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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 07:16
photos Ismaël Dupont

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Maha Hassan raconte la révolution de 2011, la guerre en Syrie, son enfance de fille de communiste dans le pays de Big Brother, le président éternel, la place des kurdes dans la société et la situation syrienne, sa naissance à la vocation d'écrivain ce mardi 17 avril au local du PCF à Morlaix
Maha Hassan raconte la révolution de 2011, la guerre en Syrie, son enfance de fille de communiste dans le pays de Big Brother, le président éternel, la place des kurdes dans la société et la situation syrienne, sa naissance à la vocation d'écrivain ce mardi 17 avril au local du PCF à Morlaix
Maha Hassan raconte la révolution de 2011, la guerre en Syrie, son enfance de fille de communiste dans le pays de Big Brother, le président éternel, la place des kurdes dans la société et la situation syrienne, sa naissance à la vocation d'écrivain ce mardi 17 avril au local du PCF à Morlaix
Maha Hassan raconte la révolution de 2011, la guerre en Syrie, son enfance de fille de communiste dans le pays de Big Brother, le président éternel, la place des kurdes dans la société et la situation syrienne, sa naissance à la vocation d'écrivain ce mardi 17 avril au local du PCF à Morlaix

 

C'était hier, le 17 avril, le jour de la fête nationale syrienne, commémoration de son indépendance vis-à-vis de la France en 1945.

Et ce fut un moment extraordinaire pour les chanceux qui ont pu participer au local du PCF Morlaix avec Maha Hassan à cette rencontre passionnante et très chaleureuse qui a duré deux heures et quart ce mardi 17 avril 2018.
 

L'écrivaine Maha Hassan (11 romans publiés), originaire d'Alep, réfugiée politique en France depuis 2004 et le contexte de la répression contre le printemps kurde (ses livres étaient interdits de publication en Syrie et la pression des moukharabat se resserrait contre elle), Morlaisienne depuis 2 ans et demi, nous a raconté hier à l'occasion des "Mardi de l'éducation populaire" de la section PCF du pays de Morlaix:

- " Le grand rêve qui a animé le début de la révolution syrienne, un rêve de liberté, d'égalité, de fraternité, un rêve qui s'est abîmé avec la réussite du scénario machiavélique imaginé par Bachar al-Assad et son régime qui considère les Syriens révoltés comme des microbes, un virus: islamiser et militariser la rébellion pour la délégitimer et l'empêcher de porter une vraie alternative pour le peuple syrien. Daech est une invention de Bachar-al-Assad et le complice de son régime: c'est lui qui a gagné. Aujourd'hui, en Syrie, après 400 000 ou 500 000 morts, 5 à 6 millions d'exilés à l'étranger, le lâchage de la communauté internationale, l'internationalisation du conflit et sa transformation en conflit sectaire et communautaire, la mentalité est abîmée, la haine très présente entre les gens, la peur omniprésente. La révolution a échoué et le peuple syrien se retrouve prisonnier d'un monstre, d'un sauvage, qui considère la Syrie comme sa ferme privée et les syriens comme du bétail, ses esclaves, un type médiocre qui n'était pas programmé pour gouverner, qui a hérité de son peuple et de son pays comme dans une monarchie. Les Syriens en 2011 n'avaient pas l'expérience pour exercer l'action politique, pas de guide, de modèle, de précédent pour leur révolution, il s'organisait en coordinations locales et en fédération de coordinations locales. Le rêve des Syriens, cela a été la crainte des pays arabes voisins: un projet progressiste et de nation libre réunissant alaouites, kurdes, sunnites, chrétiens, ..., c'était insupportable pour les pays du pétrole qui ont joué un mauvais rôle en finançant des groupes armés franchisés islamisés à leur solde dans l'armée libre, avec un agenda à leur main. C'est aussi le pouvoir économique du Qatar, de l'Arabie Saoudite, en même temps que la perversité de Bachar al-Assad qui a libéré les islamistes les plus dangereux pour qu'ils créent Al-Nosra puis Daech, qui ont dénaturé la révolution. La révolution était très claire, on savait ce qu'on voulait, les laïcs, les progressistes, les communistes, les kurdes, les druzes, les intellectuels de gauche, les femmes activistes étaient engagés dans cette révolution mais Bachar-al-Assad, avec ses renseignements, son régime très fort et terroriste, l'expérience de la répression de ses services de sécurité, a réussi à pervertir et dénaturer ce conflit de la liberté. Bachar n'a jamais affronté Daech comme on le croit, et l'inverse est vrai aussi, Daech combattait l'Armée Libre, pas Bachar : à vrai dire, ce conflit n'est pas entre Bachar et l'Etat Islamique mais contre l'intérêt du peuple syrien, entre Iraniens, Russes, Américains, Turcs, Arabes du Qatar et d'Arabie Saoudite, qui instrumentalisent et manipulent les parties en présence. L'opposition syrienne est exil est complètement contrôlée par les Frères Musulmans, une force réactionnaire".

