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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 06:22

 

Hormis des mesurettes, le premier ministre ne lâche rien face au ras-le-bol des tarifs à la pompe et maintient son racket sur les ménages. Fiscalité injuste, spéculation sur les cours, marges indécentes : décryptage d’une véritable pompe à fric.

«Non, on ne va pas annuler la taxe carbone. » L’exécutif persiste et signe. En quinze minutes sur RTL, le premier ministre a confirmé hier les dispositifs « d’accompagnement » visant à atténuer la flambée du prix à la pompe (voir ci-contre). Chèque, prime… Si la boîte à outils semble plus généreuse, le dogme reste identique, laissant sans réponse le motif au cœur de la colère qui prévoit de s’exprimer le 17 novembre. Pis, la carotte étant insuffisante, le premier ministre n’a pas hésité à agiter le bâton. « Celui qui se dit “je vais bloquer ici” (...), il sait que, ce faisant, il prend un risque s’il ne respecte pas la loi. » Signe que l’opération déminage est loin d’être à la hauteur de l’exaspération.

1 Une taxe qui sert de variable d’ajustement budgétaire

En 2018, entre les mesures fiscales et la hausse des prix du carburant, la facture s’élèvera de 100 à 225 euros par foyer, a calculé l’association de consommateurs CLCV. Si les automobilistes ont la fiscalité dans le collimateur, c’est que celle-ci représente près des deux tiers du prix d’un litre de gazole ou de sans-plomb 95. Outre la TVA, la principale taxe est la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques). Quatrième source de financement du pays, juste derrière la TVA, l’impôt sur le revenu et celui sur les sociétés, ses recettes sont transférées en grande partie aux régions et aux départements. Depuis 2014, une composante « carbone » est venue s’ajouter et compenser le déficit budgétaire. C’est cet élément, mais aussi le rapprochement de la fiscalité de l’essence et du diesel qui ont déclenché la flambée des prix. Les deux mesures cumulées devraient dégager 3,7 milliards d’euros de recettes en 2018.

Or la facture s’annonce à l’avenir encore plus salée, puisque aux 2,6 centimes d’euro de plus chaque année pendant quatre ans sur la fiscalité du gazole s’ajoutera la contribution carbone, qui passera de 44,6 euros la tonne en 2018 à progressivement 86,2 euros en 2022. « Cela induirait un surcoût annuel moyen pour les ménages de 313 euros par an en 2022 par rapport à 2017 », a calculé la CGT finances publiques. En ciblant les produits énergétiques (gaz, fioul, pétrole, charbon...), la taxe carbone, comme toute fiscalité indirecte, touche plus fortement les ménages les plus modestes en les imposant au même taux que les plus riches, et ce, alors même qu’ils sont déjà les plus sensibles aux hausses du prix du combustible, soit du fait de la vétusté des logements (augmentation du prix du chauffage), soit du fait de l’éloignement entre leur domicile et leur travail (augmentation du prix du carburant), ajoute le syndicat.

Cette taxe sur les carburants, présentée comme une réponse aux enjeux du réchauffement climatique, « va surtout servir à boucher les trous du budget, note de son côté l’association Attac. En 2019, sur les 37 milliards prévus de taxe sur les produits énergétiques, seuls 7,2 milliards seront affectés à la transition écologique ». Pis, de l’aveu même du premier ministre, hier sur RTL, il s’agit, au travers de la taxe carbone, d’« organiser un système dans lequel on va progressivement faire peser sur le pétrole, et donc sur le carbone et donc sur la pollution, une partie des prélèvements fiscaux plutôt que sur le travail ».

2 Les géants du pétrole toujours gagnants

Si le plein d’essence brûle le porte-monnaie, l’État est loin d’être le seul responsable. Le prix du carburant est lié aux soubresauts du cours de l’or noir. Depuis 2016, celui-ci a été multiplié par trois, en passant la barre des 80 dollars le baril. Même si, depuis quelques semaines, celui-ci est repassé sous la barre des 70 dollars, plusieurs éléments alimentent la spéculation sur les cours. Or le prix de la matière première pèse entre 28 % et 30 % dans le prix des carburants, le raffinage y entrant pour 5 %.

De l’extraction au raffinage et même jusqu’à la distribution, les géants du pétrole jouent sur tous les leviers. De telle sorte que, lorsque le cours est à la baisse, les supermajors vont chercher à écouler le stock de pétrole acheté plusieurs mois auparavant à un prix plus élevé. Et ainsi profiter quelque temps de la baisse des prix du pétrole pour restaurer leurs marges. Alors que, lorsque l’envolée du cours survient, la répercussion à la pompe est quasi immédiate. C’est ce qu’on appelle « l’effet parachute », explique Éric Sellini, coordinateur CGT du groupe Total.

3 Les Grandes surfaces prennent leur part du butin

Une aubaine dont jouent également les grands de la distribution. Outre les effets slogans marketing à moindres frais, ces derniers ne gèrent pas moins de 45 % du parc des stations-service, et écoulent 61 % des volumes de carburant vendus. Or, s’ils ont longtemps pratiqué des marges de 6 à 7 centimes le litre, correspondant aux plus basses d’Europe pour rafler le marché, les choses ont depuis bien changé. Selon l’association de consommation CLCV, « la hausse tendancielle » porte désormais les marges à « une dizaine de centimes le litre ». Ainsi, la marge appliquée par les distributeurs était de 13,9 centimes en moyenne depuis le début de cette année pour l’essence et de 12,6 centimes en moyenne pour le gasoil.

Face à cette rente, les compagnies pétrolières exultent. À l’image de Total qui, l’an dernier, a engrangé 8,6 milliards d’euros de profits. Selon Éric Sellini, cette manne devrait doubler et avoisiner les 14 à 15 milliards d’euros en 2018. Un pactole que le gouvernement n’ose pas toucher. Pis, l’État n’hésite pas chaque année à distribuer les chèques. Pour Total, ce sont entre 70 et 80 millions d’euros au titre du crédit d’impôt recherche, et 40 millions de Cice. Alors que, selon France Info, la multinationale ne paierait pas d’impôt sur les sociétés sur une partie de ses activités en France.

Clotilde Mathieu

 

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