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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:00

 

L’adolescente palestinienne, qui avait été filmée  en train de frapper des soldats israéliens en Cisjordanie en décembre 2017, a été libérée après avoir été condamnée à huit mois de prison.

Elle a fêté ses 17 ans en prison, mais elle est désormais libre. Au terme d'une peine de huit mois de prison en Israël, Ahed Tamimi a été libérée dimanche 29 juillet. Elle a pu rejoindre la Cisjordanie accompagnée de sa mère, également incarcérée après la diffusion d'une vidéo, devenue virale, où l'on voit Ahed Tamimi gifler deux soldats israéliens à Nabi Saleh, un village du territoire palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

 

Nous republions ci-dessous notre article publié le 22 mars, au lendemain du procès de l'adolescente alors âgée de 16 ans.

 

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Jérusalem,  de  notre  correspondante.  -   L’affaire très médiatisée d’Ahed Tamimi promettait un procès fleuve. Mais coup de théâtre, ce mercredi 21 mars, le tribunal militaire israélien d’Ofer, en  Cisjordanie, a approuvé un accord conclu entre le procureur et la famille de la jeune Palestinienne. L’adolescente de 17 ans écopera finalement de huit mois de prison, dont trois déjà effectués, et d’une amende de 5 000 shekels, soit un peu moins de 1 200 euros.

Une sentence jugée « indulgente ». Certains commentateurs avaient prédit à la jeune femme jusqu’à sept ans d'enfermement. En échange,     Ahed Tamimi a accepté de plaider coupable pour quatre chefs d’accusation pour agression contre des soldats israéliens. Les faits concernent la vidéo devenue virale dans laquelle on la voit bousculer puis frapper deux militaires dans son village de Nabi Saleh en Cisjordanie le 15 décembre dernier, ainsi que trois autres incidents antérieurs du même acabit.

La mère d’Ahed Tamimi et sa cousine, qui ont respectivement filmé et participé à la fameuse vidéo, ont également conclu un accord avec le procureur militaire. La première écope également de huit mois de prison pour incitation à la violence sur les réseaux sociaux, et la seconde de 16 jours de prison, un temps d’incarcération qu’elle a déjà effectué.

À l’origine, la justice militaire israélienne avait retenu douze chefs d’accusation contre Ahed Tamimi. Huit charges, incluant jets de pierre ou encore incitation à la violence, ont donc été abandonnées par le tribunal. Selon l’avocate de la jeune Palestinienne, Gaby Lasky, ce retournement montre qu’Ahed Tamimi, arrêtée chez elle le 19 décembre 2017, n’aurait jamais dû être maintenue en détention dans l’attente de son   procès.

«  Le  fait  que  l'accord  de  plaider-coupable prévoit l'abandon de tous les chefs d'accusation qui ont permis de la détenir jusqu'à la fin de la procédure judiciaire est la preuve que l'arrestation de Tamimi au milieu de la nuit et les poursuites judiciaires contre elle étaient des mesures conçues pour régler des comptes », a-t- elle déclaré mercredi devant le tribunal d’Ofer.

Alors que la vidéo d’Ahed Tamimi, érigée en icône de la résistance palestinienne, a fait le tour  du monde, la droite israélienne  était  en  effet  accusée de vouloir conjurer l’humiliation infligée aux deux soldats, et par extension à l’armée de l’État hébreu, en  multipliant  les  charges  contre  la  jeune  femme.

Après son arrestation, le ministre de la  défense et chef du parti ultranationaliste « Israël notre maison », Avigdor Liberman, avait notamment qualifié la jeune Palestinienne de « terroriste ».

Mais depuis plusieurs mois, l’ampleur prise par l’affaire avait semblé produire l’effet inverse, galvanisant les critiques à l’égard d’Israël, particulièrement concernant l’incarcération des mineurs palestiniens par l’armée. Plusieurs membres de la communauté internationale et d'organisations de défense des droits de l’homme réclamaient la remise en liberté immédiate de la Palestinienne.

