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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 10:32
Sur fond de péril rouge et de réunification de la droite, la réintégration et la réhabilitation des collaborateurs et des hommes de Vichy
Sur fond de péril rouge et de réunification de la droite, la réintégration et la réhabilitation des collaborateurs et des hommes de Vichy

En 1940, le régime de Vichy avait rallié une grande partie de la droite politique et des Français de droite, mais aussi des radicaux, et, beaucoup plus minoritaires, quelques socialistes. Gilles Richard écrit dans son Histoire des droites en France: "Il y eut à Vichy quelques socialistes et syndicalistes (René Belin, ancien secrétaire général adjoint de la CGT, fut ministre du Travail jusqu'en 1942), davantage de radicaux, notamment parmi les hauts fonctionnaires, comme René Bousquet ou Maurice Papon. Mais les hommes issus des partis de droite furent toujours de loin les plus nombreux autour de Philippe Pétain" (Perrin, 2017 - p.245).

Beaucoup d'historiens, contre la thèse d'un fascisme français de l'historien israélien Zeev Sternhell, accréditée par la nature de certains mouvements ultras de la Collaboration, nationaux-socialistes, parfois venus de la gauche (Doriot, Déat), considèrent au contraire que le régime de Vichy était moins l'expression d'un fascisme français que la prise de pouvoir des droites conservatrices, catholiques, réactionnaires, nationalistes, hostiles au Front Populaire (Azéma, Paxton, Gilles Richard, François Broche et Jean-François Muracciole). Ce qui n'empêche nullement que des fascistes de toute obédience aient été présents et actifs au sein du régime de Vichy.   

600 000 Français ont été victimes de la Seconde Guerre Mondiale, un tiers est tombé les armes à la main, le reste a disparu dans les bombardements, les massacres, en déportation, ou victime des combats internes, en France ou dans l'Empire. "Le régime de Vichy et les collaborationnistes, écrit Henry Roussi dans le premier chapitre ("la névrose") de son grand livre sur la mémoire de la Collaboration, Le syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours "sont directement responsables de la condamnation de 135 000 personnes, de l'internement de 70 000 suspects (dont de nombreux réfugiés politiques d'Europe centrale), de la révocation de 35 000 fonctionnaires. Victimes des lois d'exclusion, 60 000 francs-maçons ont été fichés, 6 000 ont été inquiétés, et 549 (sur 989) morts en déportation. De même, l'administration française et les partis à la solde des Allemands, chacun à leur manière, ont contribué à la déportation de 76 000 juifs français et étrangers, dont moins de 3% a survécu. Les mêmes ont œuvré à l'envoi en Allemagne de 650 000 travailleurs au titre du STO et ont mené une lutte sans répit à la Résistance et aux opposants en général".

La résistance a tué quant à elle environ 10 000 personnes en dehors des instances judiciaires, dont une bonne moitié environ avant le 6 juin 1944, donc en pleine occupation. Quant à l'épuration judiciaire, "sur les 160 287 dossiers examinés par les tribunaux militaires, les cours de justice et les tribunaux civils, 45% ont abouti a un non-lieu ou à un acquittement, 25% à la dégradation nationale et à la perte des droits civiques, 24% à des peines de prison, dont un tiers aux travaux forcés temporaires ou à perpétuité. Enfin, 7037 personnes ont été condamnés à mort, et 767 seulement exécutés. De même, l'épuration professionnelle, sans être très poussée ni équitable suivant les secteurs, a touché plus de 150 cadres et chefs d'entreprise, dont certains d'envergure, ou encore 700 fonctionnaires dans l'enseignement, pour ne citer que deux exemples" (Henry Rousso). La plupart des fonctionnaires qui ont exécuté les ordres (parfois criminels, comme pour l'arrestation des Juifs) de Vichy, même haut-gradés, restent en place.  

40 000 personnes sont emprisonnées à l'issue de leur procès pour des faits et des crimes de collaboration dans un premier temps. 100 000 personnes sont passés par la case prison pour attendre leur jugement prononçant la confiscation de leurs biens, leur licenciement, voire leur condamnation à mort.      

