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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 05:20
Macron: un an de politique libérale et conservatrice (Lénaïg Bredoux, Médiapart - 7 juin 2018)

Un an de politique libérale et conservatrice

 PAR 

Des ordonnances à la loi Elan sur le logement, Emmanuel Macron n’a pas dévié de sa ligne, qui s’inscrit franchement à droite. Même sur les questions de société, le début de son quinquennat a déçu une partie de ses soutiens venus de la social-démocratie.

 

Emmanuel Macron veut à tout prix montrer qu’il n’est pas dans « l’immobilisme »supposé (et très relatif) de ses prédécesseurs. D'où le rythme effréné des réformes soumises à l'Assemblée ces dernières semaines. Cette mise en scène colle parfaitement à l’univers intellectuel et politique dans lequel se situe l’exécutif : celui du libéralisme.

Les principaux textes déjà votés par l’Assemblée depuis un an ne laissent aucune ambiguïté sur l’orientation politique du gouvernement. Sans surprise, elle est marquée à droite. Elle est également conservatrice alors qu’une partie des soutiens initiaux d’Emmanuel Macron, venus du Parti socialiste, rêvaient d’un mentor alliant libéralisme économique et libéralisme sociétal. Ils en sont pour leurs frais.

Commençons par le cœur du programme de « transformation » d’Emmanuel Macron : la « remise en marche » de l’économie française, avec le vote des ordonnances à l’automnequi ont contribué à dynamiter le code du travail (d’autres entailles, parfois non négligeables, les avaient précédées, comme la loi El Khomri).

Cette fois, le gouvernement Philippe ne prétend plus faire de compromis, en exigeant plus de flexibilité contre quelques gains pour les salariés. Il s’agit d’un « choc psychologique » à destination des patrons d’entreprise, avec l’espoir que cela permette davantage d’embauches, et surtout que cela entraîne une baisse du coût du travail, comme l’a récemment montré le constructeur automobile PSA

Résultat : le contrat de travail n’est plus une protection, avec la multiplication des CDDou la facilitation des licenciements ; la place des syndicats est réduite, avec les référendums d’entreprises ; la représentation des salariés est limitée avec la fusion des instances représentatives du personnel ; les indemnités aux prud’hommes sont plafonnées.

Logiquement, le premier budget du gouvernement est tout aussi explicite, malgré les exercices de communication auxquels il se plie régulièrement pour évacuer l’accusation de « président des riches » qui colle à la peau d’Emmanuel Macron.

La politique fiscale est ouvertement déséquilibrée en faveur du capital et des plus fortunés. Elle a, entre autres, permis la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI). Les mesures favorables aux plus riches ont coûté 6 milliards d’euros à l’État.

À l’inverse, l’exécutif a économisé 4 milliards d’euros en réalisant en deux temps la baisse des cotisations maladie et chômage pour les salariés, alors que la CSG a été augmentée immédiatement (au 1er janvier 2018). La hausse des revenus des salariés du secteur privé pour 2018, dont le gouvernement se vante régulièrement, s’en est trouvée amputée : elle s’établit à 0,74 %, contre 1,45 % promis au départ.

Il est de toute façon trop tôt pour assurer que cette augmentation des salaires nets se traduira par un réel progrès du pouvoir d’achat : le niveau d’inflation pour 2018 est encore inconnu, tout comme les hausses de salaires éventuellement accordées par les entreprises. Il est en revanche acquis que les aides au logement APL ont baissé de 5 euros.

Quant à la suppression progressive de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers, ce sont principalement les classes moyennes aisées qui devraient profiter de la mesure, selonl’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui l’a évaluée. Elle risque aussi de ne pas suffire à apaiser la colère des retraités touchés par l’augmentation de la CSG.

Les revalorisations du minimum vieillesse, de l’allocation adulte handicapé et de la prime d’activité, également adoptées à l’automne dernier, sont systématiquement soulignées par LREM pour dénoncer la vision caricaturale qu’aurait l’opposition de sa politique. Mais les montants engagés sont sans commune mesure avec les mesures en faveur des plus aisés.

Même chose pour les mesures, traditionnellement saluées à gauche, de lutte contre la fraude fiscale, jugées insuffisantes et qui seront débattues en fin d’année.

La logique de réduction des déficits publics s'applique aussi à la santé – comme l'a montré le premier budget pour la Sécurité sociale, adopté l'an dernier. Face à la mobilisation des Ehpad, de leurs personnels mais aussi des directions, le gouvernement a tout de même fini par accepter une rallonge budgétaire de 143 millions d'euros.

Depuis un an, les fonctionnaires, eux, ont subi un nouveau gel du point d’indice, qui sert au calcul de leur traitement, pour 2017 et pour 2018. Quant à la hausse de la CSG qui les a également visés, elle a été compensée mais a minima… Les syndicats de la fonction publique, qui ont défilé le 22 mai, s’inquiètent déjà de la suite : une nouvelle série de mesures est attendue pour l’automne.

