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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:33

 

Les violences commises par Alexandre Benalla posent la question de la responsabilité de l’Élysée qui a dissimulé au parquet les faits survenus le 1er mai. Ces protections posent aussi la question du statut de ce collaborateur.

L’enquête est donc ouverte sur les faux policiers et vrais collaborateurs d’Emmanuel Macron. Après la révélation par Le Monde de l’identité d’un des deux hommes qui ont agressé des manifestants, le 1er mai, place de la Contrescarpe à Paris, Alexandre Benalla, alors adjoint au chef de cabinet du président de la République, le parquet de Paris a chargé la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) d’une enquête pour « violences par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ».

Le ministère de l’intérieur a annoncé parallèlement l’ouverture d’une enquête administrative entre les mains de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Les deux collaborateurs de l’Élysée ont en effet agi en présence et avec l’assentiment tacite des effectifs de police. La responsabilité de la hiérarchie policière qui les a introduits sur le terrain est donc posée.

Au-delà, les regards se tournent vers l’Élysée qui a autorisé leur « participation » à « une intervention auprès de la préfecture de police », selon les termes du préfet Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron. Et vers le président lui-même qui a confié une partie non négligeable de sa sécurité personnelle à Alexandre Benalla, ancien membre du service d’ordre du Parti socialiste, propulsé responsable de la sécurité d’En Marche!, avant d’intégrer l’Élysée.

Collectées sur les réseaux sociaux depuis hier, les nombreuses images le montrant à proximité immédiate du président prouvent son omniprésence. Or Emmanuel Macron dispose déjà de la protection du puissant Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), une unité mixte police-gendarmerie, dotée de quatre-vingts fonctionnaires aguerris. Analyse des questions en suspens.

La responsabilité de l’Élysée

Le 1er mai, alors que le président de la République entame une visite officielle en Australie, une manifestation particulièrement « stratégique » s’annonce à Paris, et les responsables de la sécurité publique parisienne annoncent « un dispositif de sécurité très renforcé à Paris » et la « mobilisation de 1 300 policiers et gendarmes ». Les syndicats policiers monteront au créneau pour dénoncer la « passivité » de leur hiérarchie face aux « blacks-blocs ». Depuis Sydney, Macron dénonce alors « les violences » provoquées par les manifestants radicaux. Est-il informé de la présence de son conseiller sécurité, et d’un de ses amis, sur place ? On l’ignore pour l’instant.

 

 

La réaction d'Emmanuel Macron après les incidents survenus lors de la manifestation du 1er mai. © DR

La réaction d'Emmanuel Macron après les incidents survenus lors de la manifestation du 1er mai. © DR

Au Monde, le préfet Patrick Strzoda explique qu’Alexandre Benalla l’avait « prévenu deux jours plus tôt qu’il souhaitait participer à une intervention » des forces de l’ordre, « pour voir comment se gérait une grande manifestation, à l’occasion du 1er Mai ». Cette participation est donc « autorisée » par le directeur de cabinet, en qualité « d’observateur ». Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l’Élysée a tenu à préciser que le chargé de mission qui « agissait dans le cadre de ses congés » – explication qui ne tient guère tant, de mémoire de collaborateur de cabinet présidentiel ou ministériel, on a rarement vu un collaborateur poser un jour de congé sur un jour férié… Le porte-parole a ajouté que Benalla avait « outrepassé [son] autorisation », « en intervenant physiquement pour participer à une opération de maintien de l’ordre ».

Patrick Strzoda explique avoir eu connaissance des faits le lendemain. Alexandre Benalla a été filmé alors qu’il interpelle lui-même deux personnes, place de la Contrescarpe, en compagnie d’un de ses amis, Vincent Crase, gendarme réserviste, et collaborateur occasionnel de l’Élysée. Le surlendemain des faits, Patrick Strzoda écrit un courrier au chargé de mission pour déplorer sa participation aux interpellations et son « comportement manifestement inapproprié », à savoir les violences qu’il a commises, et lui annoncer qu’il le suspend de ses fonctions, ainsi que son collègue, à compter du 4 mai, pour une durée de quinze jours.

La mise à pied, qualifiée de mesure sans précédent par l’Élysée, est en réalité problématique. Car un ou plusieurs délits ont été commis, notamment des violences physiques, qui auraient dû conduire Patrick Strzoda, et les services de l’Élysée, à transmettre au parquet, comme les y oblige l’article 40 du code de procédure pénale. « Ils ont préféré cacher les faits, et ne pas saisir le parquet », commente un avocat. Il leur reviendra d’expliquer ce silence coupable.

La responsabilité du collaborateur de Macron et de la hiérarchie policière

Le rassemblement de la place de la Contrescarpe, prévu après la manifestation en début de soirée, est rapidement dispersé, et les images montrent Alexandre Benalla accompagné de son ami Vincent Crase, et peut-être d’un troisième homme, procéder à deux interpellations, comme de vrais policiers en civils, couverts et entourés par des CRS.

On y voit Alexandre Benalla violemment frapper l’un des manifestants au sol. Les faits d’agression et de violence sont prouvés. Mais s’y ajoute un facteur aggravant, celui de l’usurpation de fonction. Le chargé de mission de la présidence, qui apparaît porteur d’un casque avec un écusson, ne pouvait en aucun cas procéder à une interpellation.

