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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 20:29
Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait: Résister doit toujours se conjuguer au présent
Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait: Résister doit toujours se conjuguer au présent

Le 16 mars 2007, Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance nous quittait.
Sa phrase "le verbe Résister doit toujours se conjuguer au présent" a marqué mes engagements et mes combats. Et aujourd'hui plus que jamais, s'engager, c'est résister..Résistons, et agissons.

 

Lucie AUBRAC (Fondation de la Résistance)

http://www.fondationresistance.org/


(1912-2007)

 

Née le 29 juin 1912, Lucie Bernard a 17 ans lorsqu'elle réussit le concours d'entrée à l'École normale d'institutrices du boulevard des Batignolles à Paris. Déjà d'un caractère bien trempé, elle refuse l'uniforme de l'internat et décide de s'installer à Paris où elle vit de petits boulots.

Très vite elle prend conscience de la montée des fascismes en Europe et rapidement elle adhère aux Jeunesses communistes. En 1936, elle se rend à Berlin à l'occasion des Jeux olympiques et découvre la réalité du nazisme.

Tout en militant activement, elle entreprend alors des études d'histoire et, en 1938, elle est reçue à l'agrégation d'histoire géographie.

 Lorsque la guerre éclate, elle est en poste à Strasbourg où elle fait la rencontre de Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées, mobilisé comme officier du génie. Ils se marient le 14 décembre 1939.

Fin juin 1940, Raymond est fait prisonnier par l'armée allemande. Alors qu'il est détenu à Sarrebourg, Lucie parvient à le faire évader, fin août 1940, profitant de la confusion générale.

À l'automne 1940, l'université de Strasbourg est repliée à Clermont-Ferrand où Lucie doit se présenter pour avoir une affectation. Dans cette ville, elle forme avec Jean Cavaillès, Emmanuel d'Astier de la Vigerie et Georges Zérapha un premier noyau de Résistance, la « dernière colonne » préfiguration du mouvement Libération-Sud.

À partir de 1941, le couple Aubrac s'installe à Lyon. Raymond exerce son métier d'ingénieur tandis que Lucie est nommée professeur au lycée de jeunes filles Edgar Quinet.

Militante et membre du cercle des dirigeants de Libération-sud, elle s'adonne alors, entre ses cours, à de multiples activités clandestines : en juillet 1941, elle contribue à la parution du premier numéro du journal Libération, elle fabrique des faux papiers et aide des résistants à franchir la ligne de démarcation. En mai de la même année, elle donne naissance à son premier enfant Jean-Pierre.

Le 15 mars 1943, son mari, adjoint au général Delestraint, chef de l'Armée secrète est arrêté à Lyon par la police de Vichy et incarcéré à la prison Saint-Paul. Avec un aplomb incroyable, Lucie Aubrac fait pression sur le procureur de la République et parvient à le faire libérer.

Étant devenue une spécialiste des évasions, elle organise peu de temps après, l'enlèvement par des faux Gestapistes, de trois résistants détenus à l'Hôpital de l'Antiquaille (dont Serge Ravanel) puis de quatre détenus à l'hôpital de Saint-Étienne.

Le 21 juin 1943, c'est l'arrestation à Caluire de Jean Moulin et de plusieurs responsables de la Résistance, dont Raymond Aubrac. Incarcérés au fort Montluc, ils sont interrogés sous la torture par Klaus Barbie dans les bâtiments de l'École de santé militaire, devenue siège de la Gestapolyonnaise. Lucie, enceinte, monte un coup de main audacieux. Le 21 octobre 1943, en plein jour, les armes à la main, à la tête d'un groupe franc des MUR pour qui elle est « Catherine », elle mène l'attaque de la camionnette de la Gestapo dans laquelle sont transférés Raymond Aubrac et une dizaine d'autres résistants.(1)

Désormais identifié et recherché par toutes les polices allemandes et vichystes, le couple erre de cachette en cachette dans l'attente d'un avion qui les emporte finalement à Londres avec leur petit garçon le 8 février 1944. Quatre jours plus tard, elle accouche d'une  fille qu'elle prénomme Catherine.