Les nostalgiques de la collaboration  ont été jusqu'à prétendre qu'il y aurait eu 100 000 ou 120 000 exécutions sommaires à la libération, c'est en réalité autour de 4500 (Robert Paxton, La France de Vichy - 1940-1944), ou 8000 à 10 000 (Henry Rousso). La violence des images des femmes tondues (peut-être 20 000 selon Fabrice Virgili) ne doit pas occulter la réalité d'une épuration relativement modérée. 

Et l'épuration a été relativement modérée, sélective, au grand damne d'ailleurs des communistes qui réclamaient plus d'intransigeance pour purifier le corps social des fascistes et des sympathisants nazis et faire justice aux résistants sacrifiés, pour sanctionner aussi les élites sociales et économiques qui, par haine du Front Populaire, ont trahi et tendu les bras à Pétain et Hitler.    

En revanche, "le sort des intellectuels et chefs de parti résolument fascistes dans un Paris occupé est tranché sans appel. Placés au beau milieu du podium, ils ont dit des mots qui vont les condamner une fois la Libération venue. La chance aidant, certains trouvent refuge à l'étranger: Déat, dans un monastère italien, Céline, au Danemark, Drieu la Rochelle préféra se suicider. Robert Brasillach, Georges Suarez, Jean Luchaire sont fusillés. Doriot est tué sur une route allemande en 1945 quand un avion mitraille sa voiture. Darnand est exécuté le 10 octobre 1945. Les tribunaux infligent des peines très sévères aux miliciens, cadres ou hommes de troupe, dont on sait à l'évidence qu'ils ont combattu la Résistance" (Robert O. Paxton, La France de Vichy). 

Laval qui avait voulu fuir par l'Espagne franquiste, mais qui avait été renvoyé en Allemagne, où les Américains l'avaient livré aux Français, est fusillé le 15 octobre 1945 après sa condamnation à mort par la Haute Cour de Justice.       

Marcel Déat, ancien socialiste passé au camp de la collaboration radicale, finira lui sa vie dans un couvent de Turin en 1955, fidle à ses vieilles convictions antisémites et fascistes. 

Pétain est lui jugé par André Mornet, ancien commissaire du gouvernement dans les procès de trahison de la Grande Guerre, qui a requis la peine de mort devant la Haute Cour contre Pétain alors qu'il s'était porté volontaire pour faire partie du tribunal de Riom trois ans plus tôt et qu'il avait fait partie de la Commission de révision des naturalisations mises en place par Vichy, un moyen de déchoir de leur nationalité des réfugiés d'Europe de l'est, et surtout des Juifs, prélude à leur arrestation, leur internement, leur déportation.   

En 1944, la victoire des Alliés et de la Résistance, jointe aux horreurs de la guerre, de la Collaboration, et à l'extrême brutalité des alliés de ce régime, l'Allemagne nazie, décrédibilise en grande partie la droite et ce régime aux yeux des Français.  La droite traditionnelle, non gaulliste et résistante, est totalement déconsidérée. 302 députés et sénateurs sont d'ailleurs touchés par des mesures d'inéligibilité consécutives au vote des pleins pouvoirs à Pétain ou à la participation au régime: 163 d'entre eux appartenaient au centre et à la droite parlementaire de 1936, 79 viennent de la famille radicale, et 52 de la SFIO. 

François Broche et Jean-François Muracciole écrivent dans Histoire de la collaboration (1940-1945) - édité en 2017 chez Tallandier: 

" L'entreprise de réhabilitation du régime de Vichy, du maréchal Pétain et de la Collaboration est engagée dès la Libération. " En 1945, Henri de Kerillis, homme de droite proche de Georges Mandel et de Paul Reynaud avant guerre, farouchement anti-communiste et ne supportant pas leur présence au gouvernement écrit un De Gaulle dictateur

A partir de 1947, les communistes sont exclus du gouvernement par Ramadier car ils refusent de justifier l'austérité salariale et les grèves ouvrières réprimées. La coalition des trois grands partis de la Libération - MRP (centre catholique), socialiste, communiste - vole en éclat. En 1951, c'est aux tours des socialistes d'être éjectés du gouvernement sur le problème de la guerre scolaire et de leur refus des subventions publiques aux écoles privées catholiques. 

