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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:57
Pour la légalisation du cannabis à usage thérapeutique - le dossier de l'Humanité, Alexandre Fache, 27 juin 2019

Santé. Feu vert (médical) pour le cannabis thérapeutique

Jeudi, 27 Juin, 2019

Dans son avis définitif publié aujourd’hui, le comité scientifique consacré au cannabis médical propose une « expérimentation » pour cinq pathologies, dès 2020. Une avancée prudente, qui attend désormais le soutien du gouvernement. Pour l’heure, les malades, eux, souffrent et/ou se débrouillent. Toujours dans l’illégalité.

 

Le gouvernement a sèchement fermé la porte, la semaine dernière, à une légalisation du cannabis récréatif. En sera-t-il autrement pour sa version thérapeutique, seule à même, semble-t-il, de soulager des dizaines, voire des centaines de milliers de patients victimes de douleurs chroniques insupportables ? Le comité d’experts mis en place par l’Agence du médicament (ANSM) y est favorable, lui qui a été chargé, à l’automne dernier, d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Alors qu’une dernière réunion était organisée mercredi avec les associations de patients et les professionnels de santé, la structure pilotée par le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier doit rendre aujourd’hui son avis définitif. Son issue ne fait guère de doute. Le comité a déjà validé, en décembre, la « pertinence » de la démarche. Et a livré ses « préconisations », le 19 juin, sur la façon dont devrait se dérouler la « mise à disposition » de ce produit sensible, déjà utilisé clandestinement par de nombreux malades. En France, on estime qu’il y a 1,4 million d’usagers réguliers du cannabis, et 700 000 usagers quotidiens, dont un tiers pour des raisons thérapeutiques.

D’après le plan du comité Authier, une expérimentation serait menée « en situation réelle », pour cinq pathologies spécifiques : les douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, les épilepsies résistantes aux traitements, les effets secondaires des chimiothérapies, les soins palliatifs ainsi que les contractions musculaires incontrôlées (spasticités) de la sclérose en plaques. « Des pathologies choisies en fonction des données scientifiques disponibles et qui sont en tête des prescriptions de cannabis dans le monde, là où cela a été légalisé », précise Nicolas Authier. Différents dosages des deux principes actifs majeurs du cannabis (le THC et le CBD) seraient proposés, prescrits par les seuls médecins spécialistes des indications choisies, s’ils sont « volontaires » pour participer et se former. Exit le fameux joint – la combustion étant nocive pour la santé –, les experts recommandent d’utiliser deux formes principales de cannabis : celles à « effet immédiat » (huile et fleurs séchées pour inhalation) et celles à « effet prolongé » (solutions buvables et capsules d’huile).

« Nous avions la crainte que les fleurs ne soient pas autorisées. Aujourd’hui, le comité les promeut, c’est une bonne nouvelle », a réagi Bertrand Lebeau, médecin addictologue qui soutient le collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique (ACT). Coprésident du collectif, Bertrand Rambaud, séropositif depuis trente-cinq ans et utilisateur de cannabis depuis quinze, regrette, lui, le cadre trop contraint de cette expérimentation. « Cinq pathologies retenues, c’est bien peu quand l’Association internationale pour le cannabis médical (IACM) en recense 41 pour lesquelles il est efficace. De même, limiter la prescription aux seuls médecins spécialistes risque de tuer dans l’œuf cette expérimentation. Ces médecins sont déjà surbookés, ils ne prendront pas le temps de se former. » Conscient du risque, Nicolas Authier défend ce qu’il présente comme une « mesure de précaution ». « Beaucoup de médecins, et notamment les généralistes, restent dubitatifs sur l’utilité du cannabis, pollués sans doute par l’image négative qu’il conserve. L’expérimentation permettra de voir si ce cadre est trop restrictif. »

Environ 80 000 personnes pratiquent déjà l’autoculture

Chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif (Val-de-Marne), le psychiatre Amine Benyamina plaide, lui, depuis longtemps pour l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques – il avait même cosigné l’an dernier un rapport prônant la légalisation totale de cette drogue, y compris à des fins récréatives, pour mieux encadrer sa consommation. Il réclame qu’on « sorte de la confusion, entretenue à dessein, entre cannabis thérapeutique et cannabis tout court, car c’est ce qui a freiné les avancées du premier jusqu’ici ». Le médecin demande qu’on « cesse de maintenir le statu quo hypocrite actuel, dans lequel on n’offre pas à ceux qui en ont besoin un produit sûr, alors qu’on laisse des jeunes consommer massivement des produits non contrôlés ».