Le sort réservé aux personnels de la SNCF (voir notre dossier) ne va pas les rassurer : malgré le mouvement social, le gouvernement a maintenu son projet qui prévoit la remise en cause du statut des cheminots et la transformation de l’entreprise en société anonyme, dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Il a simplement annoncé la reprise de 35 milliards d’euros (sur 54,5 milliards) de dettes de la SNCF.

Et si la « coagulation » des colères, ou la « convergence des luttes », n’est pas franchement au rendez-vous, en dépit de plusieurs défilés contre la politique du gouvernement, comme les 5 et 26 mai, Emmanuel Macron est parvenu à s’aliéner des professions ou des statuts très différents sans que cela le fasse dévier de sa ligne.

Récemment, des juges et des avocats ont manifesté en nombre contre le projet de loi de programmation pour la justice 2018-2022. Il sera examiné à l’automne.

L’exécutif, cohérent dans la mise en œuvre de sa politique, a appliqué les mêmes recettes à sa politique écologique, suscitant un malaise toujours plus grand de son ministre vedette Nicolas Hulot : quelques mesures, mais à la condition qu’elles ne heurtent pas (trop) les puissants lobbys économiques.

Les nouveaux permis d’exploration et d’exploitation de pétrole, gaz et charbon ont été interdits partout en France, à de très rares exceptions près. Mais le récent examen de la loi alimentation a suscité de nombreuses polémiques : il a même conduit la majorité à renoncer à des promesses du candidat Macron, notamment l'interdiction du glyphosate d'ici trois ans.

Pendant les débats, les amendements visant à rendre obligatoire le Nutri-Score, ce code couleurs sur tous les supports publicitaires pour des denrées alimentaires visant à une meilleure information nutritionnelle, ont fait long feu.

En revanche, le texte a élargi la définition des néonicotinoïdes ; les revendeurs de pesticides ne pourront plus faire de rabais sur leurs produits et le passage à 50 % de produits bio dans les cantines a été adopté, même s'il a été réduit à 20 %.

Libéral, et conservateur

Moins écolo qu’espéré par une partie de ses soutiens, le début du mandat d’Emmanuel Macron s’est aussi trouvé nettement plus conservateur et autoritaire que la tonalité de sa campagne présidentielle.

La loi asile-immigration (voir notre dossier) en est une parfaite illustration : elle a de nouveau durci les conditions d’accueil des étrangers en France et les contreparties censées améliorer le sort des réfugiés font pâle figure à côté. Les députés LREM ont même refusé d’interdire la rétention pour les mineurs. Et le FN est allé jusqu’à soutenirdans l’hémicycle certaines mesures du gouvernement.

Les déclarations du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, parlant de « régions submergées » et de demandeurs d’asile faisant du « benchmarking » entre les pays européens, ou celles de sa collègue du quai d’Orsay Nathalie Loiseau sur le « shopping de l’asile » ont achevé d’écœurer les associations d’aide aux migrants. Même la majorité, jusque-là si soudée, a fini par craqueler.

L’élection d’Emmanuel Macron portait aussi la promesse, aux yeux d’une partie de ses partisans, d’une rupture, du moins d’une atténuation, de la ligne autoritaire incarnée par Manuel Valls à Matignon de 2014 à 2016. Le nouveau président a pourtant maintenu l’état d’urgence aussitôt élu, avant de décider d’une nouvelle loi antiterroriste qui a finalement intégré l’état d’urgence dans le droit commun

Les défenseurs des libertés publiques ont également dénoncé la loi sur le secret des affaires, dont la définition floue, large et aléatoire menace de réduire la société civile au silence, et la loi sur les « fake news », visant officiellement à lutter contre les opérations de désinformation durant les campagnes électorales mais qui interroge sur une définition « officielle » de la vérité, éminemment dangereuse.

Même sur la laïcité, l’installation du Conseil des sages, le dernier guide du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer contredisent la ligne présidentielle, plus proche d’une laïcité ouverte.

Rue de Grenelle, Blanquer, un des ministres les plus populaires du gouvernement, incarne lui aussi une vision conservatrice. Sur la lecture, le redoublement ou lapédagogie. Mais aussi et surtout sur le rôle que doit jouer l’école dans la société. Le projet de loi de Frédérique Vidal, qui a procédé à la création de Parcoursup à la sortie du lycée, en a été la meilleure illustration (lire notre dossier).

Les détracteurs de Blanquer sont en revanche nettement plus conquis par ledédoublement des CP dans les quartiers les plus pauvres – il n’a pas nécessité de loi spécifique.

Mais la mesure ne suffit pas à endiguer l’inquiétude sur les difficultés grandissantes de certaines zones sensibles, comme l’a montré un récent rapport parlementaire sur la Seine-Saint-Denis. Le gel des contrats aidés l’an dernier a fragilisé de nombreuses associations actives dans ces quartiers, déçus du détricotage du plan Borloo par Emmanuel Macron. L'exécutif, lui, mise sur la création des emplois francs.

Même la lutte contre les violences sexuelles et sexistes n’a pas permis de dégager un consensus parlementaire : le projet de loi de Marlène Schiappa, durcissant les sanctions de certains délits et crimes, a été jugé bien trop insuffisant par l’opposition.

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