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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 05:42
photo Le Télégramme

photo Le Télégramme

Morlaix et les crues, c’est une longue histoire de désamour. Et celle de dimanche revêtait un caractère particulier : jamais une inondation de cette envergure n’a été constatée à la belle saison.

Pour comprendre ce qui s’est passé dimanche à Morlaix, commençons par quelques explications. La ville est située à la confluence de deux cours d’eau - le Jarlot, le Queffleuth - qui prennent leur source sur le versant nord des Monts d’Arrée à une vingtaine de kilomètres de là. Le bassin-versant morlaisien n’est pas très étendu. Il ne couvre que 200 km 2 mais présente la particularité d’être très encaissé au plus fort de l’agglomération. À cela s’ajoute un sol schisteux et argileux – donc imperméable — qui ne favorise pas l’infiltration de l’eau mais plutôt son glissement. C’est pourquoi la ville est particulièrement vulnérable aux fortes précipitations.

 

 

 

De plus les deux rivières s’engouffrent dans des galeries d’écoulement souterraines à l’approche de l’hôtel de ville. Galeries qui sont vite saturées en cas d’épisode pluvieux exceptionnel comme ça a été le cas dimanche.

 

Premier orage estival dévastateur

 

Jusqu’à dimanche, Morlaix avait toujours été touchée par ces catastrophes en hiver, de décembre à février principalement. Inondations provoquées généralement par de lourdes et longues dépressions océaniques. Et jamais à la belle saison, en juin, à la faveur d’un orage estival.

La ville a été touchée à de nombreuses reprises par des inondations. Les plus anciennes, pour lesquelles il reste des documents ont eu lieu en 1861, 1865, 1893, 1910, 1925. La plus dévastatrice reste sans nul doute celle du 13 février 1974. Ce jour-là, un dimanche également, l’eau a commencé à monter dans les rues. Malgré la basse mer et le niveau de l’estuaire qui est toujours resté plus bas, le niveau de l’eau n’a cessé de monter pour atteindre 2 m à certains endroits de la ville. Rien n’y a fait, pas même l’ouverture des vannes vers une heure du matin pour favoriser l’écoulement des flots. Ce jour-là de très nombreux commerces avaient été touchés et une centaine de véhicules endommagés.

 

Rien n’y a fait

 

Dans les mois qui avaient suivi, le maire Jean-Jacques Cléach avait engagé un grand plan de refonte des réseaux incluant l’élargissement des galeries d’écoulement du Jarlot et du Queffleuth.

 

 

Rien n’y a fait et les flots dévastateurs ont à nouveau touché la ville en janvier 1995 (1 mètre d’eau), en décembre 2000 (1,40 m), ainsi que les 23 et 24 décembre 2013 (1,30 m). Cette dernière crue, qui sera suivie de deux autres de moindre importance en février 2014, fera 130 sinistrés : 80 commerces et 50 particuliers. Ces débordements n’étaient pas le fait des orages, mais de l’accumulation de pluies incessantes qui tombaient depuis une dizaine de jours sur la Bretagne.

 

De longues études à mener

 

Dimanche Morlaix a donc été victime d’un « épisode orageux très violent » explique Clément Le Saux chargé de mission auprès du Syndicat mixte pour la gestion des cours d’eau du Trégor. C’est lui qui pilote le Papi ou programme de prévention des inondations. « Le réseau d’eau pluviale a vite été saturé » poursuit-il. Le résultat de l’effet cumulatif des ruissellements qui ont convergé vers l’hyper-centre, plus que de la montée des eaux des deux rivières. Selon ce spécialiste des ouvrages de retenue des eaux n’auraient pas été efficaces. Car les précipitations étaient extrêmement localisées autour de la ville. Contrairement à des pluies d’origine dépressionnaire qui, en descendant doucement les bassins-versants, viennent gonfler les rivières. « Pour lutter contre ces formes d’inondation, nous avons lancé un programme de réalisation de bassins écrêteurs en amont de Morlaix. Nous en sommes au stade des études, du fonctionnement du bassin-versant et de la modélisation hydraulique. Mais il nous faudra d’abord comprendre ce qui se passe dans les galeries du centre-ville. Et comment le Jarlot et le Queffleuth interagissent entre eux. Pour l’heure nous n’en avons aucune idée. Il faudra du temps. Mieux vaut le prendre pour, ensuite, bâtir des ouvrages efficaces ».