Bien que prudent, l’avis du comité de l’ANSM va assurément dans ce sens. Difficile pour la ministre de la Santé, qui avait demandé ce travail à l’agence, de l’enterrer complètement. En termes de calendrier, après une phase de « mise en place » permettant de gérer les détails pratiques de l’expérimentation, celle-ci serait lancée concrètement « début 2020 ». Les patients seraient alors « inclus » dans le dispositif pendant six mois, puis « suivis » pendant un autre semestre, avant qu’un nouveau comité scientifique n’analyse ensuite les données recueillies. Précision : « Une fois le traitement du patient stabilisé » et les bonnes doses des produits définies, le comité laisse la possibilité aux médecins traitants de prendre le relais pour les prescriptions.

Reste à savoir qui fournira ce cannabis. Si on estime qu’environ 80 000 personnes pratiquent déjà l’autoculture, l’idée n’est pas de favoriser cette pratique. Même si certains territoires comme la Creuse sont d’ores et déjà candidats pour produire ce nouvel or vert, il semble acquis que la filière française ne sera pas prête, d’ici début 2020, pour fournir ce nouveau marché médical. Il faudra donc se tourner vers l’étranger. « Pas un problème, assure Nicolas Authier, nous avons auditionné sept producteurs étrangers, qui seront prêts pour l’expérimentation. Et d’ici deux ans, la filière française devrait être en mesure de prendre le relais. »

Alexandre Fache

Témoignage. « Rien, aucun médicament ne m’avait procuré un tel soulagement »

Jeudi, 27 Juin, 2019

Mado Gilanton 65 ans, retraitée, présidente de l’association Apaiser et porte-parole d’Espoir (im)patient, collectif de malades défendant le cannabis thérapeutique

 
 

«À partir de l’âge de 50 ans, j’ai commencé à avoir des symptômes bizarres : d’abord des décharges électriques quand j’éternuais, puis des fatigues intenses, qui me tombaient dessus brutalement, des douleurs à la nuque, à l’épaule… À l’époque, je pensais que c’était dû à mes nombreux déplacements professionnels. Mais, à 58 ans, après un plan social, j’ai commencé à ressentir des brûlures à la main. Après une IRM, on m’a diagnostiqué une malformation de Chiari (malformation de la base du crâne), qui a causé une très grosse syringomyélie, en clair une cavité à l’intérieur de la moelle épinière, qui casse les fibres de la moelle et modifie nos sensations. On ressent des brûlures alors qu’on n’a rien ; et à l’inverse on ne sent rien quand on se met un fer à repasser chaud sur le bras ! Ce mal provoque aussi des douleurs neuropathiques très fortes, qui, sur l’échelle de la douleur, sont classées entre 9 et 10, sur un maximum de 10. Pour moi, c’est comme sauter dans un champ d’orties. Pour d’autres, marcher sur des cailloux pointus. Je souffre aussi d’allodynie : des douleurs au moindre effleurement de la peau, celui des vêtements, du vent, ou même de l’eau sous la douche.

J’ai été opérée à 59 ans, cela a réglé certains problèmes, comme les décharges électriques. Mais les douleurs, elles, n’avaient pas disparu. Mon entourage me conseillait d’essayer le cannabis, pour me soulager. Au départ, j’étais très réticente. Pour moi, c’était comme une drogue dure, un produit qui allait forcément générer une addiction… J’ai donc résisté, jusqu’au jour où les douleurs sont devenues insupportables. C’était ça ou me jeter par la fenêtre… Ma famille m’avait préparé un joint, qui attendait son heure dans la maison. Je l’ai allumé, j’ai pris deux bouffées, avec un professionnel de santé à mes côtés. Je restais sceptique. Mais, dans le quart d’heure qui a suivi, j’ai ressenti un soulagement total. Rien, aucun médicament, ne m’avait procuré ça. J’ai dormi toute la nuit parfaitement. Sans aucun effet onirique. Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis levée le matin sans douleur.

