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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 05:43

 

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les chars russes et les troupes du pacte de Varsovie investissent la Tchécoslovaquie. Au petit matin, la capitale, Prague, est quadrillée par les militaires devant des habitants médusés.

«Ce fut à cinq heures dans Prague que le printemps s’obscurcit. » La chanson de Jean Ferrat Camarade exprime la colère et la tristesse des militants de gauche, des communistes en premier chef, à l’annonce de l’entrée des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Elle fait écho aux images de ce matin du 21 août 1968 : ces chars qui manœuvrent sur la place ­Venceslas face à des jeunes gens médusés qui tentent de dialoguer avec des tankistes aussi jeunes qu’eux.

Un choc à la dimension de l’espoir qu’avait éveillé le printemps de Prague, ce nouveau cours emprunté depuis le début de l’année par le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) pour insuffler la démocratie dans la vie politique et sociale, après des années d’arbitraire. Ce projet de « socialisme à visage humain », en rupture avec l’héritage stalinien, était largement soutenu par la population. Il ne modifiait pas la position stratégique du pays, qui demeurait membre du pacte de Varsovie, alliance militaire des États socialistes, et du Comecon, organe d’intégration économique de l’URSS et de ses alliés.

Toutefois, ces garanties ne suffisaient pas à calmer les inquiétudes du Kremlin, qui redoutait que le vent des réformes ne soufflât dans les autres capitales d’Europe centrale et orientale. Les dirigeants soviétiques ignoraient qu’en intervenant militairement à Prague, ils ruinaient la dernière chance de donner au modèle issu de la révolution d’octobre 1917 le second souffle qui aurait pu peut-être éviter la fin calamiteuse de l’Union soviétique deux décennies plus tard. Certes, l’histoire n’a pu trancher sur ce qui n’est qu’une hypothèse et restera une question en débat.

MÉCONTENTEMENT SOCIAL ET POLITIQUE

Au cours des années 1960, en Tchécoslovaquie, un pays aux fortes traditions communistes et où le PCT a joué un rôle majeur dans la résistance, un mécontentement social et politique sourd contre un pouvoir autoritaire et encore marqué du passé stalinien. Les terribles procès de Prague contre des dirigeants communistes comme Rudolf Slansky et Artur London, décrits dans le film de Costa-Gavras l’Aveu, ont laissé des traces profondes. L’économie hypercentralisée donne des signes d’essoufflement. Particulièrement visé par les critiques, le secrétaire général du parti, Antonin Novotny, est remplacé en janvier 1967 par le dirigeant slovaque Alexander Dubcek. Celui-ci annonce un programme visant à « réformer ce qui a été déformé ». Au centre du projet, l’affirmation des droits fondamentaux (presse, réunion, expression, circulation), l’abrogation de la censure, la démocratisation de la vie politique et le pluripartisme. Au plan économique, la réforme vise à augmenter l’autonomie des unités de production et les droits des travailleurs par les conseils d’entreprise. L’orientation socialiste est réaffirmée.

Les pressions soviétiques ne tardent pas pour tenter de réduire la portée des changements. L’hostilité de Leonid Brejnev est partagée par d’autres dirigeants comme Walter Ulbricht, le président de la RDA, ou Todor Jivkov, de Bulgarie. Le Hongrois Janos Kadar, dans un premier temps plutôt favorable aux réformes de Prague et qui tente une voie médiane dans son pays une décennie après l’insurrection de Budapest, se ralliera finalement aux vues de ses homologues. Plusieurs réunions se succèdent, à Dresde, à Cierna nad Tisou, à Bratislava, où les dirigeants de Prague sont sommés de s’expliquer et font figure d’accusés. Toutefois, la rencontre de Bratislava le 3 août semble présager d’une relative détente. Dubcek en ressort avec l’assurance que le 14e congrès du PCT pourra se réunir comme prévu en septembre. Les troupes soviétiques, qui viennent de participer à des manœuvres en Slovaquie, repassent la frontière. Les positions de Moscou ont aussi des relais au sein du PCT, où le camp des conservateurs, dirigé par Vasil Bilak, ne reste pas inactif, souhaitant ouvertement une « aide fraternelle » de l’URSS avant que les communistes ne plébiscitent le programme de Dubcek lors du congrès. L’agence Tass expliquera plus tard que le pacte de Varsovie a répondu à une demande « d’hommes politiques tchécoslovaques ».

Néanmoins, pour l’heure dans les rues de Prague, en ces chaudes journées d’août, le soir dans les tavernes à bière, la jeunesse se reprenait à croire en l’avènement d’un socialisme démocratique en Europe de l’Est. Aussi la surprise est-elle glaçante quand peu avant cinq heures du matin, le 21 août, Radio Prague annonce que toute la République tchécoslovaque est occupée. 200 000 soldats confluent dans le pays. D’importantes unités se concentrent devant le siège du comité central du PCT, au Château, la résidence du chef de l’État, et l’immeuble de la radio-télévision. Le gouvernement invite la population à ne pas s’y opposer par les armes. Les principaux dirigeants, Alexander Dubcek et le président Ludvik Svoboda, sont embarqués dans un avion pour Moscou. Ils en repartiront le 26 août après avoir signé le « protocole de Moscou », qui enterre le printemps de Prague avec tout son cortège d’espérances. 

Jean-Paul Piérot

 

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