Il avait un statut de « stagiaire dans un dispositif de police », a commenté le syndicat des commissaires de la police nationale. « Il ne pouvait qu’observer, en aucun cas être acteur, encore moins utiliser la force. Une enquête devra éclaircir cette affaire honteuse qui dessert l’image des forces de l’ordre. »

« L'observateur est mis sous la responsabilité d'un commissaire sur le terrain, et doit rester avec ce commissaire. Il n'est pas là pour intervenir », a expliqué de son côté Denis Jacob, responsable Alternative Police CFDT à Europe 1. « Ce qui me surprend, c’est qu'on ne l’a pas équipé d'un matériel de protection civil, et qu’il ait porté un casque de police. » Sans oublier durant la manifestation, un brassard « Police », et aussi une radio.

L’inertie des CRS qui l’entourent lors de « l’interpellation » est aussi un aveu implicite de l’autorisation extensive dont il dispose. « Aucun policier n’intervient, c’est un truc de dingue, commente un syndicaliste. Les mecs ont eu carte blanche. Ils font ce qu’ils veulent. »

Le ministère de l’intérieur questionné par Mediapart a fait état d’un « accord » « entre M. Benalla et la préfecture de police de Paris ». Selon les fonctionnaires joints par Mediapart, une telle autorisation ne pouvait émaner que du préfet de police Michel Delpuech ou de son directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC), Alain Gibelin.

Le passif et l’amateurisme du chargé de mission

L’affaire est d’autant plus problématique que plusieurs incidents ont déjà émaillé le parcours d’Alexandre Benalla et que ces éléments sont connus d’Emmanuel Macron. L’homme venu au Parti socialiste via son service d’ordre avait été recruté comme chauffeur par l’équipe d’Arnaud Montebourg, puis rapidement licencié après un accident et une tentative de fuite.

Selon les informations du Parisien, Alexandre Benalla transportait une arme dans son scooter pendant la campagne d’Emmanuel Macron, dont il assurait la sécurité, alors qu’il ne disposait pas d’autorisation de port d’armes. Le 26 novembre 2016, un des pneus de son scooter crève. Il se fait alors aider par des photographes qui suivent Macron et, au moment de repartir, il leur dit qu’il a oublié une arme dans la selle du scooter. Un des photographes en question, Fabien Klotchkoff, raconte au Parisien : « Benalla m’explique que sa demande d’autorisation de port d’armes est en cours, c’est pour cette raison qu’il dissimule son arme dans la selle du scooter. »

Selon le quotidien, Alexandre Benalla a depuis obtenu une autorisation de détention d’armes, puis de port d’armes, par la préfecture de police de Paris, sollicitée par l’Élysée, « dans le cadre de ses fonctions à l’Élysée ».

D’après les Macron Leaks, en mars 2017, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron semblait pourtant persuadée qu’il détenait une telle autorisation. Le 9 mars 2017, Raphaël Coulhon, adjoint du trésorier de campagne, écrit : « Alexandre Benalla a un port d’armes, c’est sûrement aussi le cas de Christian Guedon, et peut-être Vincent Crase. Je ne sais pas s’ils sont armés au QG. »

Benalla fait une demande pour le moins inhabituelle : obtenir des armes pour la campagne. Le 8 mars 2017, il fait établir un devis pour deux pistolets lanceurs de balles en caoutchouc, dix pistolets à gaz lacrymogène, un Flash-Ball, des boucliers anti-émeute… Une demande qui suscite gêne et étonnement dans le staff de campagne (voir notre article ici).

C’est le directeur de campagne Jean-Marie Girier, devenu chef de cabinet de Gérard Collomb à Beauvau, qui tranchera : « Je viens de prendre connaissance d’une commande d’armes pour le mouvement. Il est bien évidement [sic] que nous n’allons pas acheter d’armes, ou de Flash-Ball pour les 40 jours restants. Je suis surpris que nous n’ayons pas été saisis d’une telle démarche. »

Ce n’est visiblement pas la première fois qu’Alexandre Benalla et son acolyte Vincent Crase essaient d’obtenir des armes. À tel point que le premier secrétaire général d'En Marche! et coordinateur des opérations durant la campagne, Ludovic Chaker s'en étonne ouvertement : « Nous avons déjà acquis plusieurs équipements depuis de nombreux mois, sans que cela n’émeuve personne. »

En réalité, la commande n’a pas été passée. Mais Alexandre Benalla et Vincent Crase reviennent sans cesse à la charge, en dépit du refus qui leur a été opposé. Le 21 mars, ils demandent un nouveau devis pour du matériel Flash-Ball, pour un montant de 1 350 euros.

Nouvelles interrogations dans le staff de campagne, nouveau refus et nouveaux agacements, notamment de Grégoire Potton, directeur des affaires générales à En Marche! : « Reviennent à la charge pour leurs pistolets. » Potton poursuit et liste toutes les demandes inutiles des deux amateurs d’armes. « … Ça devient épuisant », conclut-il.

Le duo est aussi épinglé pour son amateurisme, qui transparaît dans une appréciation du commissaire aux comptes de campagne au sujet de Vincent Crase : « D’après Infogreffe, son activité principale est la suivante : conseil pour les affaires et autres conseils de gestion. Ce n’est pas vraiment en adéquation avec les prestations mentionnées sur la facture. »

Ces éléments, parmi d'autres, jettent le trouble sur l'opportunité des nombreuses missions de sécurité confiées par la suite à Alexandre Benalla par la présidence de la République.

 

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