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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 10:35
Léon Moussinac. Ciné Histoire

Léon Moussinac. Ciné Histoire

Cette semaine, un film documentaire très émouvant à été présenté à la télévision retraçant la vie de Léon MOUSSINAC journaliste et critique cinéma communiste à l'Huma. L'occasion de retrouver une figure qui illustre l'apport des communistes à la culture et l'art au XXe siècle. 

Télévision. Léon Moussinac, le cinéma et l’héritage de Spartacus

ÉMILE BRETON
VENDREDI, 27 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITE
 
 

Léon Moussinac, l’héritage de Spartacus. Samedi 28 à 18 h 45 et jeudi 2 novembre à 0 h 40 sur Ciné + Classic. Un film de Patrick Cazals sur ce poète, militant du cinéma, ami d’Eisenstein, de Louis Delluc, Aragon, Paul Vaillant-Couturier, et aussi critique pourl’Humanité.

Voilà une belle vie. Pleine. Léon Moussinac, né en 1890 à Migennes, en Bourgogne, où son père, passionné de l’histoire des chemins de fer, était chef de gare à Laroche-Migennes, est mort en 1964 à Paris. Homme de grande culture, il fut poète, écrivain, historien du cinéma. Et militant communiste de 1924 à sa mort. « Je me suis efforcé, écrivit-il, de mettre mes actes en accord avec ma conscience d’écrivain militant. » Il fut l’ami de son aîné Francis Jourdain, de ses contemporains Eisenstein, Louis Delluc, Aragon, Paul Vaillant-Couturier. Et de bien d’autres. Il créa en 1926 le ciné-club les Amis de Spartacus, bientôt interdit par le préfet de police, où pour la première fois en France fut projeté le Cuirassé « Potemkine ».

Passionné de cinéma, il écrivit dans diverses revues avant de tenir la rubrique critique dans l’Humanité et, figurant, il boxa Gaston Modot dans Fièvre, de Louis Delluc. Dans l’Humanité justement, il critiqua le film américain Jim le harponneur, bien oublié aujourd’hui, n’eût été le procès que lui firent les distributeurs, mécontents qu’on vînt ainsi déprécier leur marchandise. Procès que lui et son journal gagnèrent, après bien des années. Ainsi naquit le droit de critique cinématographique : il est notre père à tous.

Emprisonné en 1940

S’intéressant à l’architecture et au théâtre, il participa en 1930 à la fondation du Théâtre ouvrier de France et, à Moscou, fit jouer Labiche par le Théâtre juif. Il fut emprisonné en 1940 à la Santé pour « propagande communiste » puis interné au camp de Gurs. Résistance et Libération. Directeur de l’Idhec en 1945, d’abord, puis de l’Ensad (École nationale supérieure des arts décoratifs), il se retira ensuite dans le Lot avec sa femme Jeanne. Tout cela, Patrick Cazals le dit dans ce film d’une heure. Et sans emphase. Avec des témoins, et notamment son neveu, fils de Jean Lods, cinéaste lui aussi, ceux qui le connurent à la fin de sa vie, des historiens… Ce qui frappe dans tous ces témoignages, c’est autant le respect que l’affection qui les baignent. Une belle vie, oui.

journaliste

Léon Moussinac, homme de passions, intellectuel communiste

ÉMILE BRETON
MERCREDI, 28 JANVIER, 2015
L'HUMANITÉ
Photo : Ciné histoire

En deux volumes, l’Association française de recherche sur l’histoire du cinéma (AFRHC) publie, avec le concours de la Fondation Gabriel-Péri, un ensemble de contributions sur l’apport du théoricien aux avancées du cinéma en France dans les années 1930 et au-delà, et un choix de ses textes.

«Léon Moussinac est très certainement un des intellectuels français de l’entre-deux-guerres le plus original quant à la compréhension théorique des enjeux sociaux et culturels des arts ; or, sa notoriété n’excède pas les quelques spécialistes du politique, alors qu’il publia sur le cinéma, le théâtre ou les arts décoratifs, et qu’il occupa nombre de responsabilités institutionnelles. » Ainsi s’ouvre la préface de Valérie Vignaux à Léon Moussinac, un intellectuel communiste, ensemble d’études collectives qu’elle dirigea avec François Albéra. Donnant quelques exemples, assez cruels pour les auteurs cités, de cet escamotage, elle rappelle quelle place il tint aux côtés d’Henri Barbusse et de Paul Vaillant-Couturier dans l’élaboration de ce « communisme culturel » qui marqua la France des années trente. Ce fut aussi le temps où – écrit Laurent Véray dans sa contribution, « Écrire et agir pour aider le cinéma français à s’élever à la dignité d’art » – son exigeante amitié avec les cinéastes d’alors, Delluc, Gance, L’Herbier et Epstein, fut décisive pour la naissance de ce que Langlois devait appeler « la première vague du cinéma français ». Renvoyons sur ce point à la lecture des différentes contributions évoquant le théoricien, pour retenir la place qui fut la sienne dans la naissance d’une vraie critique de cinéma en un temps (est-il vraiment révolu, même si les formes en sont plus insidieuses ?) où il s’agissait avant tout de « faire la réclame » des films sortis. Il fut, en effet, le premier à publier une critique cinématographique dans une revue littéraire alors prestigieuse, le Mercure de France, de 1920 à 1925. Mais c’est par les critiques régulières qu’il donna à l’Humanité de 1922 à 1932 qu’il put mettre en œuvre son souci de pédagogie (lancement de ciné-clubs, conférences), que d’autres contributions de ces deux volumes soulignent.