Comme après le Front Populaire, dans un contexte de guerre froide, le péril rouge remet en selle la droite la plus réactionnaire, d'autant que le début de la guerre d'Indochine va pouvoir rapprocher les nationalistes, au nom de la défense de l'Empire et de l'anti-communisme, qui ont accepté la collaboration et ceux qui défendaient la résistance. 

Henry Rousso, dans Le syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours rappelle que en 1947, l'expression d'une extrême-droite nostalgique qui relève la tête après l'épuration est à nouveau possible:

"En 1947, ce courant prend un relatif essor avec la sortie du premier numéro des Ecrits de Paris, de René Malliavin, et la réapparition d'un organe permanent et autorisé de l'Action Française, Aspects de la France. En 1951, le même Malliavin fonde Rivarol, en hommage au contre-révolutionnaire qui combattait la Terreur comme lui et ses amis combattent l'épuration. On y retrouve quelques belles plumes du Paris occupé, Alfred Fabre-Luce et Marcel Jouhandeau, et de jeunes talents prometteurs comme François Brigneau, futur éditorialiste de Minute".

 "Se forge cette année-là un nouveau concept, très prisé de la droite: "le résistantialisme", écrit avec un et non un c , comme dans résistancialisme. La différence est fondamentale. Dans le premier cas, la connotation péjorative désigne les résistants, particulièrement les fanfarons de la dernière heure (du moins est-ce le prétexte invoqué). Il laisse ainsi intact la Résistance, dont la définition se fait de plus en plus lâche. En attaquant les hommes, la droite néo-vichyste tente de récupérer un symbole toujours positif dans l'opinion, tout en dénonçant l'action néfaste des épurateurs. 

L'extrême-droite nostalgique essaye de salir la résistance par la prétendue violence arbitraire de l'épuration, ainsi le chanoine Desgranges, député du Morbihan, qui fonde la confrérie, filiale de l'ordre Notre-Dame de la Merci, aux fins de soulager le sort des victimes de la nouvelle "Terreur". En 1948, il fait paraître un pamphlet, best-seller de référence: les Crimes masqués du résistantialisme : 

"Le "résistantialisme" est à la Résistance ce que le cléricalisme est à la religion, le libéralisme à la libertén et, comme dirait Sartre, la nausée à la vie. C'est l'exploitation d'une épopée sublime par le gang tripartite à direction communiste" 

(cité par Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours)   

" En 1946, rappelle Henry Rousso, le chanoine Desgranges a participé à la création de l'Association des représentants du peuple de la IIIe République. Elle regroupe maires et députés déclarés inéligibles, dont quelques résistants (élus aux municipales d'octobre 1945, après la levée de leur inéligibilité) et surtout d'anciennes personnalités de l'Etat français défunt, comme Paul Faure et Pierre-Etienne Flandrin. En mars 1948, l'association organise un "Banquet des mille", en souvenir des banquets de 1848. On y défend l'idée d'amnistie, on fait l'apologie du "maquisard probe et sincère", des ministres de Vichy qui "signaient des traités secrets avec l'Angleterre" et on condamne les collaborateurs et faux résistants criminels. Le plus étrange est que cette association, tout en oeuvrant pour la réhabilitation des épurés politiques, se réclame d'abord de la IIIe République. Pour elle, Vichy n'a été qu'une simple émanation du vote parlementaire du 10 juillet 1940, et c'est aux députés, sénateurs et maires de la IIIe que s'en prend, selon eux, le nouveau régime, par le biais de l'inéligibilité. Beaucoup se retrouvent en 1948 au sein du Centre national des indépendants", - le CNRI qui deviendra CNIP en février 1951, et où se fond l'UDI de Raymond Marcellin (Giscard sera élu député du CNIP en 1956).   

Au tournant des années 50, le colonel Remy, proche compagnon du général de Gaulle, entend réhabiliter des figures de la droite vichyste et défendre la réhabilitation des anciens collaborateurs, soi-disant des Résistants discrets, en secret, comme Pétain.