- "J'ai grandi dans le pays de Big Brother: on avait peur des voisins, des murs, de nous-mêmes. La Syrie de Hafez-al-Assad, qui est arrivé au pouvoir en 72, 5 ans après ma naissance, c'était un Etat policier: il y avait peut-être un employé de la police secrète pour 5 civils. Un régime politique mafieux. Mon père était communiste, il m'appelait camarade quand j'étais petite et cela me faisait tellement plaisir, mais je n'ai jamais connu des activités communistes légales. Les copains de mon père étaient inquiétés par les services de sécurité, arrêtés, emprisonnés. Mon premier article à 14 ans, non signé par crainte des représailles, était dans une revue communiste clandestine. Mon père qui était analphabète comme ma mère, et ouvrier du textile, et ses camarades plus instruits souvent, ont orienté mes savoirs. Mes premières lectures sérieuses, ce n'était pas le Coran, mais la vie de Lénine, les abécédaires du marxisme. Plusieurs parrains m'ont permis en tant que fille d'avoir de l'ambition et de l'ambition intellectuelle dans une société patriarcale où la place des filles est au foyer, où leur liberté est perçue comme une menace pour l'honneur de la famille. Mon père parfois m'a écrasé, mes voisins qui voulaient que je porte le voile, faisaient pression sur mon père, athée: mais moi je rêvais de faire des études en URSS, comme les filles de mes amies, puis de faire du théâtre, j'ai grandi intellectuellement avec la littérature européenne, l'existentialisme. J'ai finalement fait des études de droit, la seule du quartier (un quartier populaire et conservateur des faubourgs d'Alep) de ma génération inscrite à la fac. Je ne suis devenue écrivain pendant mes études de droit tout en travaillant, en publiant d'abord au Liban, puis en Syrie, puis de nouveau au Liban quand mes livres ont été interdits".

- "Un seul de mes six frères et soeurs est resté en Syrie, à Alep, les 5 autres sont en Suède en Finlande, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Turquie. Mon père est mort avant la guerre, après mon départ pour la France, ma mère est morte des suites d'un bombardement sur sa maison à Alep. Elle n'avait plus de raison de vivre, elle est morte une semaine après: elle ne voulait pas lâcher sa machine à laver, sa télévision, son canapé, qu'elle avait mis des années à obtenir. Elle a perdu la raison de son existence. Ma mère racontait magnifiquement les histoires: je l'appelais souvent depuis la France, elle mettait le speaker pour les voisins sinistrés par la guerre qu'elle accueillait, je l'ai appris très tard. Elle ne voulait pas quitter son quartier, sa maison, qui aurait été confisquée au profit d'autres réfugiés".

- "les voisins d'Alep me racontaient par téléphone qu'ils pouvaient mourir pour aller chercher une bouteille d'eau, des carottes ou un kilo de tomate. Le rapport à la mort, même de ma mère, était devenu complètement différent. On vivait pour la survie, on s'étonnait chaque jour d'être toujours en vie, la mort des autres était devenue banale. Aujourd'hui, les réfugiés contraints vivent avec leur défaite, leurs cauchemars, les horreurs qu'ils ont vécu, ils n'ont plus de métier, plus de raison sociale, plus de rêve, ils ne trouvent pas le sommeil parce qu'ils n'entendent plus les bombardements. Par les réfugiés en Europe, il y a aussi des partisans de Bachar, des chabiha, des gens dont la guerre et l'islamisme ont influencé la conscience. Des problèmes de conflits identitaires et culturels en Europe sont à prévoir pour l'avenir: on ne peut pas sortir d'une guerre aussi atroce indemnes. Et leur exil n'est pas choisi".