Selon une source citée par le journal Haaretz, l’armée israélienne aurait donc finalement « intensivement encouragé » à une peine allégée pour mettre un terme à cette affaire qui « portait atteinte à [sa] réputation dans les médias et au niveau international ». « Cette source ne  sait absolument pas de quoi elle parle », objecte le lieutenant-colonel réserviste Maurice Hirsch, ancien procureur en chef militaire de Cisjordanie et membre de l'association pro-israélienne NGO Monitor. « Un accord de plaider-coupable repose sur la décision de la défense. Je ne crois pas que l’armée ait approché Gaby Lasky et lui ait suggéré d’accepter une sentence plus légère pour sa cliente. Ce n’est pas comme cela que ça marche. »

De fait, lors d’une première audience le 13 février dernier, l’avocate d’Ahed Tamimi avait annoncé vouloir faire du procès de la jeune Palestinienne celui de l’occupation israélienne. À ses yeux, sa cliente, en tant que résistante contre l’occupation israélienne, n’avait rien à se reprocher et le tribunal militaire d’Ofer n’était pas légitime pour la juger. Il n’était donc pas évident qu’Ahed Tamimi accepte finalement de plaider coupable.

Interrogée par la radio militaire israélienne jeudi, Gaby Lasky a cependant argué  que  le  refus  du  tribunal de rendre le procès de la jeune Palestinienne public n’avait pas laissé d’autre choix à la défense. « Nous avons compris qu'il n'y avait aucune chance qu'Ahed puisse bénéficier d'un procès équitable. À cause  de la façon dont le procès a été géré par le système judiciaire, nous avons pensé que c'était la meilleure façon d'avancer », a-t-elle expliqué.

L’avocate  d’Ahed  Tamimi  a  également dénoncé les  pressions  qui  ont  entouré  ce  qu’elle  appelle le « procès-spectacle » de sa cliente. Pour dédouaner Ahed Tamimi, sa famille avait invoqué l’ambiance particulièrement électrique qui régnait dans son village le jour des faits. Quelques heures avant l’enregistrement de la vidéo, au cours d’affrontements avec l’armée israélienne, le cousin de la jeune Palestinienne avait été gravement blessé à la tête par une balle en caoutchouc.

Fin février, un haut représentant militaire du COGAT, l’organisme israélien chargé de l'application de la politique d'Israël dans les territoires palestiniens, avait contesté cette version des faits dans un post Facebook, affirmant que le jeune garçon s’était simplement blessé en tombant de son vélo. Une réécriture de l’histoire catégoriquement démentie par les médias israéliens.

« Nous avons vu ce que nous avons vu dans la vidéo [d’Ahed Tamimi], mais il n’empêche, quand on entend des déclarations folles [sur son cousin] […] alors nous voyons qu’il y a bien plus que ce qui s’est passé dans cette vidéo », a souligné Gaby Lasky.

En fin de compte, l’accord de plaider-coupable passé par Ahed Tamimi n’a rien  d’une  exception. Selon un rapport publié mardi par l’ONG israélienne de défense  des  droits  de  l’homme  B’Tselem,  plus de 70 % des jeunes Palestiniens accusés comme elle acceptent des négociations de plaider-coupable dans les tribunaux militaires pour mineurs israéliens, qui ont un taux de condamnation de plus de 95 %. Ce chiffre élevé s’explique par l’usage récurrent de la détention préventive par les autorités israéliennes.

Les mineurs palestiniens sont ainsi face à un dilemme : soit se battre contre les faits qu’on leur reproche mais rester en prison pendant leur procès, soit consentir à un accord et ainsi bénéficier d’une réduction de peine. Dans son cas, Ahed Tamimi avait déjà passé trois mois en prison avant même que son procès ne s’ouvre réellement et de nombreux mois auraient encore pu s’écouler avant l’intervention d’un verdict.

De ce point de vue, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme pointent du doigt l’inégalité de traitement réservée aux Israéliens et aux Palestiniens par la justice militaire en vigueur  en  Cisjordanie. Par exemple, le soldat franco-israélien Elor Azaria, qui avait tué d’une balle dans la tête un assaillant palestinien à terre, déjà blessé, en mars 2016, sera libéré en mai après seulement neuf mois de prison. Initialement condamné à 18 mois d’incarcération pour homicide, le militaire avait vu sa peine ramenée à

14 mois en septembre dernier. Cette semaine, la commission de libération conditionnelle de l’armée a ordonné qu’il soit relâché après n’avoir effectué que les deux tiers de sa peine.

 

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