Une cinquantaine de commerces ont été touchés par le violent orage de dimanche (photo Le Télégramme)

Une cinquantaine de commerces ont été touchés par le violent orage de dimanche (photo Le Télégramme)

Après la pluie, la boue… Ce lundi, après le cauchemar des terribles inondations vécues la veille, Morlaix a pansé ses plaies. Une cinquantaine de commerces ont été touchés. En fin d’après-midi, la situation était « sous contrôle », assurait le maire, Agnès Le Brun, qui attend désormais que l’état de catastrophe naturelle soit reconnu.

Le réveil a été douloureux, lundi matin, pour les Morlaisiens et les commerçants de la Cité du viaduc. Si la pluie qui a inondé le centre-ville la veille au soir s’est évacuée dans la nuit, elle a laissé derrière elle une marée de boue. Et un spectacle de désolation. Les va-et-vient des raclettes ont rythmé ce jour d’après, avec beaucoup de solidarité, mais aussi de la tristesse et du désarroi. Et un véritable traumatisme parfois. « On est fatigué. Ces inondations, c’est la goutte d’eau pour le centre-ville et pour les commerçants de Morlaix 

 

», lâchait, dépité, Cyriac Le Berre, coiffeur rue de Paris. Rejoint par son voisin d’infortune, Pascal Tisserand : « La violence de l’eau a fait exploser la vitre de notre commerce. Une véritable vague a traversé le magasin… », racontait le gérant du Carrefour express, hagard au beau milieu des conserves jonchant le sol de son supermarché.

 

« Affreux, atroce… »

 

Comme lui, une cinquantaine d’autres commerçants de la ville ont été frappés par la soudaine et rapide montée des eaux. « Affreux, atroce, exceptionnel… » : les adjectifs pleuvaient pour décrire le chaos qu’il a fallu réduire tout au long de la journée avec l’aide des pompiers, des équipes de la Croix-Rouge, des élus et des agents de la ville, mais aussi de bénévoles. « Environ 300 personnes étaient mobilisées », indiquait le maire de Morlaix, Agnès Le Brun, sur les coups de 17 h, en précisant que la situation était sous contrôle, alors qu’il s’était remis à pleuvoir, plus ou moins faiblement, en début d’après-midi. « Les orages s’éloignent, le danger aussi », appréciait le premier magistrat, en promettant de « rendre une ville à peu près propre » pour ce mardi matin.

 

12 millions d’euros de préjudice en 2013

 

Si aucune victime n’est à déplorer, plusieurs personnes ont dû être relogées, à l’hôtel ou chez des particuliers. « Pour l’heure, il est bien trop tôt pour évaluer le préjudice », complétait le maire. Une certitude, néanmoins : la note sera forcément salée. En 2013, lorsqu’une crue de la même veine avait secoué durement Morlaix à Noël, le montant des dégâts s’était élevé à 12 millions d’euros. Alors, forcément, le maire compte sur l’état de catastrophe naturelle pour permettre un maximum d’indemnisations. « On a aussi demandé que nous soit accordée la solidarité nationale immédiate, ce qui permettrait de bénéficier d’aides financières pour la voirie et les commerces », soulignait Agnès Le Brun, qui apprécierait de voir le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, venir constater l’ampleur des dégâts sur place à Morlaix. Comme Manuel Valls l’avait fait le 26 décembre 2013.

 

Les écluses, un faux problème ?

 

En attendant, bon nombre de Morlaisiens dissertaient, hier, sur les raisons de cette inondation brutale due aux orages. Une première dans l’histoire de cette ville pourtant habituée aux débordements. Et du jamais vu non plus à cette période de l’année. « Les écluses auraient dû être ouvertes plus tôt et plus largement », commentaient certains.

« Elles l’ont été à 17 h. Mais c’est un faux problème. Qu’elles soient ouvertes ou pas ne change rien à l’affaire. L’impact du niveau d’eau du port sur les inondations au centre-ville est marginal. Quoi qu’on fasse, ça aurait débordé. Morlaix est une cuvette », répondaient en écho les autorités. Pendant que le maire, en comprenant « le désarroi et l’émoi », assurait que les alertes habituelles n’avaient pas pu être déployées en raison de la soudaineté de cet orage. Qui restera gravé dans les mémoires.


 

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