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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 20:30
fresque dans un camp de réfugiés à Béthléem

fresque dans un camp de réfugiés à Béthléem

L’aide internationale aux réfugiés palestiniens est menacée

 PAR 

Depuis que Trump a annoncé qu’il coupait une partie du financement de l’UNRWA, l’organisation onusienne cherche à boucher le trou dans son budget. Elle organise une conférence de donateurs jeudi à Rome à laquelle la France participe.

Lundi 12 mars, à travers le Moyen-Orient, des milliers d’écoliers sont sortis dans les cours de récréation pour faire voler des cerfs-volants bleus. Du bleu teinte ONU. Cette opération de communication était organisée par l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, un programme vieux de 70 ans qui connaît aujourd’hui une grave crise financière.

Depuis que l’administration de Donald Trump a décidé en début d’année de couper une partie de ses donations à l’organisation, celle-ci craint de ne plus pouvoir assumer ses missions que beaucoup jugent cruciales pour la stabilité dans la région. Jeudi 15 mars se tiendra à Rome une réunion sous l’égide de l’UNRWA, avec des représentants de 90 pays, pour tenter de pallier son manque de fonds. Jean-Yves Le Drian représentera la France, qui envisage d’augmenter sa contribution annuelle.

Hormis Israël et une partie de l’administration américaine, tout le monde juge le travail de l’UNRWA utile et nécessaire, mais peu de pays se pressent pour remplir ses caisses. Créée en 1949 afin d’assister les Palestiniens chassés de leur terre par la création de l’État d’Israël, l’UNRWA est un des piliers essentiels de la survie de ces réfugiés, qu’ils vivent à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban ou en Syrie. L’agence onusienne soutient 1,7 million d’entre eux par des aides alimentaires ou financières, elle offre 9 millions de consultations médicales par an et scolarise plus de 500 000 enfants dans des écoles dont le niveau est souvent jugé meilleur que celui des établissement locaux.

« Parmi toutes les dépenses onusiennes, celle de l’UNRWA est certainement une des plus efficaces en termes de ratio argent/réalisations », estime un diplomate français. Mais l’année 2018 pourrait bien voir la fin d’une grande partie de ce travail. En effet, à la suite de la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’Autorité palestinienne a dénoncé la position de médiateur de Washington et annoncé ne plus vouloir participer aux réunions dites « du processus de paix ». En rétorsion, Donald Trump et son ambassadrice aux Nations unies Nikki Haley ont décidé de réduire leur contribution (volontaire) à l’UNRWA.

L’an passé, les États-Unis avaient versé 364 millions de dollars à l’organisation. Cette année, la première tranche de 120 millions a été amputée de 60 millions et l’UNRWA n’a aucune assurance que le reste sera versé. Donc, pour l’heure, le déficit de financement se monte à 60 millions, mais il pourrait atteindre 300 millions si Washington maintient les cordons de sa bourse fermés. Or la contribution américaine représente 30 % du budget de fonctionnement de l’UNRWA.

Depuis des décennies, Israël dénonce l’UNRWA au prétexte que l’aide aux réfugiés palestiniens maintiendrait ceux-ci dans un statut de dépendance qui encourage leurs revendications au retour sur leur terre d’origine. À cet argument, le commissaire général de l’organisation, Pierre Krähenbühl répond : « Est-ce que si demain l’UNRWA n’existait plus, les jeunes Palestiniens arrêteraient de réclamer une solution et un retour en Palestine ou en Israël ? Bien évidemment que non ! » Pour les forces de sécurité israéliennes, qui sont généralement plus pragmatiques que leur gouvernement, l’UNRWA remplit une fonction utile : elle loge, soigne, nourrit et éduque les réfugiés palestiniens les plus pauvres et les plus fragiles, et permet de faire baisser les tensions.