"Né le 6 août 1904 à Vannes, homme d'affaire et réalisateur de cinéma, Gilbert Renaud, dit Remy, est comme on dit "une grande figure de la Résistance". Ses sympathies pour l'Action Française ne l'empêchent pas de refuser l'armistice et de s'engager dès juillet 1940 dans les services secrets de la France Libre dirigés par le colonel Dewavrin, futur colonel Passy, autre figure légendaire. Fondateur du réseau Confrérie Notre-Dame, il prend l'initiative d'une rencontre avec les FTP et convoie jusqu'à Londre, en janvier 1943, Fernand Grenier, représentant du parti communiste. (...) Très proche du général de Gaulle, il participe en avril 1947 à la fondation du RPF, devient membre de son comité exécutif.." ( Henry Rousso). 

C'est en 1949 que Remy va se rapprocher d'anciennes figures pétainistes comme l'amiral Auphan, proche de Weygand, ancien secrétaire d'Etat à la Marine de Vichy. En 1950, Remy dénonce publiquement avec le chanoine Desgranges les "crimes" de la Libération, les tribunaux d'exception. Il défend l'idée d'une attitude complémentaire de Pétain - la résistance discrète de l'intérieur- par rapport à celle de de Gaulle. La fameuse thèse du "bouclier" (Pétain) et de "l'épée" (de Gaulle) que développera Robert Aron dans son Histoire de Vichy. 

Remy finira membre du Front National de Jean-Marie Le Pen. 

Le 9 novembre 1950, lors de la discussion sur le projet de loi d'amnistie, les députés Louis Terrenoire et Edmond Michelet déposent un amendement demandant la libération de Pétain. Il est repoussé par 466 voix contre 98 mais la motion des élus MRP ralliés au RPF a recueilli le soutien d'une bonne partie des élus de droite. Même au sein du RPF fondé par de Gaulle s'expriment à cette époque des sympathies pro-pétainistes. 

L'offense pour l'oubli et l'amnistie commence en 1948 et est portée par la droite, les démocrates-chrétiens du MRP, qui ont recyclé plusieurs élus et notables qui n'étaient pas hostiles à Vichy, et le RPF.  "Les partisans de l'amnistie avancent cinq grands arguments: la clémence, la réparation des injustices de l'épuration, la réconciliation des Français, la nature politique de certains délits commis sous l'Occupation, et enfin l'exemple donné par l'Allemagne et l'Italie, déjà sur la voie de la réconciliation nationale" (Henry Rousso). En Allemagne et en Italie, ce sont les Américains et la droite, la mafia et l'Eglise en Italie, remis en selle contre la Résistance communiste par les Américains, qui encouragent à réintégrer les anciens fascistes pour contenir la menace communiste.

"En face, les communistes, violemment hostiles à toute forme d'amnistie, dénoncent pêle-mêle la renaissance d'un néo-fascisme, l'Allemagne avec la volonté d'absoudre les collaborateurs. Quant aux socialistes, ils acceptent le principe de la grâce mais pointent un doigt menaçant en direction des manifestations de réhabilitation. Minoritaire au Parlement, la gauche ne peut empêcher la promulgation de la loi d'amnistie aux auteurs de faits ayant entraîné l'indignité nationale et une peine de prison inférieure à 15 ans. Elle prévoit également des mesures individuelles pour les incorporés de force, les mineurs de moins de 21 ans et ceux dont la peine est presque purgée. Large dans son principe, elle ne concerne ni les crimes graves, ni les décisions de la Haute Cour, supprimée l'année précédente en même temps que les cours de justice.

C'est une première atteinte sérieuse, non plus à l'idéologie de la Résistance, déjà moribonde cinq ans après la fin de la guerre, mais à sa mémoire. Grâce à cette loi, des fascistes notoires, des nostalgiques de Vichy, peuvent non seulement refaire surface, on l'a vu, mais retrouver leurs prérogatives publiques et surtout se faire élire, sans avoir, comme Antoine Pinay, à passer devant les jurys d'honneur. Grâce à elle aussi, les prisons de l'épuration peuvent commencer à se vider".  

 (Henry Rousso).           

En juin 1951, la liste UNIR (Union des indépendants républicains) obtient 288 089 voix. Elle a été fondée par Jacques Isorni, l'avocat de Pétain. La liste obtient trois élus qui se réclament de la pensée du maréchal, auquel il faut ajouter Jacques Le Roy Ladurie, ancien ministre de l'agriculture du gouvernement Laval, élu sur une autre liste d'indépendants. 