Pourtant, à l’époque, j’avais déjà une ordonnance bien chargée : je prenais un antiépileptique et un antidépresseur, tous deux prescrits contre les douleurs neuropathiques, du Tramadol (antalgique très puissant), et de la morphine en plus si besoin. Mais ces médicaments n’étaient pas efficaces, ou provoquaient des effets secondaires énormes. J’ai ainsi pris 15 kg en six mois, à cause des deux premiers. J’étais assommée, ralentie, sonnée. Je faisais parfois des hallucinations. Sans que la douleur disparaisse. Le cannabis m’a permis d’arrêter ces médicaments petit à petit. Comme je n’aime pas fumer, j’ai cherché une autre forme d’absorption du cannabis et trouvé une recette de tisane sur Internet. Il fallait mettre un gramme de fleur de cannabis (jamais de résine) pour 100 ml. Je faisais ça dans du lait. C’est un ami d’ami qui m’a donné la fleur. Lui l’avait cultivée pour son frère atteint de sclérose en plaques. C’était complètement artisanal. L’effet était plus lent à arriver (environ 1heure, 1 h 30) qu’avec le joint, mais il durait plus longtemps. Une tisane toutes les trois semaines me suffisait. J’ai aussitôt prévenu le centre antidouleur qui me suivait. Ils m’ont dit : “Vous avez raison, continuez. Et rappelez-nous si ça ne va pas.”

La personne qui me fournissait est ensuite partie à l’étranger, et j’ai dû me débrouiller pour en trouver. Mais moi, je ne savais pas où aller. J’ai demandé aux jeunes autour de moi. C’était un peu bizarre… J’avais passé ma vie à leur dire : “Attention, ne tombez pas dans la drogue”, et là, c’était moi qui leur demandais d’en trouver. Des fois, on n’y arrive pas et je dois faire sans. Souvent aussi, la qualité varie, et donc les effets aussi. On ne sait pas toujours ce qu’on absorbe, c’est problématique.

L’avis du comité de l’ANSM va dans le bon sens, et on le soutient. Maintenant, il reste à convaincre les responsables politiques. Ça bouge, mais pas partout. À droite, on a souvent tendance à se fixer sur le mot cannabis en oubliant celui de thérapeutique, et à jouer sur les peurs. Je me souviens d’une sénatrice qui pointait tous les effets secondaires possibles du cannabis… Des effets qui concernaient en réalité presque tous les médicaments ! Sauf que là, ça profitait à l’industrie pharmaceutique, donc ça la gênait moins. Qu’en sera-t-il avec ce gouvernement ? On va les pousser à avancer. Notre préoccupation, c’est qu’on ne dise pas aux patients “oui, on donne le feu vert”, et qu’il faille encore attendre des années pour obtenir les produits. Il faudra aller vite, être réellement prêt pour le début 2020. De nombreux États, en Europe comme aux États-Unis, l’ont fait. On doit pouvoir profiter de leur expérience. Tout en développant la recherche en France, ce qui est primordial. »

Propos recueillis par A. F.

Témoignage « Sans le cannabis, je serais déprimé et incapable de travailler »

Jeudi, 27 Juin, 2019

Jonathan Thivet 36 ans, régulateur au centre 15, victime de plusieurs cancers​​​​​​​

 
 