En juillet 1944, elle participe à la mise en place des Comités de libération dans les zones libérées puis rejoint son mari commissaire régional de la République à Marseille. En janvier 1945, Raymond Aubrac doit quitter son poste et s'installe à Paris avec Lucie qui siège désormais à l'Assemblée consultative.

Puis, Lucie Aubrac reprend son métier d'enseignante sans pour autant mettre un terme à son action militante. La décolonisation, l'évolution de la condition féminine, les problèmes de société sont des combats qui la mobilisent à la Ligue des Droits de l'Homme.

À la retraite Lucie Aubrac, infatigable, s'emploie, notamment par d'innombrables conférences dans les établissements scolaires à travers toute la France, à communiquer aux nouvelles générations le sens des valeurs de solidarité, de fraternité et de justice qui firent la grandeur du combat de la Résistance.

Lucie Aubrac qui était vice-présidente d'honneur de la Fondation de la Résistance, s'est éteinte le mercredi 14 mars 2007. Les honneurs militaires lui ont été rendus dans la cour d'honneur de l'Hôtel national des Invalides. Devant Raymond Aubrac, ses trois enfants, ses dix-huit petits enfants, des membres du gouvernement, de nombreux résistants et la foule nombreuse de ses amis, le président de la République Jacques Chirac a prononcé son éloge funèbre. « Lucie Aubrac, nous n'oublierons pas votre message » a dit le chef de l'Etat rappelant que « la cohésion nationale est un combat de tous les jours » et que nous devions « garder vivante dans nos cœurs la flamme des luttes de la République pour la Liberté ».

Frantz Malassis

(1) Cet extraordinaire épisode de la Résistance française est relaté dans son ouvrage Ils partiront dans l'ivresse, qui a été porté à l'écran par Claude Berri avec comme acteurs principaux Carole Bouquet et Daniel Auteuil.

La sortie du film Lucie Aubrac fut l'occasion pour certains milieux d'orchestrer une campagne odieuse d'insinuations envers le couple Aubrac. Dans ce contexte, Raymond et Lucie Aubrac portèrent plainte contre Gérard Chauvy, auteur de Aubrac, Lyon 1943, qui fut condamné pour diffamation en 1998. Les dommages et intérêts versés par ce dernier et son éditeur furent intégralement versés à la Fondation de la Résistance, (dont Lucie Aubrac était vice-présidente d'honneur) à charge pour elle d'offrir chaque année un prix spécial à plusieurs lauréats nationaux du concours scolaire de la Résistance et de la Déportation.

Lucie Aubrac : une incarnation de la Résistance

VENDREDI, 16 MARS, 2007
L'HUMANITÉ

Disparition . L'épouse de Raymond, l'une des figures de la Résistance, s'est éteinte mercredi soir à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Elle était restée une militante inlassable.

«Convaincre les jeunes qu'ils sont capables de résister. » À l'heure où la triste nouvelle (hélas attendue) a assombri la nuit de mercredi à jeudi, cette phrase récente de cette grande dame aux cheveux neigeux et au regard droit a surgi en notre mémoire, phrase à la saveur familière frappée du sceau de l'insoumission, une phrase comme une évidence, une injonction, un testament philosophique. Lucie Aubrac s'est éteinte, mercredi soir, à l'Hôpital Suisse de Paris d'Issy-les-Moulineaux. Elle avait quatre-vingt-quatorze ans et « était hospitalisée depuis deux mois et demi », a expliqué sa fille, Catherine.

L'âme vagabonde, nous avons alors fermé les yeux pour respirer bien fort. Mesurer le temps parcouru. Le chemin arpenté. Le legs universel. Puis, nous avons pensé à Raymond, figure indissociable, fusionnelle. Les voilà l'un sans l'autre désormais, quelle drôle d'idée. Impossible défi, enchâssés qu'ils sont dans la mémoire collective. Improbable réalité, pour eux tout simplement mais aussi pour l'histoire qui leur doit tant... Mon Dieu qu'il est difficile de « dire » ces deux êtres en leur ampleur et, au plus près, sans rien travestir ni réduire, raconter ce parcours hors du commun.

