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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 05:42
Mémoire. Le Mont Valérien expose les graffitis des résistants (Aurélien Soucheyre, L'Humanité - mardi 2 avril 2019)
Mémoire. Le Mont Valérien expose les graffitis des résistants (Aurélien Soucheyre, L'Humanité - mardi 2 avril 2019)

Mémoire. Le Mont-Valérien expose les graffitis des résistants

Mardi, 2 Avril, 2019

Le Mémorial de la France combattante souhaite ouvrir davantage ses portes au public. Expositions temporaires et permanentes y sont programmées.

Le Mont-Valérien, à Suresnes (Hauts-de-Seine), est une belle colline qui domine Paris de toute sa masse boisée. Haut lieu de mémoire, il s’agit surtout du premier site français d’exécution de résistants et d’otages par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. C’est ici que Missak Manouchian et ses camarades ont été passés par les armes. Au total, 1 008 personnes ont été fusillées dans la clairière, dont Honoré d’Estienne d’Orves, Gabriel Péri, Boris Vildé, Georges Paulin, Jacques Solomon, Georges Politzer ou Joseph Epstein... Le Mémorial de la France combattante, inauguré sur place par le général de Gaulle le 18 juin 1960, reste cependant peu visité. « Nous avons la volonté que le public s’en empare. Notre ambition est d’en faire un lieu d’accueil et de pédagogie beaucoup plus ouvert », explique Antoine Grande, responsable du département mémoire à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG). C’est pourquoi une nouvelle signalétique permanente a vu le jour à l’intérieur du site, ainsi qu’une toute première exposition temporaire. Visible en plein air, elle est dédiée aux auteurs des 31 graffitis encore visibles dans la chapelle.

« La plupart ont été réalisés le 2 octobre 1943. Ce jour-là, 50 résistants et otages ont été conduits ici pour être exécutés. Ils ont été enfermés dans la chapelle avant la sentence. C’est là qu’ils ont gravé leurs derniers mots avant de mourir », raconte la réalisatrice de l’exposition, Hélène Chancerel. Ces messages arrachés aux murs font ressurgir des visages et des vies détaillées grâce à l’exposition. Parmi eux, Robert Vermassen a simplement écrit son nom avant d’ajouter « fusillé le 2 octobre 1943 » puis « Vive la France ». « C’était mon oncle. On sait qu’il a fait dérailler un train puis qu’il a tué un officier nazi dans un bordel. Il a été condamné à mort, enfermé pendant un an dans des conditions épouvantables à Romainville, puis fusillé en représailles de l’attentat contre Julius Ritter réalisé par le groupe Manouchian », raconte Robert Deluard. Venu avec son petit-fils, il ajoute, ému : « Le Mont-Valérien, pour nous, c’est familial. »

Son oncle, avec son camarade Robert Bellec, tué le même jour, a également provoqué un incendie dans un local du Rassemblement national populaire, parti collaborationniste, en plus de brûler une usine de pneus utilisée par les Allemands. Avec eux, dans la chapelle, il y avait aussi Louis Melotte, otage communiste arrêté avec un pochoir « Boches assassins » sur lui. Ou encore le communiste juif Chuna Bajtsztok, le membre de l’état-major de l’Armée secrète Armand Dutreix, ou le jeune Jean Rimbert, qui peignait des croix de Lorraine en ville et participait à des actions de sabotage. « Sur les 1 008 fusillés, 60 % sont des résistants condamnés à mort par un tribunal militaire allemand. Les autres sont fusillés en tant qu’otages pour ce qu’ils sont : des juifs et des communistes. On voit bien quel était le projet répressif de la Wehrmacht : tuer les ennemis immédiats armés et tuer les ennemis idéologiques ciblés par le régime nazi », précise Antoine Grande. Et ce avec le concours des collabos, l’immense majorité des fusillés du Mont-Valérien ayant été arrêtés et livrés par des Français.

Sur la peinture bleue écaillée, un autre message : « Vive l’URSS » et, à côté, « Vice le PCF ». À quelques mètres, ce graffiti, dont l’auteur est inconnu : « Un Nord-Africain, indigène (sans ironie). J’ai reconnu en autrui une âme sœur… » En tout, 22 nationalités sont représentées parmi les victimes du Mont-Valérien. « Soit 20 % d’étrangers. Et 17 % des fusillés sont juifs. D’un point de vue partisan, 65 % sont communistes et 35 % représentent la totalité des composantes de la Résistance combattante, dont les gaullistes. Notre objectif est de faire dialoguer toutes ces mémoires, de les mettre en lumière sans les opposer, qu’il s’agisse de combattants pour la République, pour l’Internationale ou pour la France », et parfois pour les trois, détaille Antoine Grande.

Cette exposition temporaire sera d’ailleurs remplacée par une autre, en décembre, consacrée à la construction des mémoires. L’année devrait également être marquée par la découverte d’un 1 009 e fusillé, Clovis Wallon, jusqu’ici oublié et très récemment identifié grâce au travail acharné d’un passionné : Alain Simonnet. La cloche portant les noms des 1 008 exécutés depuis 2003 pourrait donc accueillir un nouveau nom. « On aimerait aussi compléter les 1 009 parcours. Faire des notices, des portraits détaillés pour chacun d’entre eux. On imagine parfois que tout est déjà rassemblé mais ce n’est pas le cas. Un grand travail de recherche est devant nous », projette Hélène Chancerel. Et un beau projet travail d’accueil. « Nous sommes passés de 18 000 visiteurs annuels à 28 000 en cinq ans, dont 65 % de scolaires. Cette transmission est très importante. Nous voulons faire davantage en mettant toujours plus les fusillés et l’histoire de la Résistance au cœur des programmes et du site sur la partie ouverte au public », apprécie Antoine Grande – la majorité du fort de forme hexagonale étant utilisée par l’armée. Il est donc possible de découvrir le Mont, pour se souvenir des 1 009, âgés de 17 à 72 ans. En ce moment, un grand soleil de printemps éclaire la colline. De quoi se dire « que la nature est belle et que le cœur me fend ».

Aurélien Soucheyre

 

A lire ces témoignages sur des résistants communistes brestois et finistériens fusillés pour une grande part au Mont Valérien:

Résistance: les derniers écrits d'un guimilien, Albert Rannou, dévoilés par Jacques Guivarc'h, de Pleyber-Christ (Le Télégramme, 3 mai 2017) - des lettres bouleversantes et une histoire de la résistance communiste de Brest à connaître à lire sur Le Chiffon Rouge

A lire aussi sur "Le Chiffon Rouge": 

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, dirigeant de la résistance communiste brestoise, ouvrier et syndicaliste à l'Arsenal, fusillé le 1er juin 1943,

Lettre de Joseph Ropars, résistant communiste brestois, écrite à sa mère et à sa soeur le jour de son exécution le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Lettre à ses parents de la prison de Rennes du résistant communiste brestois Albert Abalain, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 (fonds d'archives ANACR 29)

Communistes de Bretagne (1921-1945)      

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