Exigeant à l’égard des films 
comme des spectateurs

Quarante et un de ces articles sont publiés et c’est un bonheur que de voir à quelle hauteur se situaient ses exigences à l’égard des films comme des spectateurs. Une citation pour en donner idée. Il écrivait, dans l’Humanitédu 4 juin 1926, mettant en garde les intellectuels attendant du cinéma qu’il devienne un art pour l’élite : « [C]es intellectuels n’ont pas compris que l’image pouvait n’être pas seulement expressive dans son ordre, son mouvement ou son sujet, mais belle plastiquement et riche ainsi d’une émotion nouvelle, et qu’il s’agissait de déterminer quels éléments plastiques pouvaient contribuer à cette beauté. » Qu’on lise ses articles pour apprendre à garder le regard clair devant une œuvre.

Haute idée de son métier d’écrire, qui le conduisit à mener, et à gagner, la première en date des batailles pour la liberté de la critique. Pas seulement pour lui, mais pour tous les critiques. Ayant exercé sa dent dure sur une adaptation fleur bleue de Moby Dick (de Lloyd Bacon, 1930, qui avait, pour les États-Unis, gardé le titre de Melville) et que son distributeur français, Jean Sagène, mini-nabab de l’époque, avait rebaptisée Jim le harponneur, il fut assigné en justice, et l’Humanité avec lui, par ce distributeur. Trois procès s’ensuivirent que « le harponneur » finit par perdre et qui consacraient la liberté de critique. Historique – et c’est bien la seule raison pour laquelle Jean Sagène mérite de passer à la postérité, à ce seul titre. Pour ça, et pour avoir écrit – rappelé par Moussinac dans l’Humanité du 14 mai 1926 : « J’ai réussi dans le camembert, dans le journalisme, il n’y a aucune raison que je ne réussisse pas dans le cinéma ». Ce combat pour une critique libre et contre la censure des films après l’envoi de policiers (1928) aux séances du ciné-club Spartacus, qu’il animait, puis contre l’interdiction de projections, bien d’autres contributions de ces deux livres sont là pour les rappeler, et qu’il faut aller voir. Mais, aussi bien, Jean-Pierre Léonardini pourrait consacrer (ce n’est pas une suggestion, encore moins une injonction) un article d’égal volume à ses batailles pour le théâtre… La raison pour laquelle ces deux livres tranchent sur les idées reçues en matière d’étude sur des auteurs engagés (a fortiori engagés avec les communistes), c’est sans doute qu’on s’y est, tout du long, attaché « surtout à ne pas faire disparaître la personne, car elle est la définition même de l’engagement, celui-ci étant d’abord un choix individuel avant de devenir une action pour autrui » (Valérie Vignaux, «Léon Moussinac 
théoricien du cinéma : d’une poétique 
des arts à une politique de la culture»). 
Un Moussinac vivant.

 

Léon Moussinac. Journaliste, cinéphile et militant

DOMINIQUE WIDEMANN
MERCREDI, 1 AOÛT, 2012
L'HUMANITÉ

Léon Moussinac sera le premier à signer des critiques cinématographiques dans les colonnes de l’Humanité. Précurseur, il restera jusqu’à sa mort, en 1964, fidèle à ses idées et à son parti.

Léon Moussinac entre à l’Humanité en 1922. Il y tiendra durant une dizaine d’années une chronique de critique cinématographique inédite, sur le fond et la forme, dans la presse de l’époque. Au fil du temps, Moussinac affirmera la liberté de la critique et de l’opinion, la dimension artistique du cinéma. On lui doit également l’émergence de la notion de patrimoine cinématographique, qui dote ainsi le cinéma d’une histoire dont Léon Moussinac fixera les films étapes. Il confiera plus tard la tâche à son successeur, Georges Sadoul, qui publiera l’encyclopédie que l’on sait. Grâce à quoi, son image recouvrira celle de Moussinac dans le panthéon communiste.

