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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:47

 

Entendu lundi par la commission d’enquête sur l’affaire, le ministre de l’intérieur devra dire ce qu’il sait des missions confiées à Alexandre Benalla par Emmanuel Macron. Selon nos informations, Gérard Collomb a rencontré le conseiller présidentiel le soir même du 1er mai à la préfecture de police de Paris. Officiellement informé dès le 2 mai des violences de la Contrescarpe, il n’a pas averti la justice.

Le ministre de l’intérieur Gérard Collomb est au pied du mur. Il doit prêter serment de dire la vérité, lundi, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale dans l’affaire Benalla. Dire la vérité ou renvoyer la balle peut-être vers le préfet de police, comme il l’a déjà fait devant le Sénat, jeudi. À défaut de pouvoir renvoyer sur l’Élysée, pourtant au cœur de l’affaire.

Si le ministre de l’intérieur n’a été informé qu’a posteriori des violences commises place de la Contrescarpe par Alexandre Benalla et son compère Vincent Crase, gendarme réserviste et vacataire de l’Élysée, le ministre de l’intérieur était parfaitement informé du rôle dévolu au conseiller d’Emmanuel Macron en matière de sécurité.

Selon nos informations, Gérard Collomb a rencontré Alexandre Benalla, le soir du 1er mai, lors de sa venue dans les locaux de la préfecture, quelques heures à peine après les incidents de la Contrescarpe. Il lui aurait même fait l’accolade. Une fois informé des incidents, il a, comme les supérieurs hiérarchiques de Benalla à l’Élysée, et les fonctionnaires de la préfecture de police, couvert de facto ces faits de violences, en se gardant bien d’en référer à l’autorité judiciaire.

Le chargé de mission d’Emmanuel Macron était officiellement accueilli en tant « qu’observateur » aux opérations de maintien de l’ordre du 1er mai à Paris. Pourtant, il a pris part régulièrement à des réunions de débriefing de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). On peut supposer que le ministre de l’intérieur était parfaitement informé de sa présence et qu’il l’a tolérée.

Dimanche, une information judiciaire a été ouverte et un juge d’instruction a été désigné, à l’issue des gardes à vue d’Alexandre Benalla, de Vincent Crase, et des trois fonctionnaires de la DOPC mis en cause pour avoir transmis un enregistrement de la vidéosurveillance de la Contrescarpe, après avoir été, pour deux d’entre eux, présents sur les lieux.

Pour l’heure, l’enquête judiciaire vise les faits de violence et d’interpellation abusive – « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail », « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique » – mais aussi l’équipement porté par les faux policiers interpellateurs – « port sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique », « port d’arme prohibé de la catégorie B ». Les fonctionnaires de la DOPC se voient reprocher une « violation et recel de violation du secret professionnel » et de « détournement et complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ». Les cinq suspects ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire dimanche soir.

La venue de Gérard Collomb à la préfecture, le soir du 1er mai, est connue. Une photo du ministre dans la salle de commandement de la PP, aux côtés du préfet Michel Delpuech et d’Alain Gibelin, le patron de la DOPC, est d’ailleurs postée sur Twitter. Alexandre Benalla n’apparaît pas sur ce cliché, mais il est présent lors cette visite, ainsi que le rapportent plusieurs fonctionnaires.

En voyage officiel en Australie, le président de la République poste ce jour-là sur Twitter un message condamnant « les violences qui ont dévoyé les cortèges du 1er Mai ». Il évoque les violents incidents provoqués par les Black Blocs autour de la gare d’Austerlitz, à Paris, qui ont été suivis sur place par son conseiller, alors équipé, selon les images, d’un brassard « Police ». « Cette année, la manifestation du 1er Mai était un gros test pour Macron, commente un proche du dossier. Il ne voulait sans doute pas de plusieurs heures d’affrontement dans le Quartier latin. Avoir un homme comme Benalla sur le terrain pouvait lui permettre de suivre la situation ainsi que d’intervenir au cas où les CRS seraient trop passifs. »

Mise en évidence par plusieurs images à différents moments de la journée, la présence du conseiller élyséen, escorté par un salarié d’En marche, Vincent Crase, et un commandant de police de la DOPC chargé de la liaison avec l’Élysée, reste à expliquer. La justification livrée au Monde par Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, selon laquelle Alexandre Benalla souhaitait « voir comment se gérait une grande manifestation, à l’occasion du 1er Mai », ne convainc pas. D’autant que le conseiller semble avoir disposé sur le terrain d’une radio Acropole, lui permettant un contact effectif avec l’état-major de la préfecture, et qu’il était régulièrement invité à participer à ses réunions de maintien de l’ordre.