Un mois après, le 23 juillet 1951, le maréchal Pétain meurt à 95 ans à l'île d'Yeu. Dès 1948 s'était constitué un comité d'honneur pour sa libération, présidé par Louis Madelin. Le 6 novembre 1951 est fondée l'Association (loi 1901) pour défendre la mémoire du maréchal Pétain, jamais interdite et toujours active de nos jours. L'ADMP compte à sa tête plusieurs généraux et amiraux (Huntziger, Auphan, Lacaille, Héring), des anciens ministres de Vichy (Jean Borotra, Georges Lamirand, François Lehideux) et le colonel Remy, caution pour rallier les "pétaino-gaullistes".   

Forte du premier succès de la loi d'amnistie, "la droite pousse plus loin son avantage. Un second débat s'ouvre en juillet 1952, cette fois pour m'amnistie totale. Le mot d'ordre d'"unité nationale", l'union sacrée contre les communistes prédominent dans son argumentaire. D'autant que le danger extérieur n'est plus allemand, mais soviétique". "La seconde loi d'amnistie est votée le 24 juillet 1953 par 394 voix contre 212". (Henry Rousso)  

Au total, l'effectif des 40 000 personnes emprisonnées pour faits de collaboration en 1945 a évolué comme suit: 

1945    40 000

1948 (décembre)    13 000 (loi d'amnistie de 1947)

1949 (octobre)   8000

1951 (janvier)     4000

1952              1570 (loi d'amnistie de 1951) 

En 1952, dans une retentissante Lettre aux Directeurs de la Résistance, Jean Paulhan, qui avait couvert et protégé Aragon pendant la guerre,éminence grise des éditions Gallimard et membre du Comité National des Ecrivains affirme que "Maurras, Brasillach ni Pétain n'ont jamais été jugés", que 400 000 Français ont été victimes de l'épuration "au mépris du Droit et de la Justice" et qu'entre 1940 et 1944, le "gouvernement légal de la France était à Vichy".   

Dans l'épilogue de leur Histoire de la collaboration, François Broche et Jean-François Muracciole écrivent: en  1953, "le combat pour la réhabilitation de Vichy est en bonne voie: l'anticommunisme de guerre froide et les conflits de la décolonisation brouillent les clivages de la guerre; les collaborateurs sont maintenant aministiés (1953); le RPF et de Gaulle sont de plus en plus hors jeu; l'édition vichyste et néovichyste est florissante (Nouvelles Editions Latines, Self, L'Elan, Editions du conquistador, France-Empire, A l'Enseigne du Cheval Ailé)". Plon, éditeur du général de Gaulle, publie aussi des anciens ministres de Vichy comme Yves Bouthillier.   

Le 12 janvier 1953, devant le tribunal de Bordeaux, c'est le procès des 21 rescapés de la division Das Reich responsables du massacre des 642 habitants d'Oradour-sur-Glane. Parmi 14 français alsaciens, des "malgré-nous", qui ont fini déserteurs de la SS, intégrant pour certains des FFI ou FFL. Le verdict tombe en février: 2 condamnations à mort pour les gradés, des peines de prison et de travaux forcés pour les Allemands et les Français. A la suite de ce procès, le président du Conseil René Mayer fait mettre en discussion un projet de loi d'amnistie pour les incorporés de force. Le projet de loi réunit 300 voix contre 228: les communistes, une majorité de socialistes, un tiers des radicaux votent contre. Le 21 février 1953, les Alsaciens sont libérés.        

En 1953, c'est le Tito limousin, Georges Guingouin, communiste jusque quelques mois plus tôt (mais solidaire de Marty et Tillon, et démissionnaire), ancien chef des FFI de Limoges, qui est mis au banc des accusés pour l'exécution en août 44 d'une quarantaine de personnes par le tribunal militaire de Limoges.  

Robert Paxton rappelle que René Coty, président de la République en 1953, a voté "oui" en juillet 1940 pour les pleins pouvoirs à Pétain. La même année, deux personnalités du régime de Pétain entrent dans un gouvernement de la IV e République: André Boutemy, ancien préfet, a le portefeuille de la santé, et Camille Laurent, responsable de la Corporation Paysanne, celui de l'Agriculture.    

