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22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 06:46
Les vers éternels de Mahmoud Darwich, voix de la résistance palestinienne (Anne Berthod, Télérama, 17 septembre 2018)

Pour commémorer les dix ans de sa disparition, l’IMA et le festival Arabesques célèbrent les écrits du poète palestinien. Voix de l’exil, de la résistance et de la paix, il fut le plus grand poète contemporain de langue arabe. De Paris à Montpellier, son œuvre est à (re)découvrir à l’occasion d’un festival hommage et d’un récital. 

Il n’a jamais écrit de chanson mais remplissait des stades en déclamant des vers et de la prose : dix ans après sa mort, le festival Arabesques et l’Institut du monde arabe célèbrent le Palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008), immense poète contemporain. « Il était une couleur de notre drapeau, un artiste et un leader romantique : par ses valeurs humanistes, libertaires et politiquement engagées, il était le Federico García Lorca du monde arabe », résume le oudiste Adnan Joubran. Le 23 septembre, le trio Joubran participera notamment à une grande soirée hommage avec une dizaine d’artistes (Souad Massi, Magyd Cherfi, ex-Zebda, Kamilya Jubran…) : un plateau hétéroclite, à l’image d’un héritage qui continue d’inspirer les jeunes générations. « Il est le seul dans le monde arabe à s’être ancré dans les métriques anciennes de la poésie classique avec un vocabulaire aussi actuel »,rappelle la chanteuse et oudiste Kamilya Jubran. De la même façon, la Palestine était son socle, mais ses thématiques étaient universelles : « le poète des vaincus » était un apatride, qui nous parlait d’exil (presque trente ans passés entre Beyrouth, Moscou, Tunis, Le Caire et Paris), de résistance et de paix. Lyrique et poignante, son œuvre ne faisait qu’une avec sa vie d’homme. En voici les figures clés.

La mère… patrie

« J'ai la nostalgie du pain de ma mère, du café de ma mère, Des caresses de ma mère… Et l'enfance grandit en moi… » : ainsi commence Oummi, fameuse ode à sa mère (1966). Enfant de Galilée, Mahmoud Darwich a connu l’exil à 6 ans, quand sa famille a fui Saint-Jean-d’Acre, devenu israélien après 1948, pour le Liban. A leur retour, un an plus tard,« Akko » était devenu une ville juive et les Arabes ne pouvaient plus se déplacer sans autorisation – l’adolescent a souvent atterri en prison pour avoir bravé l’interdiction. C’est ce traumatisme qu’il exorcise adulte quand il parle de sa mère, symbole d’une enfance brisée et d’un foyer confisqué : à travers elle, le poète file la métaphore palestinienne de la patrie perdue, mais dit aussi la douleur de l’exil.

Marcel Khalifé

Chanté, rapé, samplé, Mahmoud Darwich a souvent été mis en musique, mais jamais autant que par le Libanais Marcel Khalifé, dont la chanson Oummi, par exemple, fut l’un des premiers hits. C’est grâce à ce « Bob Dylan du Levant », figure de proue de la chanson contestataire dans les années 1970, que Darwich, figure de l’intelligentsia peu connue alors du grand public, a pu avoir une telle résonnance. L’ami Khalifé a si bien porté ses mots qu’en 1999 il a été poursuivi par un tribunal à Beyrouth pour avoir cité le Coran dans la chanson O mon père, je suis Joseph, adaptée d’un de ses poèmes. Quelque deux mille fans chantèrent la chanson incriminée dans une manifestation de soutien, et le chanteur fut relaxé.

Yasser Arafat

« Aujourd'hui, je suis venu porteur d'un rameau d'olivier et du fusil du combattant de la liberté. Ne laissez pas tomber le rameau d'olivier de ma main », déclare Yasser Arafat à l’ONU en 1974. Le discours est signé Darwich, journaliste militant qui va devenir la plume de l’OLP. Il s’impose comme son leader spirituel avec Une mémoire pour l’oubli, récit (le seul de son œuvre) du siège de Beyrouth (1982), et entre même au comité exécutif. Il rompt avec l’organisation en 1993, déçu par les accords d’Oslo. Ses vers, toutefois, resteront des slogans. Jusqu’en 2011, quand Mahmoud Abbas déposera à l’ONU la demande de reconnaissance de la Palestine, sur ces mots :« Debout ici. Assis ici. Toujours ici. Eternels ici. »

Rita

Romantique avant tout, Darwich n’a jamais eu pour ambition d’être la voix du nationalisme arabe. Lui voulait être un poète de l’amour. La mystérieuse Rita, dont le nom a fait le tour du monde arabe grâce à Marcel Khalifé, est évoquée dès les premiers recueils (La Fin de la nuit, Les oiseaux meurent en Galilée…). En 1995, Darwich raconte enfin l’histoire de cette danseuse juive (nommée Tamar dans la réalité), rencontrée autrefois au bal du Parti communiste israélien, dont il était adhérent. La guerre des Six-Jours (1967) aura eu raison de leur intense idylle…« Entre Rita et mes yeux : un fusil. Et celui qui connaît Rita se prosterne. Adresse une prière. A la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel. » Rita incarne l’amour impossible. A travers elle, Darwich, toujours très métaphorique, pleurait à la fois la femme et sa terre bafouée.

L’absente

Opéré trois fois du cœur, Mahmoud Darwich avait pressenti sa mort. De Murale(2003) à Présente Absence (2006), son septième et avant-dernier recueil, il entame un dialogue intime avec elle. L’absente est cette mort qu’il tente d’apprivoiser. C’est aussi l’exilé, le déraciné, l’ami assassiné, l’impossible patrie, dont l’absence, au quotidien, fait présence. S’adressant dans Présente Absence à son moi à différents âges, Darwich fait le bilan poétique d’une vie d’errance et d’espoir : une sorte de testament, publié deux ans avant sa mort. Ecrits dans une prose magnifique (ce qui reste exceptionnel dans son œuvre), ces trente et un poèmes constituent une véritable élégie, entre fragments de mémoire vive et douloureuse mélancolie.

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