une inlassable ferveur

Si le XXe siècle n'avait pas connu le nazisme, Vichy, la Résistance, les lois antisémites et la nécessité vitale, absolue, d'échapper aux persécutions en changeant d'identité, Lucie Aubrac n'aurait jamais existé. Elle serait restée Lucie Bernard jusqu'au 14 décembre 1939, jour de ses noces avec Raymond Samuel, puis, comme ce fut le cas brièvement, elle se serait appelée Lucie Samuel. Monsieur et Madame Samuel. Elle, jeune communiste, fille de vignerons du Mâconnais, née en juin 1912, agrégée d'histoire, réputée « sévère » mais « brillante » (1). Lui, enfant de Vesoul, fils d'une famille juive polonaise, ingénieur des Ponts et Chaussées, licencié en droit à Paris et diplômé d'une université américaine. Seulement, ces époux-là au nom juif n'étaient pas libres de s'aimer. Et leurs vies se trouvaient menacées.

En plongeant dans la nuit noire de l'Occupation et en entrant dans la Résistance, Lucie et Raymond devinrent Aubrac. Ils le resteront pour jamais. En quelque sorte. Des héros ? Lucie se fâchait toujours en entendant ce mot. « Les héros, sont d'abord ceux qui sont morts. » Inlassable ferveur d'une certaine idée de la France et de l'engagement, toujours prête à bousculer la posture de l'icône. Car depuis la Libération, on dit « les Aubrac » et rien d'autre, comme si, par la simple évocation de ce nom mythifié par la France, on voulait aussi dire une présence commune et convoquer par ce nom une source inépuisable d'élévation, une urgence aussi, partout où l'homme est blessé. Célébrité ou pas, chez les Aubrac, on n'a jamais transigé avec les principes ni avec les engagements fondamentaux. Cette « règle », cette forme d'idéal humain, ce souci d'une liberté inaliénable, tout cela remonte loin.

Ils s'étaient rencontrés à Strasbourg en 1939, quelques mois avant leur mariage, et dès l'année suivante, à peine Raymond était-il fait prisonnier qu'elle l'aidait (déjà) à s'évader d'une prison de Sarrebourg (Moselle). À l'automne 1940, en zone libre, Lucie rencontra, à Clermont-Ferrand, le journaliste Emmanuel d'Astier de la Vigerie qui organisait un petit groupe clandestin, La dernière colonne, et faisait paraître un journal clandestin. Raymond et Lucie s'installèrent ensuite à Lyon, et, avec une pléiade de jeunes qui refusaient la bête immonde et la croix gammée, ils fondèrent le mouvement Libération-Sud et se lancèrent, tous à corps perdu, dans les premières actions de l'ombre. C'est de ces années-là que datent les coups d'éclat qui feront de leur patronyme l'un des symboles de la France debout.

entre passion et patience

Jusqu'en novembre 1943, Lucie Aubrac enseigne au lycée de jeunes filles Edgard-Quinet de la capitale des Gaules. À cette date, elle reçoit sa révocation en raison de ses engagements trop visibles contre l'occupant. Depuis novembre 1942, elle dirige en effet dans toute la région un corps franc. Rôle essentiel : les évasions. Celle de Raymond en personne fut la plus célèbre. Le 21 juin 1943, à Caluire, Raymond, sous le pseudonyme de François Vallet, est arrêté par les sbires de Klaus Barbie. Avec lui, Jean Moulin, chef du Conseil national de la Résistance (CNR), bientôt massacré, et une dizaine de résistants. Lucie, enceinte, n'a qu'une obsession : revoir Raymond, le sauver d'une mort certaine. Avec un mélange d'inconscience et de courage, elle se jette dans la gueule de la Gestapo pour le faire évader, en échafaudant un judicieux stratagème. Lors d'un audacieux coup de main durant un transfert de prisonniers, avec ingéniosité et sang-froid, les armes à la main, elle réussit à libérer son mari et treize autres résistants. Recherchés activement par la Gestapo, le couple gagne Londres le 8 février 1944, avec leur petit garçon, Jean-Pierre. Lucie accouche quatre jours plus tard d'une fille, Catherine.

