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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 18:11
Anna Marly

Anna Marly

Aux origines russes du Chant des Partisans - la musicienne Anna Marly - Anna Bétoulinsky
La compositrice de la musique du "Chant des partisans", la chanteuse guitariste  Anna Iourievna Smirnova née Betoulinskaïa, Anna Marly de son pseudonyme, est née le 30 octobre 1917 à Petrograd, à quelques jours de la prise du Palais d’Hiver par les Bolchéviques. Son père a été fusillé pendant la révolution russe.
Toute jeune, elle quitte la Russie pour la France,  “avec sa mère, sa sœur et sa gouvernante” en 1920.
... En 1941, elle a rejoint Londres et les Forces Françaises Libres  où elle a composé la chanson avec des paroles en russe.
 
Un jour, ayant lu le récit de la bataille de Smolensk, en Russie (un demi-million de morts soviétiques, mais qui marque l’échec de l’opération allemande “Barbarossa”, l’armée rouge n’ayant pas été anéantie aux frontières de l’URSS comme prévu dans le plan initial), son âme russe se réveille, et un mot à l’esprit “partisans”.
Anna Marly raconte : “bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée et sortent tout droit de mon cœur ces vers en Russe” : “Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas et la bête ne peut se frayer un passage. aucune force ni personne ne nous fera reculer...”
Elle a appelé cette chanson “La marche des partisans” et l’a interprétée en Russe.
 
En l’entendant Joseph Kessel aurait dit  “Voilà ce qu’il nous faut”, et il l’a écrite dans une version française avec son neveu Maurice Druon.
 
 

Anna Marly « Une émigrée russe à l’origine du Chant des partisans »

Mardi, 13 Juillet, 2010 - L'Humanité

Anna Bétoulinsky, de son nom de scène Anna Marly, est l’un des trois auteurs 
du Chant des partisans. 
Le parcours de cette femme, artiste, russe d’origine devenue selon ses dires 
« française par formation», à l’instar de la création du Chant des partisans, interroge de manière surprenante ce que nous nommons l’identité 
de la France.

L ’histoire d’Anna Marly s’écrit d’abord dans la langue maternelle, dans la filiation avec sa patrie d’origine.

Smolensk, le nom d’une des grandes villes de Russie est à l’origine du Chant des partisans. En Grande-Bretagne, un soir de 1942, en tournée aux armées, les nouvelles d’une levée de partisans dans la région de Smolensk parviennent à Anna Marly.

Pour Anna Marly, seule, ce nom, en ce lieu, à cette date, pouvait lever une espérance : pouvoir de la culture, force de l’imaginaire, magie de la langue maternelle. L’évocation de Smolensk fait resurgir chez la descendante de l’hetman Mattieu Platoff (1) la campagne de Russie, l’année 1812, le général Koutouzov et l’appel à la mère patrie auquel répondent des armées de paysans partisans. Préludes au coup de grâce porté à l’armée napoléonienne. Réminiscence de cette histoire familiale et nationale, le crayon court sur la feuille inscrivant, en russe, un hymne aux partisans de la mère patrie. Pour accompagner la mélopée dédiée à la patrie du cœur, les doigts martèlent la caisse et les cordes de la guitare dont elle ne se sépare jamais en tempo d’une marche puissante, victorieuse.

Devant un auditoire de marins anglais, malgré la barrière de la langue, le succès est immédiat. La BBC s’empare du chant et le popularise sous le titre Guerilla Song.

L’année suivante, au Park Lane, Liouba Krassine (fille du premier ambassadeur d’URSS en Grande-Bretagne) organise la rencontre décisive pour le futur chant national français avec Emmanuel d’Astier de La Vigerie et Henri Frenay. Anna entonne en russe la Marche des partisans. L’auditoire est conquis. Peu après, une autre rencontre a lieu au Petit Club français, à laquelle assistent Maurice Schumann, Germaine Sablon, Maurice Druon et Joseph Kessel, d’origine russe lui-même, qui s’enthousiasme en ces termes « voilà ce qu’il faut pour la France ». Peu après, chez Liouba, Joseph Kessel tend à Anna Marly un texte écrit avec son neveu Maurice Druon. Événement qu’Anna Marly conte ainsi : « Je n’osai pas avouer que j’avais mon propre texte dans la poche… J’étais légèrement vexée. Celui-là était beau, très beau même. Germaine Sablon l’entonna à son tour. Quelqu’un prononça le Chant des partisans. De l’original russe, il ne restait que les corbeaux et la musique. » Et, j’ajouterai, l’élément essentiel du titre Partisans. Ainsi, au printemps 1943, de l’adoption et de l’adaptation française de la Marche des partisans (russes) naît le Chant des partisans (français).