A la veille de 58, l'homme politique préféré des français est Antoine Pinay, ancien combattant de 14-18, adhérent des Poilus de la Loire, qui haïssait le Front populaire, vénérait le maréchal, et avait été nommé au Conseil national en 1941. Il ne se révolta contre Vichy qu'à l'occasion de la réforme des Conseils Départementaux prévoyant la nomination plus que l'élection des représentants locaux.   

En 1958, l'écrivain collaborationniste Paul Morand se présente à l'Académie Française. Jules Romains écrit dans l'Aurore: c'est "la revanche de la Collaboration sur une France qui avait eu le tort de se refuser à l'ennemi avant de la chasser et sur une élite intellectuelle qui avait préféré l'hostilité au pouvoir, les risques de la Résistance ou l'exil à la faveur de l'occupant".  Il est barré par la polémique sur son passé d'écrivain de la Milice mais il entrera sous la coupole en 1968. 

1958 va être un tournant: le retour du général de Gaulle au pouvoir et les péripéties de la guerre en Algérie vont donner un nouvel élan à la réhabilitation de Vichy, car au renforcement de l'extrême-droite lié au refus du processus conduisant à la fin de la guerre d'Algérie et à l'indépendance algérienne. Les résistants George Bidault et Jacques Soustelle, partisans de l'Algérie Française, comme le colonel Remy 10 ans plus tôt, se mettent à réhabiliter Pétain. Mabire écrit avec beaucoup de complaisance l'épopée tragique des SS français de la "Division Charlemagne". Des publications d'extrême-droite - Minute, Crapouillot, Le Spectacle du Monde, Valeurs actuelles - recrutent des journalistes collaborationnistes comme Lucien Rebatet. Dans le même temps des écrivains qui furent proches de la Collaboration s'expriment violemment contre de Gaulle et pour l'Algérie Française: Jean Anouilh, Marcel Aymé, Michel Déon, Alfred Fabre-Luce, Jacques Laurent, Paul Morand, Roger Nimier (François Broche et Jean-François Muracciole). Radio Courtoisie dirigée par Jean Ferré puis par Henry de Lesquen, membre du Club de l'Horloge, va bientôt porter cette réunification de la droite nationaliste et réactionnaire et la réhabilitation de Vichy.    

Trois cas sont exemplaires de cette amnésie progressive et de cette réhabilitation des hommes de Vichy:

- le préfet René Bousquet, haut-fonctionnaire parrainé par un radical-socialiste, organisateur de la rafle du Vélodrome d'hiver de juillet 42 et de celles d'août 42 en zone sud, puis de la rafle de Marseille en janvier 1943, proche de Mitterrand après-guerre, passé entre les mailles de l'épuration, et entreprenant à partir des années 50 une florissante carrière d'homme d'affaire et d'influence, qui n'est inculpé qu'en 1991 pour crime contre l'Humanité grâce à la plainte de Serge Klarsfeld et de la Ligue des Droits de l'Homme et est assassiné en 1993 avant son procès. 

- Paul Touvier, chef régional de la Milice de Lyon, responsable de l'assassinat de Victor Bash, fondateur de la Ligue des Droits de l'homme, et des sept Juifs de Rilleux-la-Pape, deux fois condamné à mort par contumace après la guerre, caché et protégé par des hommes d'église, qui collabore avec Jacques Brel sous une fausse identité, est gracié par le président Pompidou (1971) avant d'être condamné à la réclusion perpétuelle par la cour d'assises de Versailles en 1994.  

- Maurice Papon, secrétaire général de la Gironde sous l'Occupation, responsable de la déportation des Juifs de Bordeaux, qui redevient secrétaire général de la préfecture de police de Paris, préfet régional en Algérie, organisateur d'une répression féroce contre les partisans de l'indépendance (en Algérie et à Paris, Charonne, les manifestants algériens jetés dans la Seine à Paris), puis député de 68 à 78, et ministre de Raymond Barre entre 1978 et 1981. Maurice Papon a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Bordeaux en 1998 pour complicité de crime contre l'Humanité.  

Notes de lecture et synthèse par Ismaël Dupont - 9 juillet 2018 

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