attaque la liberté. Ô, francs-tireurs, allez ! " Aussi, lorsque, le 25 août, à la gare Montparnasse, le maréchal von Choltitz remet la capitulation des troupes allemandes de Paris au général Leclerc et au colonel Rol-Tanguy, le chef de la 2e DB peut-il dire avec une satisfaction immense : " La France de De Gaulle, celle qui a refusé de cesser le feu, retrouve la France de l'intérieur, celle qui a refusé de courber le front. "

L'histoire ne s'arrête pas là : Paris libéré, " Henri Rol-Tanguy s'engage dans la première armée française et, sous le commandement du général de Lattre, participe à la campagne d'Allemagne qui le mène du Rhin jusqu'au Danube ; il sera nommé commandant militaire de Coblence et, en octobre 1945, entrera définitivement dans l'armée ".

Se tournant vers Cécile Rol-Tanguy, Jacques Chirac conclut : " Il restera pour tous un exemple de ce que peuvent réaliser, lorsqu'ils sont portés à leur plus haut degré, le patriotisme, l'amour de la liberté, de la République, de la France (...). Madame, j'ai souvent rencontré votre mari. J'avais pour cet homme d'exception une profonde admiration. Je ne l'oublierai pas (...) ; et, parmi toutes les images que le nom d'Henri Rol-Tanguy fait surgir dans mon esprit et dans ma mémoire, je garderai toujours, comme tant de Français, celle de ce colonel FFI, au visage énergique, accueillant avec fierté, aux côtés du général Leclerc, le général de Gaulle, chef de la France libre. C'était le 25 août 1944. ".

Jean Morawski

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