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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 15:58

La scène se passe à Plomodiern, petit bourg breton. Ce jour-là, Edouard Philippe est venu apporter sa pierre au « grand débat », en échangeant avec des élus locaux et des dirigeants de PME. Soudain, le Premier ministre lance à la cantonade qu'il serait peut-être temps de mettre en place des « contreparties » aux aides sociales. Et de préciser sur le ton de la confidence : «Qu'est-ce qu'on demande à ceux qui bénéficient de la solidarité, est-ce qu'on demande quelque chose, et si oui, quoi ?A mon sens c’est une belle question politique. » Fin de la leçon de morale, dont le Premier ministre assume le caractère « explosif».

 

Édouard Philippe n'est pas homme à s'aventurer sur des chemins incertains sans boussole ni repères. A défaut de connaître le poids des maux, il connaît celui des mots. Il sait ce qu'il fait. En l'espèce, il recycle une antienne de sa famille politique d'origine reprise depuis belle lurette par celle où il s'est exilé, la Macronie, cette machine à recycler tous les poncifs du néolibéralisme décomplexé, quitte à y ajouter au besoin une dose de jargon branchouillard.

 

En avant donc pour une nouvelle épreuve de ce sport de combat qu'est la chasse aux pauvres. Chargée d'assurer le service après-vente de la pensée philippienne, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, déclarera à propos de la mise en place d'éventuelles contreparties aux aides sociales : « Il ne faut pas le faire de façon punitive et il ne faut pas en faire une idéologie. » Bien sûr, bien sûr... On désigne d'un doigt accusateur les plus démunis des citoyens, ceux qui sont au fond du trou, mais c'est pour leur bien, pour qu'ils s'en sortent. Les pauvres ne sont pas forcément tous des tricheurs, des filous, des truqueurs, des glandeurs, des fraudeurs ou des assistés. Encore faut-il qu'ils en apportent la preuve et donnent quelques signes extérieurs de bonne volonté.

 

De tout temps, les puissants ont considéré que le désordre social était dans l'ordre des choses, et que ceux du bas de l'échelle n'avaient à s'en prendre qu'à eux et à prier le ciel pour adoucir leur sort. Le retour en grâce médiatique des «contreparties » est de la même veine. Il sous-entend que le chômeur est responsable de ne pas avoir d'emploi, que celui qui touche le RSA se complaît dans le confort de sa situation et que les diverses allocations vont à des gens qui ne les méritent pas, alors que les « aides sociales » sont des droits pour lesquels les salariés paient des cotisations. Bref, les premiers de cordée, nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, se croient habilités à demander des comptes aux malheureux qui ont à peine de quoi s'acheter une cuillère en plastique.

 

Edouard Philippe prouve ainsi qu'il est plus proche du déni de réalité que de la prise de conscience. Albert Einstein disait : « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. »Plutôt que de chercher des poux dans la tête des premières victimes de la crise, mieux vaudrait demander des comptes à l'élite des affaires, aux assistés de la finance, aux rois du CAC 40, bref, aux décideurs dont les résultats tiennent plus du dépôt de bilan que de la réussite.

 

Au fil des changements d'équipes gouvernementales, tout a été fait pour leur offrir le marché du travail sur un plateau. Les droits sociaux ont reculé. Le « coût du travail», comme ils disent, a été ratiboisé. Les salariés ont été fragilisés. L'ubérisation s'est généralisée. Les journaliers ont refait leur apparition. Résultat : les grands groupes privés sont florissants, les actionnaires sont rétribués rubis sur l'ongle, et les PDG s'assurent des trains de vie dignes de Carlos Ghosn, sans pour autant que la situation économique du pays s'améliore. Et à qui demande-t-on des comptes ? Aux victimes de ce jeu de massacre né de la priorité au business, à la spéculation, à la délocalisation et à l'envol vers des cieux (fiscaux) plus cléments.

 

Mais pourquoi n'y a-t-il aucune « contrepartie » aux fonds publics versés par l'Etat (donc par le contribuable) aux stars de la Bourse via le CICE ? Pourquoi se priver de vérifier que cet argent ne parte pas vers un paradis fiscal situé à l'autre bout du monde ? Pourquoi certains auraient-ils un devoir de « solidarité » et les autres, un droit à l'exemption permanente ? Pourquoi demander des comptes aux gens ordinaires et laisser les autres se livrer à des mécomptes ? Tant que ces questions « explosives ». comme dirait Edouard Philippe, ne seront pas sur la table, le chantage à la contrepartie ne sera qu'une partie de cons.

 

Par Jack Dion

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