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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 07:29
José et sa fille Rosa sur la place des Otages de Morlaix, près du Grand Café de la Terrasse. À l’époque, en 1939, le petit garçon qu’était José s’était assis dans un café près du Viaduc et était resté là des heures. Ce passage est décrit dans son ouvrage « Exilés, le passé te rattrape toujours ». Sur les traces de cette enfance, le vieil homme pense peut-être avoir retrouvé ce café, sans en être certain. (Le Télégramme/Cécile Renouard)

José et sa fille Rosa sur la place des Otages de Morlaix, près du Grand Café de la Terrasse. À l’époque, en 1939, le petit garçon qu’était José s’était assis dans un café près du Viaduc et était resté là des heures. Ce passage est décrit dans son ouvrage « Exilés, le passé te rattrape toujours ». Sur les traces de cette enfance, le vieil homme pense peut-être avoir retrouvé ce café, sans en être certain. (Le Télégramme/Cécile Renouard)

En revenant sur les terres de Morlaix et Plougasnou, 80 ans après y avoir été amené en tant que réfugié espagnol, José Colina Quirce a effectué son grand pèlerinage… Mais aussi livré son histoire. Émouvante.

80 ans plus tard, il est revenu à Morlaix et à Plougasnou. Non pas sur décision des autorités, mais sur la sienne cette fois. « C’est une forme de pèlerinage », justifie José Colina Quirce, petit homme un peu voûté mais à la parole alerte. À ses côtés marchent deux autres personnes, sa fille Rosa et son gendre Benoist. Tous les trois, menés par le patriarche, ou « pappy », 89 ans, sont montés d’Ariège, où ils vivent tous ensemble, jusqu’en Bretagne. Direction Morlaix et Plougasnou, pour revoir ces lieux où José et des membres de sa famille, après avoir fui le régime de Franco et s’être retrouvés en France comme 475 000 autres réfugiés, ont été conduits en 1939 par des trains jusqu’à la pointe bretonne, et plus précisément au camp de Plougasnou.

Le temps du silence pour vivre

Rencontrer José Colina Quirce, c’est aussi rencontrer toute une famille, « à la mode espagnole ». Celle des présents à ses côtés, celle des absents, membres éloignés au fil des tragédies et des événements historiques, et celle des morts qui ponctuent encore sa vie et qui ne sont jamais oubliés. José est venu ici avec toute cette famille-là, à ses côtés ou dans son cœur, pour revoir Morlaix avec « son viaduc qu’[il] a regardé pendant des heures, le café où [ils sont] restés attendre », pour revoir Plougasnou et retrouver le camp où il a passé « quatre ou cinq mois lorsqu’[il] avait 9 ans ». « C’était essentiel de revenir », explique-t-il. C’était il y a longtemps mais « les souvenirs sont intacts ».

Comment raconter ?

« Longtemps, dans ma vie, ça a été le temps du silence. Parce qu’on a voulu vivre, on a voulu que nos enfants ne connaissent pas ça », se souvient le vieil homme de 89 ans avant de préciser : « Mais à l’approche de la retraite [comme chef de chantier], j’ai commencé à me dire qu’il faudrait tout de même en parler ». De « ça », de « l’exil », de « la guerre », « d’être réfugié ». « J’ai essayé longtemps d’en parler, d’écrire mais je n’arrivais pas. C’était toujours le même problème, la même question : comment le faire ? », explique-t-il. Le regard fixé dans le vide, il ajoute : « C’est le même problème pour les gens qui sont revenus des camps de la mort ».

« C’était dur, je n’ai rien occulté »

Les années passent. Une rencontre fait basculer José dans sa quête, lui permettant enfin d’entrer dans l’écriture, de raconter. « J’ai retrouvé mon cousin Antoine avec qui j’étais réfugié, se souvient-il. Je ne l’avais pas revu depuis des années… Il avait fait sa vie de son côté, comme moi ». Antoine est aussi animé par un désir de « raconter », et a notamment fait des recherches généalogiques dans les registres ecclésiastiques espagnols. « Il fallait savoir d’où l’on venait, qui on était. J’ai appris avec lui où était née ma mère, par exemple ». Le fil historique et familial est tissé. Si Antoine entend écrire une histoire avec une certaine poésie, José comprend, lui, qu’il veut aller dans une autre direction : « Je ne prétends pas détenir la vérité mais j’ai décidé d’écrire mes souvenirs d’enfant, de la guerre civile, des camps, et aussi ceux des autres, de mes tantes aussi. Mais sans la croyance absolue que ce que disaient les adultes de l’époque était la vérité. Sans adoucir les choses ». L’écriture spontanée se fait… en espagnol. « Je l’ai fait pour ma famille et c’était dur car je n’ai rien occulté ».

Version espagnole, version française

Après cette version espagnole, éditée à quelques exemplaires pour les siens, il établit un lien avec la Maison du Peuple de Morlaix. L’objectif est commun, rédiger un ouvrage en français, pour une autre version sur ce passage de sa vie entre l’Espagne et la Bretagne. Le livre est sorti au printemps grâce, notamment, à toute l’aide de sa famille pour « écrire en français et faire passer les émotions ». Un livre où José décrit Morlaix, sa vie au camp de Plougasnou. Une tranche de vie forte.

« Je suis toujours un exilé »

On hésite à lui poser la question. L’essentielle peut être. On lui montre le titre de son ouvrage « Exilés ». Et doucement elle survient : « Qu’en est-il aujourd’hui ? ». « Je suis toujours un exilé. Je ne suis pas espagnol. J’ai essayé de revenir en Espagne en y habitant en partie pendant seize ans car il y avait ce désir d’enfant, ce désir de mes parents de toujours revenir au pays. Mais je n’ai jamais réussi à m’intégrer. J’ai alors compris après cette tentative que nous ne reviendrions plus jamais en Espagne. Là-bas, je suis considéré comme un Français. Et ici, je ne le suis pas du point de vue administratif. Au bout de 80 ans, je me sens vraiment intégrer. Mais je suis toujours un exilé ».
1939-1940. José Colina Quirce réfugié espagnol au camp de Plougasnou (LE TELEGRAMME)

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