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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 12:25
De quoi Zemmour est-il le nom?  La construction d'une nation face à la force de la xénophobie - Françoise Davisse et Carl Aderhold, réalisateurs de la série documentaire Histoires d'une nation (L'Humanité, 9 octobre 2018)

Provocations dangereuses et polémiques stériles

De quelle France Zemmour parle t-il? 

La construction d'une nation face à la force de la xénophobie

Françoise Davisse et Carl Aderhold

Réalisateurs de la série documentaire Histoires d'une nation

De livre en livre, la méthode Zemmour est la même: trouver des thèses qui servent sa cause chez quelques historiens (René Grousset sur les croisades) et essayistes (Robert Aron sur Vichy) du milieu du siècle dernier. 

Et d'accuser les historiens actuels de ne plus "assumer l'histoire de France". Ainsi débarrassé de l'apport de la recherche qui le contredit, il peut reprendre le vieux "roman national", décrire une France qui serait "en danger". Un "danger" qui n'existe pas. Mais ce qui existe, c'est le procédé qu'il reprend - celui des nationalistes, des essayistes d'extrême-droite, inauguré par Edouard Drumont. Il s'agit de vendre des livres dans lesquels l'auteur "ose" dénoncer la cause de tous les problèmes. Il se sent alors la victime de ceux qui le critiquent, preuve que lui seul dit la vérité: pour Drumont, il fallait démontrer, à partir des faits divers, de fausses révélations historiques, que les juifs étaient responsables, et que la République les protégeait. Pour Zemmour, ce sont les musulmans, et par extension les femmes, les intellectuels, etc. Même système aussi de reprise médiatique: Daudet pour Drumont, Ardisson pour Zemmour, des amis politiques mettent en avant l'obscure prose, puis tout le monde réagit, pour ou contre, et le phénomène existe. La décolonisation, les soubresauts du monde rendent chaque époque différente; demeurent les arguments sur le grand remplacement (les partisans de Drumont dénonçaient, en 1901, celui des Français par les ... Italiens à Marseille), les cultures antagoniques, avec in fine la haine de la démocratie. 

Pour autant, puisque l'Humanité nous interroge sur cette "France de Zemmour", c'est que se pose la question de la force de la xénophobie en France et de sa nature.

Nous avons travaillé deux ans sur l'histoire des rapports de la France et de ses immigrés, et nous sommes allés à la rencontre de descendants d'immigrés dans toute la France. L'histoire (des historiens, des chercheurs, bref de ces gens invalidés par Zemmour) est celle d'une nation qui se construit, qui se pose la question de son unité, de ceux qu'elle inclut ou qu'elle rejette. Sans cesse la nation oscille entre "liberté, égalité, fraternité" et une recherche vaine de "définition du Français" pour répartir qui a des droits et qui n'en a pas. Il y a, chez chacun, d'où qu'il vienne, ce vécu oscillant: comment me situer pour être reconnu, avec qui s'unir. Les moments "en or" pour les immigrés sont ceux où ils sont à égalité, donc, disons-le, les moments de mouvement social. Ainsi, la Libération, ce grand moment antifasciste, reste nationaliste, et les étrangers, si présents dans la Résistance, se voient refuser une place de citoyens. En revanche, la Résistance elle-même, 1936, l'après-68, 1981, ont été des "moments d'intégration" essentiels. Avec le bémol, chaque fois, de l'étouffoir sur les revendications propres aux "racisés" (de la dissolution de l'étoile nord-africaine en 1937 à la récupération de la marche des Beurs). 

Dans cette histoire, une surprise: nos témoins, plus de 90, ont quasiment tous évoqué les communistes, comme une évidence. Comme Minc, qui parle de la résistance communiste comme facteur d'intégration de ses parents; c'est aussiu Ramzi pour parler du Luth; les Amokrane pour parler de Toulouse; des Polonais pour le Nord; des habitants des Minguettes et de Villerupt pour la région lyonnaise et la Lorraine; de Jean Burgani pour les Italiens de Nogent; de Jean-Claude Assadourian pour Marseille. Comme une présence indélébile, municipale et militante des années 1920 aux années 1970: comme, aussi, un sentiment d'abandon, voire de trahison, à l'orée des années 1980. Cette histoire-là est sans doute à écrire et à interroger. En tout cas, c'est cette France-là que nous avons rencontrée.     

 

Hubert Coudurier - le patron du Télégramme - légitime le polémiste d'extrême-droite Eric Zemmour

   

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