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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 08:40

Formation, hôpital, cabinets médicaux.... Quelles évolutions faut-il engager pour assurer un système de santé pour tous ?

Mardi, 19 Mars, 2019

Alors qu’un projet de loi est en débat au Parlement, de nombreux voyants s’allument au rouge et alertent sur une situation sanitaire difficile. Avec Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône, Jacques Battistoni, médecin généraliste, président de MG France et Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, syndicaliste hospitalier.

Une nouvelle phase de progrès par Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône

Fête de l'Humanité 2018 / dimanche 16 septembre / @ Magali Bragard / Village du Livre / Pierre DharévilleOn ne peut aborder l’enjeu d’un système de santé pour tous sans évoquer la plus grande invention sociale de notre pays que représente la Sécurité sociale. Dans ce cadre, l’accès « de chacun selon ses besoins » au système de santé a constitué une avancée sociale majeure.

Or, depuis quelques années, l’accès aux soins se dégrade. Fermetures de lits ou de services dans les hôpitaux publics, déremboursement de médicaments, déserts médicaux ont pour conséquence des renoncements aux soins de plus en plus importants, qui touchent plus d’un quart des assurés sociaux – 30 % – et peuvent monter jusqu’à 50 % chez les jeunes.

Ce sont aussi les personnels qui souffrent dans leur travail. D’un trait, notre système de santé est malade de l’austérité et du libéralisme.

Le gouvernement estime qu’il s’agit d’abord d’un problème d’organisation et d’adoption de « bonnes pratiques ». Il faudrait donc continuer à fonctionner à la va-comme-je-te-pousse, à moyens compressés et surcompressés. Ainsi, le projet de loi examiné en ce moment à l’Assemblée constitue une nouvelle fuite en avant : extension des groupements hospitaliers de territoire (GHT), logique de gradation des hôpitaux, fin de la distinction entre public et privé… Cafi d’ordonnances, il donne le ton d’une démocratie sanitaire en berne.

Un. La santé, plus que toute autre chose, doit échapper à la marchandisation comme à la spéculation : il faut donc une ambition renouvelée pour la Sécurité sociale. Il faut la défendre comme un bien commun, un moteur puissant de la solidarité entre toutes et tous. Voilà pourquoi nous défendons un véritable système de protection pour tous. Bien évidemment, le système de santé doit évoluer, mais il doit surtout continuer de reposer sur ses principes fondateurs : la solidarité, l’universalité des prestations, la gestion démocratique et le financement par la cotisation sociale. Il ne faut plus tarder à généraliser le tiers payant intégral dans les structures de santé pour éviter aux patients les avances de frais. Et il faut engager une nouvelle phase de progrès vers le 100 % Sécu.

Deux. Cette ambition doit s’appuyer sur un financement à la hauteur des besoins en santé de notre siècle. Cela suppose l’arrêt des exonérations massives, mais aussi des mesures de maîtrise des prix du médicament ou des dispositifs médicaux…

Trois. Des mesures d’urgence sont à prendre comme l’arrêt des fermetures de lits et de services hospitaliers combiné à la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux, ainsi que d’un dispositif vigoureux pour les Ehpad. Il convient également de soutenir fermement la mise en place de centres de santé, notamment comme l’un des outils face aux déserts médicaux.

Quatre. Sans attendre, un plan de formation des professionnels de santé doit être mis sur la table. Car la remise en cause du numerus clausus ne suffit pas à augmenter l’offre de formation dans les facultés de médecine. Il convient également de donner clairement la priorité au service public. Cette dynamique doit intégrer la création d’un pôle public du médicament, ou encore d’un laboratoire public des dispositifs médicaux.