Maha est réfugiée politique à Paris après la répression du printemps kurde en 2004, Maha Hassan. C'est la petite-fille d'une rescapée arménienne du génocide des Arméniens adoptée en Syrie alors qu'elle n'avait pas quatre ans. Elle a obtenu le prix Hellman-Hammet d'Human Rights Watch en 2005, un prix créé au départ pour s'opposer aux persécutions du maccarthysme aux Etats-Unis contre les intellectuels de gauche. Cela lui vaudra une résidence d'écrivain de six mois dans la maison d'Anne Frank à Amsterdam où elle affrontera les démons de son exil et des histoires douloureuses qu'elle porte avec elle.

Maha Hassan qualifie elle-même son écriture de "littérature bâtarde". Ce n'est pas de la littérature kurde car elle écrit en arabe. Ce n'est pas de la littérature arabe "pure" parce qu'elle porte une mémoire collective kurde contractée avant même qu'elle ait appris à parler. La littérature et la philosophie européenne, l'existentialisme notamment, ont été constitutives aussi de son projet d'écriture s'affrontant aux tabous d'un Islam conservateur: l'oppression et la sexualité des femmes, leur volonté d'émancipation, l'athéisme.

Comme bon nombre d'intellectuels laïcs et progressistes, dont beaucoup ont connu la prison et la torture du régime, elle a soutenu la révolution citoyenne en Syrie. Maha Hassan porte aujourd'hui un regard aigu sur la répression d'une férocité inouïe de la révolte populaire, d'abord pacifique, par les sbires de Bachar-al-Assad, comme sur les dangers de l'islamisme djihadiste qui a fait une OPA sur la rébellion avec la complicité du régime lui-même, des états du Moyen-Orient et de Turquie. Les pays occidentaux et la communauté internationale ont aussi leur part de responsabilité, qui ont laissé Bachar massacrer son peuple. Même en France, avec ses parents coincés à Alep, ses amis pris dans la tourmente de la guerre, et jusqu'à aujourd'hui sa famille et ses amis bombardés dans l'enclave d'Afrin, Maha Hassan a vécu la guerre de manière extrêmement cruelle, avec d'autant plus d'envie de raconter un pays et une culture qui n'existeront plus jamais comme avant, mais aussi de comprendre les racines du mal et de la violence.

Romans de Maha Hassan publiés au Liban ou en Syrie :

Titres traduits de l'arabe:
- Métro d'Alep
- Bonjour la guerre
- Les Tambours de l’Amour, éditions El-Rayyes, Beyrouth, Liban, 2012.
- Les filles de prairies (roman), éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2011.
- Cordon ombilical, éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2010. (sélectionné sur la liste du prix du roman arabe «Booker»).
- Chants du néant, éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2009.
- Le tableau de la couverture. Les murs de déception sont plus hauts, éditions Nashiron, Syrie, 2002.
- L’infini- récit de l’autre, éditions Al-Hiwar, Syrie, 1995

Un premier roman de Maha Hassan a été traduit en italien en 2017. Deux livres écrits en français sont en préparation pour 2018.

 

Prochains mardi de l'éducation populaire: 

 

Le Mardi 29 mai: à Lanmeur avec Gérard Le Puill, journaliste à l'Humanité, 20h: Quelle transition écologique pour la planète?

Le Mardi 12 juin, local du PCF Morlaix avec Yann Le Pollotec, membre de la direction nationale du PCF, animateur des commissions Révolution Numérique, Industrie, 18h-20h30: 

"Chair à Gaffa? Révolution numérique et révolution du travail, des relations sociales, de la vie quotidienne: comment maîtriser notre avenir face aux enjeux de renforcement de l'emprise capitaliste sur nos vies".  

 

 

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