«J’ai eu mon premier cancer à 20 ans, une tumeur rarissime. À l’époque, je fumais un peu de cannabis, comme beaucoup de jeunes. J’ai arrêté ensuite. Mais dix ans plus tard, j’ai fait une première récidive, et j’ai dû subir une grosse opération du dos. Entre la chimio et les douleurs liées à l’opération, je souffrais quasiment en permanence. J’ai repris le cannabis, qui m’a beaucoup aidé. J’ai pu voir la différence, avec ou sans. Ça m’a permis d’arrêter notamment les médicaments antinauséeux, mais aussi la morphine, que je prenais à haute dose. Or, j’étais ambulancier à l’époque et la morphine m’empêchait totalement de travailler. J’étais somnolent, je pouvais dormir jusqu’à quatre ou cinq heures par après-midi. Et j’étais complètement dépendant aussi. Ce qui n’a pas été le cas quand j’ai arrêté le cannabis. Aujourd’hui, je continue d’en prendre, car les douleurs sont toujours là. J’ai fait une deuxième rechute de mon cancer en 2018. Bien sûr, je fais attention à ne pas prendre de cannabis avant d’aller travailler ou de prendre le volant. Mais ça m’aide beaucoup : je dors mieux, j’ai de l’appétit, je peux bouger normalement. Pour en trouver, je vais dans les quartiers Nord de Marseille. Mais j’ai pu voir en voyageant combien c’était plus simple dans d’autres pays, à Barcelone par exemple, ou dans le Nevada, où même l’usage récréatif du cannabis est autorisé. Et je n’ai pas vu là-bas les dérives que peut causer la consommation d’alcool par exemple.

En France, même si la légalisation fait encore peur, je pense que les mentalités ont évolué et qu’une majorité de la population soutient l’idée du cannabis thérapeutique. Politiquement, c’est autre chose. À mon avis, l’État bougera quand il se rendra compte des bénéfices économiques et en termes d’emplois qu’il pourra en tirer. C’est l’argent, le nerf de la guerre, pas forcément la santé publique… Moi, je le fume, mais je sais que ce n’est pas la bonne façon de consommer le cannabis. Il existe beaucoup de dérivés, comme les huiles. Ce qui est sûr, c’est que sans, je serais totalement déprimé, incapable de travailler. Ma vie serait complètement différente, en beaucoup moins bien. »

Propos recueillis par A. F.

Depuis dix ans, le mouvement de légalisation s’accélère partout dans le monde

Jeudi, 27 Juin, 2019

C’est un médecin israélien, Raphael Mechoulam, qui, en 1964, a isolé l’un des principes actifs du cannabis, le fameux THC, relançant l’utilisation médicale du produit.

 

C’est un médecin israélien, Raphael Mechoulam, qui, en 1964, a isolé l’un des principes actifs du cannabis, le fameux THC, relançant l’utilisation médicale du produit. Aujourd’hui, 35 pays dans le monde auraient légalisé le cannabis thérapeutique, dont 21 dans l’Union européenne (sur 28). La France n’apparaît donc pas très en avance dans ce dossier… Le premier pays à se lancer fut le Canada, en juillet 2001. Les patients souffrant de « douleurs aiguës », « nausées violentes », et autres symptômes liés à la sclérose en plaques, aux lésions de la moelle épinière, au cancer, au VIH… pouvaient se voir prescrire le produit. Aux États-Unis, 33 États autorisent désormais le cannabis médical. Le Missouri, dernier en date, l’a légalisé en novembre 2018. En Amérique latine, le Chili et la Colombie ont franchi le pas en 2015, suivis deux ans plus tard par l’Argentine, le Mexique et le Pérou. L’Uruguay, lui, avait légalisé le cannabis récréatif dès 2013.

En Europe, de nombreux pays se sont lancés tout récemment, à l’exception des Pays-Bas, où la version médicale du cannabis est distribuée en pharmacie, sur ordonnance, depuis 2003. En République tchèque, la légalisation date de 2013, pour de nombreuses pathologies. Mais « seuls les spécialistes peuvent prescrire. Résultat : le nombre de patients concernés reste très limité (665, selon les derniers chiffres – NDLR) », pointe Bertrand Rambaud, du collectif ACT. Sur un modèle comparable, la Croatie a autorisé le cannabis médical en 2016. L’Italie (en 2016 aussi) et l’Allemagne (en 2017) ont fait de même, ouvrant, elles, la prescription à tout médecin. L’an dernier, le Danemark a lancé un programme pilote de quatre ans sur le sujet.

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