 

«Un acte inadmissible»

Jeudi, lors d’une courte intervention au Sénat, Gérard Collomb a condamné « sans ambiguïté » l’intervention d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase place de la Contrescarpe. « Un acte inadmissible », d’après lui. Les deux hommes « avaient été autorisés par la préfecture de police de Paris, à assister en tant qu’observateurs, et observateurs seulement, au déroulement d’un service de maintien de l’ordre d’une manifestation ».

Or, selon plusieurs fonctionnaires, le ministre a été averti dès le 2 mai de l’action de Benalla place de la Contrescarpe. Vraisemblablement, lors de la réunion d’État-major tenue en début de matinée, au ministère. Aucune suite judiciaire ou administrative n’est alors donnée aux violences exercées par Alexandre Benalla, et aucune sanction n’est prise contre les fonctionnaires de police qui ont accompagné et assisté le conseiller dans cette action, tombant pourtant sous le coup de la loi.

Alexandre Benalla avec Emannuel Macron. © Reuters

Selon une source proche du dossier, le lendemain de la manifestation, Alain Gibelin, le patron de la DOPC, demande au commissaire Maxence Creusat de faire une réquisition pour obtenir toutes les vidéos des manifestations en vue de procéder à un « Retex », retour d’expérience visant à analyser les incidents de la manifestation du 1er Mai dans la capitale. Une démarche classique.

Le commissaire Creusat s’exécute immédiatement. Le jeune fonctionnaire, à peine âgé de 30 ans, mais qui bénéficie déjà d’une solide réputation au sein de la police, était aux premières loges des affrontements de la manifestation. Y compris sur la place Contrescarpe, où il a lui-même participé à l’interpellation du manifestant frappé quelques minutes plus tôt par Alexandre Benalla, le conseiller d’Emmanuel Macron (relire nos enquêtes ici et ).

Les faux policiers de l'Elysée lors de la manifestation du 1er mai. © Document Mediapart

D’après la même source, Gibelin demande également à Creusat de transmettre, en complément du « Retex », les images des violences de la Contrescarpe, dont la hiérarchie policière a rapidement besoin… Ces vidéos ont ensuite été transmises le jour même au ministre de l’intérieur Gérard Collomb, ainsi qu’à Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, qui en a rendu compte dans la foulée au président de la République.

C’est à la suite de cette alerte que l’Élysée a décidé de suspendre Alexandre Benalla pendant quinze jours, mais sans faire le moindre signalement à la justice. Dans l’espoir que cette affaire ne sortirait pas.

Le contenu de ces vidéos a ensuite été conservé jusqu’au 18 juillet, jour des révélations du Monde, alors que, en dehors de toute procédure judiciaire, la durée de conservation des images de vidéosurveillance est en théorie limitée à un mois. Qui a donné l’ordre de conserver les bandes au-delà du délai autorisé ? Pour quelles raisons ? L’enquête judiciaire et celle de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) devront le déterminer.

Le 18 juillet, au soir de la publication du premier article révélant les violences perpétrées par Alexandre Benalla, la DOPC se remet en branle. Le commissaire Creusat appelle, selon nos informations, le chef d’état-major de permanence, Laurent Simonin, pour le prévenir de la teneur du papier. Quelques instants plus tard, sans qu’il soit encore possible d’en établir la justification précise, Maxence Creusat échange par téléphone avec un membre de la sécurité de l’Élysée, pour organiser la transmission des bandes de la place Contrescarpe. Le fonctionnaire de police s’exécute à nouveau, interprétant cette demande comme un ordre hiérarchique.

Selon le Journal du dimanche, Alexandre Benalla a expliqué aux enquêteurs s’être rendu comme « observateur » à la manifestation, et que « son référent policier », un major de la DOPC assurant la liaison avec l’Élysée, lui aurait « fourni casque, brassard et radio ». Le chargé de mission d’Emmanuel Macron se serait par ailleurs retranché derrière l’article 73 du code de procédure pénale pour justifier d’avoir « prêté main-forte aux forces de l’ordre » face à un flagrant délit. Pendant plus de deux mois, le ministre de l’intérieur semble avoir épousé cette version.

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