Les fruits de ce métissage culturel sont plus étonnants encore. Jusqu’à la création du Chant des partisans et de la Complainte du partisan (autre composition d’Anna Marly pour laquelle Emmanuel d’Astier écrit un poème (2) deux mots dans notre langue désignent le Français libre en lutte contre l’oppression et l’envahisseur : patriote, en référence aux volontaires de 1792 et franc-tireur, immortalisé en 1870 par l’adresse de Victor Hugo à ces groupes de civils en arme dressés sur les arrières des troupes prussiennes.

En revanche, le mot partisan est inscrit dans la langue russe depuis les guerres napoléoniennes en passant par la grande révolution jusqu’à l’expression du surgissement patriotique face à l’envahisseur nazi.

Aussi, force est de constater que c’est à Anna Marly, une émigrée russe blanc ayant choisi la France et la France libre mais vibrant de toute son âme pour la mère patrie agressée par le nazisme, à sa Marche des partisans (russes) que nous devons l’entrée dans l’histoire culturelle française contemporaine du mot partisan. Remarquons qu’à la même période (été 1942) dans la France occupée, la même synthèse de références culturelles différentes (franc-tireur d’une part et partisan d’autre part) est effectuée par les résistants des groupes armés de grands mouvements de la Résistance.

Mais l’histoire d’Anna Marly, en premier lieu sa place à Londres, aux côtés de la France libre, s’écrit, elle, en français : la langue de sa patrie d’élection, celle de sa citoyenneté. « Chacun de mes actes est lié par une sorte d’osmose à l’histoire. » Par ces simples mots, Anna Marly ramasse en une formule les choix successifs familiaux et personnels qui, de Saint-Pétersbourg où elle naît, la conduisent à quitter Paris le 13 juin 1940 – à nouveau l’exil ! – pour rejoindre Londres en mars 1941 et là, « à faire de son talent une arme pour la France », comme dira d’elle le général de Gaulle.

Elle s’emploie utilement auprès des forces alliées et de la France Libre tout en continuant de composer et de chanter : marche pour « les Volontaires françaises » ; la chanson des V ; Plaine ma plaine, l’un des chants de l’Armée rouge qu’elle popularise ; etc.

Anna Marly, devenue alors une vedette, refuse les tournées internationales à gros cachets et diffère les projets de films. À la rencontre des combattants de toutes les nations coalisées, elle affûte son art en arme : la guitare en bandoulière, en une multitude de langues… en russe parfois, en français toujours.

Maintenant comme le troubadour… à la grâce de celui qui m’écoute

Je marche au bras de l’avenir

Chaque jour qui s’achève n’est plus qu’un mauvais rêve

Il faut lutter, il faut bâtir

Je marche au bras de l’avenir. (3)

À Londres, troubadour de la Résistance française, Anna Marly a achevé la construction de sa France : un combat pour la liberté. À la fin de la guerre, après un bref retour, elle quitte définitivement le pays nommé France. À nouveau l’exil ! L’art sera désormais sa seule patrie à la rencontre de l’humanité entière.

Encore et toujours le Chant des partisans

Chantez compagnons dans la nuit la liberté nous écoute.

 

(1) Commandant des troupes cosaques 
sous les ordres de Koutouzov, de Borodino jusqu’à Paris.

(2) Léonard Cohen puis Joan Baez, 
quelques décennies plus tard, en pleine guerre du Vietnam, redonnent une nouvelle actualité au chant.

(3) Anna Marly, Troubadour de la Résistance, 
Éditions Tallandier, Paris, 2000.

 

Guy Krivopissko

LE CHANT DES PARTISANS

Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines?
Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu'on enchaîne?
Ohé! partisans,
Ouvriers et paysans,
C'est l'alarme!
Ce soir l'ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes!

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades!
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades...
Ohé! les tueurs,
A la balle et au couteau,
Tuez vite!
Ohé! saboteur,
Attention à ton fardeau:
Dynamite!

C'est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères,
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère...
Il y a des pays
Ou les gens au creux de lits
Font des rêves;
Ici, nous, vois-tu,
Nous on marche et nous on tue,
Nous on crève.

Ici chacun sait
Ce qu'il veut, ce qu'il fait
Quand il passe...
Ami, si tu tombes
Un ami sort de l'ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Sifflez, compagnons,
Dans la nuit la Liberté
Nous écoute...

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