Avant l’arrivée de Léon Moussinac, point de critique cinématographique dans l’Humanité. Il entame une critique à la première personne, qui vise à créer une esthétique de l’écran. Il y dissèque jeu des acteurs, cadrage, montage, photographie, technique et technologie, tout en s’employant à la recherche du beau et de l’émotion. Avec une constante : la dénonciation des « tripatouillages, des mercanti, de la médiocrité », dénonciation qui va se faire de plus en plus véhémente contre le capitalisme et ses mauvais films. Ceux-là, Moussinac leur fait la chasse. Il va dans les salles populaires et note les réactions du public. En toute indépendance, il défendra envers et contre tout l’Auberge rouge, du jeune Jean Epstein, « contre les vieillards impuissants encore maîtres – pour combien de temps ? – des destinées du cinéma ». De même, il soutient la Roue, d’Abel Gance, tandis que Pierre Sémard, dirigeant des cheminots dont les grandes grèves hurlent encore, s’en prend au film, qu’il juge « contraire aux intérêts de la classe ouvrière ». Moussinac rétorque : « Dans l’état actuel du développement de la cinégraphie, comme dans toute formation d’un art, il s’agit de perfectionner l’outil et de fouiller la matière. » Dont acte. Moussinac admire le cinéma américain, la sensualité de ses stars. Pour lui, le corps de l’acteur accueille une cinématographie. Moussinac s’attache vite à la notion de patrimoine cinématographique. Au point de faire racheter le négatif de Fièvre, film de son ami Louis Delluc, pour en tirer des copies et les diffuser dans les ciné-clubs. Dès 1927, il dressera un historique des films scientifiques et des films comiques.

Au cours des années précédentes, Moussinac a mené, par sa chronique, un combat politique, esthétique et littéraire, non sans une certaine verve surréaliste. Il n’hésite pas, dans ses débuts à l’Humanité, à s’en prendre à tous les « cinéphobes », au premier rang desquels Anatole France, communiste et prix Nobel dont tout le PCF porte le deuil récent. Avec la « bolchevisation » du Parti, la plume de Moussinac, à partir de 1923, va se charger de « menaces et de silences, de prophéties rageuses et anticapitalistes », explique Tangui Perron, évoquant les contradictions de Léon Moussinac qui au fil des années vont s’aiguiser à vouloir tout à la fois « trouver la beauté du film, malgré le film » et « faire table rase » de l’indigence qui régnerait partout dans le cinéma du capital. Article du 16 mars 1927 : « Nous le rappelons ici sans cesse : en régime capitaliste, le cinéma ne saurait être qu’une industrie, un film ne pouvant avoir d’autre but que de “faire de l’argent” ; en régime communiste, le cinéma ne saurait être qu’un art, un film ne pouvant avoir d’autre but que d’amuser, d’émouvoir ou d’instruire. » Du même auteur, une chronique du 5 mai suivant : « Il y a très peu de films intéressants à voir. Il s’agit donc de n’aller au cinéma qu’à bon escient, donc rarement, pour siffler un film dont la médiocrité est offensante, ou d’esprit dangereux, et pour applaudir toute 
œuvre vraiment cinématographique. Pas simple. »

Pourtant, la politique des bruits et des cris va, sur papier journal, servir d’arme pour la critique et le cinéma. « Les communistes en général et Léon Moussinac veulent accentuer et politiser les réactions de la foule, la transformer en masse critique et agissante », soulignent les intervenants. En témoignent les appels à « siffler chaque semaine les actualités du Pathé-Aubert-Gaumont-Journal ». Inlassablement, le vendredi, Moussinac tient les comptes, décrit les hauts faits : l’Internationale qui couvre la Madelon à Châlons, les « À bas la guerre ! » qui retentissent à Limoges, à Courbevoie. Il synthétise deux traditions, celle qui consiste à siffler au théâtre, et le « sabotage » ouvrier. L’Humanité du 2 juillet 1927 : « Nos camarades allemands siffleront à Berlin pour les mêmes raisons que nous. »

En 1928, pour avoir fustigé le film Jim le harponneur, Léon Moussinac est attaqué en justice par un grand patron de l’industrie cinématographique, Jean Sapène, qui vient de rénover les studios de Joinville. La presse corporative conspue Moussinac « le Moscoutaire ». Condamné, Moussinac gagne en appel. Il fonde avec d’autres critiques – Jean Prévost, de la NRF, ou encore le cinéaste René Clair – l’Association amicale de la critique cinématographique. Conquête encore vivante.

La même année, Léon Moussinac va fonder les Amis de Spartacus pour diffuser le cinéma soviétique. Les séances sont privées, pour tenter de contourner la censure. Les militants communistes distribuent les cartes pour y assister dans les bistrots, dans la rue, à l’Humanité. Le choc visuel est énorme. Les spectateurs s’identifient aux films. Vantent leurs « qualités documentaires » en même temps que celles des premiers romans « prolétariens » que publie le journal. Le courrier des lecteurs montre à quel point la « réalité » des mots et des images fait exister ce pour quoi ces femmes et ces hommes se battent. Le rendent « vrai ». L’aventure sera interrompue au bout de six mois par le ministère de l’Intérieur. Lorsque Léon Moussinac meurt, en 1964, fidèle à son parti, bouleversé par le rapport Khrouchtchev, son ami Aragon, rencontré en 1918, lui adresse, dans les Lettres françaises, l’un de ses textes magnifiques, Cette nuit de nous, et s’engage, en poète, à ne jamais la quitter.

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