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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 06:44

 

Un titre en forme de question claque dans les pages du journal Les Echos : « Et si l'on parlait de l'autre France, vive et positive ? » Le chroniqueur qui signe cet émouvant appel à tourner la page des « gilets jaunes » s'appelle Eric Le Boucher. Ancien membre de la commission Attali mise en place par Nicolas Sarkozy – au sein de laquelle figurait un certain Emmanuel Macron –, il n'est pas du genre à tourner autour du pot comme d'autres autour d'un rond-point. A ses yeux, « il ne faudrait pas croire et laisser croire... que la France est un pays de gens éternellement égalitaristes, immobilistes et aigris ».

 

Au cas où l'on n'aurait pas compris, les « égalitaristes », les « immobilistes» et les « aigris » sont ceux que l'on voit défiler depuis douze semaines dans les villes de France. Moins on parlera d'eux, mieux Eric Le Boucher se portera.L'éditorialiste préfère d'autres profils, des têtes autrement présentables lui permettant de saluer la naissance d'« un capitalisme neuf, qui a la caractéristique heureuse d'essayer d’être écologiquement responsable et socialement inclusif».Amen. Ça change de ces trognes de pauvres qui roulent au diesel et fument des clopes, comme dirait ce bon Benjamin Griveaux, ministre qui gagne à être méconnu.

 

Pris au dépourvu par la révolte qui balaie le pays, les dignes représentants de l'élite ont commencé par rejeter les manifestants dans le camp de l'opprobre et de l'extrême droite, avant de les caresser dans le sens du poil en expliquant qu'ils avaient une touche de jaune dans le cœur. Puis, au fil des jours, s'appuyant sur des dérives minoritaires, ils ont entrepris de caricaturer un mouvement qu'ils sont incapables d'appréhender. Maintenant que les journées de protestation se suivent et se ressemblent, ils en reviennent à la bonne haine de classe qui consiste à clouer au pilori toute contestation du désordre établi, soit en la réprimant (telle est la fonction de la loi dite « anticasseurs » en discussion), soit en rejetant les « gilets jaunes » dans le camp honni des mal-pensants, des déviationnistes, des rebelles, des indociles et des dissidents irrécupérables. Le débat (grand ou pas) ? Oui, mais sans eux, et de préférence contre eux, assimilés d'office à des « brutes », pour reprendre le langage fleuri du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui aime les révoltes à Caracas mais pas à Paris.

 

On en est revenu à une approche digne des « classes dangereuses » d'antan, quand Victor Hugo écrivait : « La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple. » Quand on est content, on ne comprend pas forcément que d'autres ne le soient pas. On comprend encore moins que ces derniers aillent jusqu'à s'indigner de leur sort alors qu'il n'y a pas vraiment de quoi se plaindre, au point de sombrer dans l'univers opaque du complotisme et de l'infox, face à un mouvement dont chacun sait qu'il est manipulé de Moscou, si l'on en croit Emmanuel Macron.

 

Les injustices ? Mais quelles injustices ? Aujourd'hui en France a organisé un débat entre Geoffroy Roux de Bézieux, nouveau président du Medef, et Laurent Berger, syndicaliste préféré de la bonne société. A cette occasion, le patron des (grands) patrons a fait la remarque suivante : «Il y a une différence entre les inégalités et le sentiment d'inégalité, la réalité et ce que les gens perçoivent. »

Naguère, certains avaient théorisé le « sentiment d'insécurité », pur fantasme qu'ils opposaient à la réalité d'une société baignant dans la douce moiteur du «vivre ensemble ». A l'instar de Geoffroy Roux de Bézieux, d'autres reprennent le filon du « sentiment » pour expliquer que le tsunami des inégalités qui balaie la planète épargne les côtes nationales. Certes, la France est moins frappée que d'autres, en raison du modèle social hérité de l'esprit du Conseil national de la Résistance. De fait, la pauvreté n'y est pas ce qu'elle est dans l'univers anglo-saxon ou même en Allemagne. Raison de plus pour défendre ce modèle en le réformant à bon escient plutôt qu'en le vidant de son contenu, comme le fait Emmanuel Macron, au seul profit d'une petite caste.

 

En vérité, obnubilés par leurs privilèges, les riches ont fait sécession. Ils vivent et se vivent comme des êtres à part. Du haut de leur statut social et de leur stature culturelle, ils contemplent le reste de la société avec un mélange de condescendance et de mépris. En conclusion de son article, Eric Le Boucher pousse ce cri du cœur : « Cessez d'être aveuglés par les marginaux "giletsjaunes". » Et si les « marginaux » n'étaient pas ceux qu'on croit ?

Par Jack Dion (Marianne)

 

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