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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 12:56

Amazon : « On est étouffés, pris pour des chiens »

Jeudi, 21 Février, 2019

Le géant de la vente en ligne a viré plusieurs de ses salariés français qui ont soutenu le mouvement des gilets jaunes. Deux d’entre eux l’ont été sur le site de Douai. Reportage à la porte de l’entrepôt nordiste, où une présence de 2 ou 3 ans vous donne déjà un statut d’ancien. Et, à certains, une furieuse envie d’aller voir ailleurs.

Quelle couleur de badge ? Pour entrer au volant de sa voiture sur le parking de l’entrepôt Amazon de Lauwin-Planque, près de Douai (Nord), il faut montrer patte blanche. Le vigile de Securitas veille : seuls les 1 500 salariés en CDI, détenteurs d’un passe de couleur bleue, sont autorisés à le faire. Pas les 200 à 300 intérimaires, avec leur carte bordée de vert autour du cou. Damien et Laurent (1), deux jeunes intérimaires de 20 et 22 ans, ont donc laissé leur voiture à plusieurs centaines de mètres, avant de rejoindre à pied le portillon de l’entreprise. Comme des dizaines d’autres, qui se garent comme ils peuvent autour des ronds-points de la zone d’activité ou dans la boue qui borde les axes de circulation. Damien et Laurent prennent leur poste à 13 h 20. Ils ont plus d’une demi-heure d’avance mais ils prévoient du temps pour se changer dans le vestiaire. Et puis ils aiment « prendre un café tranquillement » avant d’attaquer leur journée de travail, qui s’achèvera à 20 h 30. « On critique Amazon, mais on n’a pas à se plaindre, nous assure Damien. J’ai vu plusieurs reportages qui disaient qu’on était pistés pour aller aux toilettes. Ce n’est pas vrai, on n’est pas fliqués. » Leur mission, commencée en octobre et renouvelée une fois, durera au total huit mois. Leur boulot ? « On range les articles sur les pick towers », ces rayonnages superposés sur trois étages, installés fin 2016, qui ont considérablement augmenté la capacité de stockage. On attend d’eux une production de 1 500 articles par jour. Tout à fait réalisable, jurent-ils. Et ceux qui ont du mal à atteindre ce chiffre ? « Il y a beaucoup de fainéants. » Et le salaire ? « Il est normal… le Smic. »

« pas envie de parler », puis il se lâche...

« Généralement, ici, il n’y a que des jeunes, commente Habib Latreche, délégué syndical CGT. Les anciens, soit ils partent, soit ils sont mis de côté. Ça en dit long sur les recrutements. » Long aussi sur les kilomètres qu’il faut parcourir chaque jour dans l’entrepôt et sur les « trajets qu’on n’essaie pas d’optimiser » pour ménager les salariés. « À force de marcher, certains ont des restrictions médicales », commente le délégué syndical. « En ce moment, c’est très tendu », confie-t-il, évoquant le licenciement de deux salariés du site qui ont posté sur leur compte Facebook des messages de soutien au mouvement des gilets jaunes (lire l'encadré). « Pour certains salariés, ils (ces salariés licenciés) ont commis une faute professionnelle et l’entreprise a fait valoir ses droits. Une autre partie trouve que ce n’est pas normal et le reste ne se prononce pas », résume-t-il. L’illustration ne se fait pas attendre, avec le passage de quatre jeunes filles intérimaires. Elles ne souhaitent pas répondre à nos questions, car elles n’ont « pas d’avis » sur l’affaire. « Ce n’est pas normal d’avoir peur de son entreprise… » souffle Habib Latreche.

Assis devant le portillon, balayé par de violentes et glaciales bourrasques de vent, Christophe (1) fume une dernière cigarette avant de rejoindre son poste de travail. Il nous coupe immédiatement dans nos intentions : « Je n’ai pas envie de parler ; je ne veux pas perdre ma place pour des conneries. » Pourtant, il échangera avec nous pendant presque un quart d’heure, ponctuant certains de ses propos d’un « sans plus de détails… ». À 33 ans, père de trois enfants, au travail depuis l’âge de 16 ans, ce poste d’ouvrier à Amazon Douai, décroché il y a trois ans et demi, est son premier CDI. « J’ai une situation stable, qui m’a permis d’avoir ma maison, confie-t-il. Et puis, l’ambiance avec les collègues, ça va. Mais le boulot… » Et là, il se lâche : « On nous prend pour des chiens. La pression, l’impression d’être enfermé, d’étouffer… On n’est jamais venu me voir pour me reprocher mon chiffre de production, mais ça peut arriver, car ils en veulent toujours plus. » Quant au sort de ses deux collègues licenciés ? « Ça choque, car maintenant ils sont dans la merde. On ne peut quand même pas licencier pour le plaisir d’Amazon ! »

Curieux, Vincent (1) se mêle à la discussion et ne s’embarrasse pas de préambule : « J’en ai marre. Cela fait deux ans que je travaille ici. Il y a beaucoup de pression. Il n’y a pas de changement, pas d’évolution, toujours les mêmes personnes aux mêmes postes. J’attends de trouver autre chose pour partir. » Mylène (1), qui vient de terminer sa journée, s’arrête quelques minutes avant de repartir chez elle. Que pense-t-elle des « licenciements Facebook » ? « On n’est pas réellement choqués car on est habitués à ce qu’Amazon licencie pour rien, mais ça marque toujours. Maintenant, les gens ont peur d’écrire sur Facebook, même sur leur vie personnelle. » Son travail consiste à gérer les mouvements de camions qui arrivent et repartent de l’entrepôt : « Je n’ai pas de pression sur la production mais plus sur la sécurité. »

« journées have fun »

Elle se souvient cependant du poste qu’elle a dû occuper pendant une semaine à la préparation des colis : « J’ai oublié une étiquette code-barres sur un article. On est venu me voir deux jours après. Ce sont comme des petits avertissements verbaux. Ici, on appelle ça des “feed-back”. On est également venu me voir un mois après pour un courrier d’avertissement, correspondant à un arrêt de production. » Dans le jargon Amazon, on appelle cela un « courrier de sensibilisation ». « Ici, le management a une forme insidieuse, estime Habib Latreche. On essaie de faire copain-copain avec vous. On aime bien également infantiliser les salariés, avec par exemple les journées “have fun”, où il faut venir déguisé. Le but est d’instaurer une fausse complicité. Mais, quand on se retrouve seul devant le bureau du chef ou du DRH, il n’y a plus d’amis. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Ludovic Finez
Amazon : On est étouffés, pris pour des chiens (article de Ludovic Finez, jeudi 21 février, L'Humanité)
22 janvier 2019
Ian Brossat, tête de liste européenne du PCF, à la rencontre des salariés d'Amazon

" À l'occasion de ma venue dans le Loiret, j'ai eu l'occasion d'échanger avec des salariés d'Amazon.
L'un des plus gros sites français d'Amazon est en effet situé à Saran, à deux pas de la salle où nous tenions meeting.
Je reviendrai prochainement plus en détails sur nos échanges. Il y a beaucoup à dire sur les conditions de travail, l'optimisation fiscale"  Ian Brossat 

L'Humanité annonce aujourd'hui, reprenant le rapport d'OXFAM, que "le PDG d'Amazon, Jeff Bezos, est le milliardaire qui a vu sa fortune exploser le plus. Avec une hausse de 39 milliards sur un an, il atteint les 112 milliards, ce qui fait de lui l'homme le plus riche du monde. "1% seulement de sa fortune équivaut au budget total de la santé de l'Ethiopie, un pays de 105 millions d'habitants", pointe le rapport d'OXFAM.

 

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