Mais l’ensemble de ces quelques mesures sera insuffisant si l’on ne déploie pas une politique de prévention qui soit à la hauteur des enjeux et des besoins : changer ensemble nos modes de production, de consommation et de vie pour éviter le plus possible qu’adviennent les maladies et les accidents, qui ne frappent pas nécessairement au hasard…

Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône

Répondre aux principaux besoins en proximité par Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, syndicaliste hospitalier

Paris- Le 28 mars 2014 - Christophe Prudhomme, médecin urgentiste - Votation Citoyenne organisée par la CGT de l'AP-HP de l'Hotel Dieu, pour le maintien de cet hopital et du service des urgences au coeur de Paris - Photo Patrick NussbaumLe principe constitutionnel d’égalité de traitement du citoyen quel que soit son lieu de résidence sur le territoire exige la mise en place d’un véritable service public de santé intégrant l’ensemble de l’offre de soins de la ville à l’hôpital en passant par la prise en charge du maintien de l’autonomie.

Dans ce cadre, les deux piliers de la politique de santé doivent être la planification et l’aménagement du territoire

Tout doit commencer par la formation de professionnels de santé en nombre suffisant et avec les qualifications qui répondent aux besoins de la population. Le premier objectif est d’augmenter très fortement les effectifs dans les différentes formations qui pourraient être regroupées dans des universités de santé. Il est nécessaire de former proportionnellement beaucoup plus de généralistes que de spécialistes, tant pour la ville que pour l’hôpital, car les besoins ont évolué et la prise en charge de pathologies chroniques nécessite la présence de véritables médecins coordinateurs de la prise en charge des patients. Par ailleurs, l’élévation de la qualification des infirmières notamment, mais aussi des aides-soignantes, doit déboucher sur une véritable reconnaissance de diplômes universitaires avec des niveaux de rémunération correspondants.

Seul l’exercice de professionnels salariés dans des structures collectives intégrées que sont les centres de santé permet de répondre à trois exigences majeures des patients : trouver un médecin disponible à proximité de son domicile, bénéficier du tiers payant et ne plus être soumis aux dépassements d’honoraires. Ces centres doivent être implantés dans les territoires en fonction des besoins et travailler en lien avec les hôpitaux de proximité et les Ehpad.

La définition de l’hôpital de proximité tel que le conçoit la ministre de la Santé dans le cadre de la nouvelle loi en préparation n’est pas acceptable. Un hôpital doit répondre aux principaux besoins en proximité et ne pas se limiter à une structure d’accueil pour les personnes âgées. Il doit donc comprendre un service d’urgence ouvert 24 heures sur 24, une maternité de premier niveau, une activité de chirurgie principalement ambulatoire, des services de médecine avec des spécialistes référents. L’hôpital de proximité doit travailler en réseau sur son territoire avec les centres de santé, les Ehpad, les structures de soins de suite et de réadaptation, ainsi qu’avec la psychiatrie de secteur.

Les hôpitaux de proximité travaillent avec un hôpital de référence disposant d’un plateau technique plus important, notamment au niveau de la chirurgie, des soins intensifs et de la prise en charge des grossesses à risque. Par ailleurs, il est essentiel de s’opposer à la volonté de regrouper les CHU en dix entités, ce qui serait la porte ouverte à la concentration des moyens dans un nombre très limité de métropoles.

Enfin, l’essentiel reste la question du financement. Il faut rétablir une Sécurité sociale unique et universelle, assise sur des cotisations sociales et non financée par l’impôt. Le principe doit être un organisme unique à la fois collecteur et financeur, avec une seule ligne de cotisation sur la feuille de paye. Le niveau de la cotisation doit pouvoir être ajusté annuellement afin d’équilibrer les comptes et d’en finir avec les fameux « déficits » qui ne sont en fait qu’un défaut de financement. Le rôle du Parlement doit se limiter à fixer les bornes du niveau de cotisation. Le principe de ce système existe déjà pour le régime particulier Alsace-Moselle. Il est donc possible de s’en inspirer pour que les fondements initiaux de la Sécurité sociale issus du programme du Conseil national de la Résistance deviennent enfin une réalité.

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste 

L'Humanité, pages débat, 19 mars 2019: Pierre Dharréville (député PCF) et Christophe Prudhomme (médecin urgentiste) dessinent les contours d'un système de santé plus juste

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