Clémentine Autain vient de vivre une semaine étrange. Elle s’est retrouvée au milieu des regards, des débats, seule face au reste des députés de La France insoumise (LFI). La cause : le manifeste rédigé par les rédactions de Mediapart, Politis et Regards pour l’accueil des migrants. Contrairement à la députée de Seine-Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon et les siens ont refusé de le signer. Un désaccord sur le fond qui a laissé place à la polémique. Plusieurs têtes à gauche ont regardé de travers les élus LFI, estimant que Mélenchon «minimise le sujet pour ne pas perdre les classes populaires qui s’opposent à la venue des migrants». Une accusation qui passe mal chez les Insoumis.

«On s’est dit les choses»

Le rendez-vous : mardi matin, les députés LFI se sont retrouvés au Palais-Bourbon pour leur réunion hebdomadaire. Le manifeste s’impose dans les discussions. Clémentine Autain se retrouve seule face aux seize autres députés. Tension. Accusations. «La réunion a été franche, on s’est dit les choses», souffle Ugo Bernalicis sans s’épancher sur les détails. Ils lui reprochent sa signature, sa justification – elle a publié un long texte sur les réseaux sociaux – et sa «naïveté». Un présent : «Nous avons un désaccord sur le fond, ce n’est pas le plus grave, mais elle ne se rend pas compte que les initiateurs du manifeste se servent d’elle pour affaiblir La France insoumise !»

Clémentine Autain compte des soutiens à l’extérieur du groupe. Un élu de gauche : «Elle a un avis, ce n’est pas le même que les députés insoumis, mais il est partagé par beaucoup de militants LFI. Mais comme Mélenchon pense que la terre tourne autour de lui, Clémentine morfle.» Un ami de la députée : «Jean-Luc n’a pas fait les choses à moitié, il lui a montré qu’il savait être méchant, la réunion, elle l’a vue passer.» Contactée par Libération, la députée de Seine-Saint-Denis refuse de «commenter» la situation. Pas envie de vivre une nouvelle réunion de groupe compliquée. Elle dit seulement qu’elle n’est pas«naïve», et qu’elle ne «regrette» pas sa signature. Le «sujet est trop important».

Petite touche de crispation

Résultat : l’ambiance n’est pas au top entre Autain et ses copains insoumis. Vendredi, un petit mail a ajouté une petite touche de crispation. L’équipe de presse de LFI a envoyé aux journalistes les lieux de mobilisation des députés du mouvement présents ce week-end aux rassemblements, un peu partout dans le pays, pour «sauver l’Aquarius et le sauvetage en mer». Et le nom de Clémentine Autain ne figure nulle part. Elle a écrit sur la boucle Telegram des députés, à la recherche d’explications. Une simple «erreur de communication», selon l’attachée de presse. Tout est rentré dans l’ordre.

Son inquiétude n’est pas fortuite. Ce n’est pas la première fois que Clémentine Autain se retrouve au milieu d’une baston interne. Il y a quelques mois, après une interview à Politis – elle militait pour la reprise du dialogue entre les familles de gauche –, la députée avait eu droit à une réunion houleuse et son nom et sa photo avaient disparu d’un événement. Un genre de punition.

Rachid Laïreche