À la Libération, Lucie Aubrac rejoignit son mari, nommé commissaire de la République (préfet) à Marseille, puis représenta le Mouvement de libération nationale à l'Assemblée consultative de Paris (2). Le retour à la vie « normale » est alors marqué au fer rouge : les affaires du monde leur importent plus que la glorification de ce qu'ils firent. Valeurs aux coeurs et aux tripes, intactes, le couple fit corps. À lui le recul, la mise à distance, le sang-froid pour balayer d'un revers de main les défroqués du Kremlin qui l'accusèrent d'avoir été un agent du KGB, et en voulaient pour preuve que Ho Chi Minh avait séjourné un temps dans le pavillon familial des Aubrac. À elle la repartie quand on lui suggérait que son engagement antinazi avait pu être dicté par sa sympathie avec le PCF, eux les compagnons de route : « Être communiste sous l'Occupation, est-ce que ça ne voulait pas dire d'abord qu'on se battait contre Hitler ! » (3). Lui, travailla aussi en Afrique et lutta contre la famine avec la FAO. Elle, féministe (« Sans les femmes, disait-elle, la Résistance ne pouvait rien faire »), reprit son métier d'enseignante. Et ne cessa plus, dès lors, de militer en faveur de la paix et de livrer, à travers de nombreuses conférences et dans d'innombrables classes, le témoignage de son engagement dans la Résistance. Il faut avoir vu une fois dans sa vie le lien quasi charnel qu'elle nouait avec les élèves, pour comprendre la générosité de la pédagogue et l'éloquence de son humanité, entre passion et patience.

« Madame conscience »

En 1997, le réalisateur Claude Berri porte à l'écran l'histoire du couple quand les cinéphiles, eux, continuent d'aduler (à juste titre) l'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville (1969), dont l'architecture fait directement référence aux propres souvenirs de Lucie. Un malheur n'arrive jamais seul. En avril 1998, après une polémique absolument indigne, les époux obtinrent que l'historien Gérard Chauvy et son éditeur Albin Michel soient condamnés pour « diffamation publique » après la publication d'un torchon, Aubrac, Lyon 1943, qui mettait en doute leur rôle dans la Résistance. Un pic d'émotion vite atténué par le retour à la dignité des faits. Alors, avec un infatigable enthousiasme, drôle ou grave, elle continuait de raconter, de se confesser aussi parfois (4), de commenter, de s'emporter, d'alerter sur l'état du monde, de s'indigner des inégalités galopantes. Avec les sans-papiers par exemple. Contre la résurgence d'idées glauques et fascisantes. Surtout contre la bêtise. Emmanuel d'Astier de la Vigerie l'avait d'ailleurs surnommée « Madame Conscience ». Et c'est peu dire. En mars 2004, avec plusieurs figures de la Résistance, comme Georges Séguy, Jean-Pierre Vernant, Maurice Kriegel-Valrimont, Germaine Tillion, Georges Guingouin, Lise London, etc., elle avait signé avec son mari un appel aux jeunes générations pour qu'ils réagissent devant la remise en cause du « socle des conquêtes sociales de la Libération ».

Le XXIe siècle, enfanté dans l'incertitude, était aussi le sien. Tout début 2007, elle appelait à « résister à l'ordre établi, au libéralisme et à une classe politique ayant le plus grand intérêt à ce que rien ne change ». Résister c'est réfléchir. Réfléchir c'est penser. Et penser c'est agir. À ceux qui prétendent définir l'« identité nationale » en dressant des barbelés, nous préférerons, toujours, « être avec » Lucie Aubrac, et continuer de parler de bien commun, de justice, d'égalité des droits et de cet imaginaire français dont on rêve qu'il reste universel. Il y a quelques années, elle déclarait : « Aubrac, aujourd'hui, ça sonne Résistance. Au fond, ça a peut-être été bénéfique, pour nous. Ça nous a obligés à nous engager, et dans le bon sens. Car le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. »

(1) Simone Signoret, qui l'eut pour professeur, rappela souvent la figure de ce professeur « absolument fabuleux ».

(2) Elle fut candidate sur la liste de Waldeck Rochet aux législatives de novembre 1946, présentée en troisième position.

(3) Entretien avec Gilles Smadja

dans l'Humanité (février 1997).

(4) Grand officier de la Légion d'honneur, elle était l'auteur de plusieurs livres, parmi lesquels :

Ils partiront dans l'ivresse, (1984), Cette exigeante liberté, (1997),

la Résistance expliquée à mes petits enfants, (2000).

Jean-Emmanuel Ducoin

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