« Si l’UNRWA cessait de remplir une partie de ses fonctions, des milliers de jeunes Palestiniens se retrouveraient soudainement oisifs, miséreux et bourrés de ressentiment », explique le diplomate français. « On peut penser que beaucoup d’entre eux se tourneraient vers la violence, soit contre Israël, soit contre leurs pays hôtes, voire aux côtés des groupes islamistes. » Il semble que le premier ministre Benjamin Netanyahou soit en partie conscient de ce problème, bien qu’il déteste l’UNRWA. De passage récemment au siège de l’ONU à New York, il a plaidé pour que l’aide aux réfugiés à Gaza et en Cisjordanie soit maintenue. Mais il a aussi avancé l’idée que les fonctions de l’UNRWA pourraient être transférées à l’organisation onusienne qui chapeaute tous les réfugiés dans le monde, l’UNHCR. Le secrétaire général Antonio Guterres lui a répliqué : « Êtes-vous bien sûr ? La mission de l’UNHCR est de rapatrier les réfugiés dans leur pays d’origine. » Apparemment, Netanyahou n’en avait pas conscience, mais cela prouve néanmoins qu’il juge utile le travail de l’UNRWA.

Du côté des Américains, il semble que leur décision soit un mélange de la défiance traditionnelle des conservateurs à l’égard des Nations unies couplée à l’arrogance de Trump qui n’a pas supporté que l’Autorité palestinienne critique sa décision. Comme le confie Pierre Krähenbühl, « ce n’est pas la première fois qu’il y a une différence de vue entre les États-Unis et l’Autorité palestinienne, mais jusqu’à maintenant, il y avait toujours eu un consensus sur la protection des fonds humanitaires. J’avais effectué une visite à Washington en novembre dernier qui s’était très bien passée et je ne prévoyais pas une telle décision. C’est malheureusement un conflit qui dépasse le cadre de l’UNRWA et qui nous laisse démunis ».

Pourtant, assure Pierre Krähenbühl, le rôle de l’UNRWA est encore plus précieux dans la situation actuelle où toutes les négociations semblent figées : « Aujourd’hui, l’horizon des jeunes Palestiniens est fermé : il y a une absence de perspective crédible et identifiable pour leur avenir. Quel est le message qui est livré actuellement à la génération née après les accords d’Oslo ? Que quand on s’engage politiquement, cela n’aboutit pas… Ce n’est pas un très bon message à faire passer à la jeunesse. Il y a de vrais risques pour la stabilité régionale. »

Le secrétaire d’État américain sortant Rex Tillerson, qui a été démis de son poste mardi 13 mars, faisait partie de ceux qui étaient opposés à une coupe dans la contribution à l’UNRWA. Son remplacement par Mike Pompeo, un « faucon », encore plus béni-oui-oui à l’égard du président et proche d’Israël, ne présage pas d’une amélioration de la situation, même si les États-Unis seront présents le 15 mars à Rome pour la réunion des donateurs.

L’UNRWA place tous ses espoirs dans cette conférence, en espérant pouvoir combler le trou laissé par les Américains. Cela ne sera pas chose aisée car, comme souvent, les déclarations passionnées d’appui aux Palestiniens sont assez éloignées de ce qui sort des portefeuilles. Le premier contributeur (à hauteur de 365 millions de dollars en 2017) était les États-Unis, suivi par l’Union européenne (136 millions en 2015). Parmi les nations européennes, la Suède, l’Allemagne et le Royaume-Uni pointent en tête (de 60 à 90 millions) mais la France est bien loin (8 millions). L’Arabie saoudite, qui a longtemps été le troisième contributeur, n’était que le sixième en 2017. Quant à la Russie et la Chine, elles n’ont déboursé respectivement que 2 millions et 0,35 million l’an passé.

Il y a donc théoriquement de la marge pour compenser la participation américaine, mais rien n’est gagné. La France pourrait faire un effort, espère une porte-parole de l’UNRWA : « Paris a clairement exprimé, y compris par la voix du président de la République, son fort soutien à l’UNRWA et son intention de contribuer à préserver notamment le système éducatif pour 525 000 élèves de nos écoles. » Mais si aucune solution financière n’est trouvée, les programmes de l’UNRWA (aide alimentaire, notamment à Gaza, écoles et cliniques) pourraient réduire leur fonctionnement, voire carrément fermer boutique dès le mois de mai 2018.

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