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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 09:25
IRLANDE DU NORD - GERRY ADAMS, L'HOMME DE PAIX, PASSE LE RELAIS (L’HUMANITE DIMANCHE – JEUDI 8 FEVRIER 2018 – FRANCIS WURTZ)

Une page de l'histoire du Sinn Féin se tourne. Le 10 février, Mary Lou McDonald devrait succéder à Gerry Adams à la tête du parti de gauche irlandais. Prison, attentats, combat pour la paix, durant trentecinq années, le dirigeant a relevé de nombreux défis pour hisser ce parti au rang de seule force politique présente en Irlande du Nord et en République d'Irlande. Gerry Adams laisse surtout un acte fort, l'« accord du vendredi saint » signé le 10 avril 1998. Cet accord a mis fin à un conflit de trente ans (3 500 morts) auquel se livraient les républicains défendant l'unité entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande et les unionistes qui prônent le rattachement à la Couronne britannique. Mary Lou McDonald ­ et le Sinn Féin avec elle ­ devra relever le défi d'une possible arrivée au pouvoir.

Il y a peu de dirigeants politiques en Europe qui peuvent se targuer d'avoir autant marqué l'histoire contemporaine de leur pays que Gerry Adams, le président du parti de gauche irlandais Sinn Féin depuis trente-cinq ans. Il était donc logique de s'arrêter sur son parcours exceptionnel alors qu'il s'apprête à passer le relais, le 10 février. Ce jour-là, le congrès de la formation républicaine élira une nouvelle dirigeante. Le choix annoncé sera en soi un symbole du rayonnement que Gerry Adams aura grandement contribué à assurer à son parti. Il devrait, en effet, se porter sur l'actuelle vice-présidente du parti, une femme de 48 ans, originaire, non plus d'Irlande du Nord, comme l'étaient traditionnellement la plupart des responsables du Sinn Féin, mais de la République d'Irlande elle-même. La promotion de Mary Lou McDonald, hier déjà première parlementaire européenne de son parti (en 2004), aujourd'hui (depuis 2011) députée au Parlement de Dublin, illustrera ainsi à elle seule l'une des réussites les plus importantes de l'action de Gerry Adams : faire du Sinn Féin un acteur politique de premier plan dans toute l'Irlande et crédibiliser, par là même, toujours plus, l'objectif stratégique central de son parti qui est la réunification du pays.

 

Un peu d'histoire

Un petit rappel historique s’impose à ce propos : lors de la création du nouvel État libre d’Irlande, en 1922, les unionistes, descendants des colons anglais et écossais, majoritaires dans la région du nord du pays, avaient décidé de rattacher « leur » province à la Grande-Bretagne. Depuis, Londres considère cette partie de l’Irlande comme l’une des quatre « nations » constitutives du Royaume-Uni. Dès lors, les républicains d’Irlande du Nord, favorables au retour de la province dans la nation irlandaise, engagèrent le combat que l’on sait – y compris, par la voie militaire avec l’IRA, opposée à la Royal Ulster Constabulary – contre les forces d’occupation. Le Sinn Féin fut longtemps présenté comme la « vitrine politique » de l’IRA, et Gerry Adams comme un membre clandestin de l’IRA, ce que l’intéressé a toujours démenti.

C'est, au contraire, dans son action inlassable pour que soit définitivement tournée la page de la lutte armée au profit de la seule lutte politique que Gerry Adams a acquis sa stature de leader incontournable, tant en Irlande même que, progressivement, vis-à-vis des dirigeants britanniques successifs. Et les succès enregistrés sur cette voie sont spectaculaires.

 

Sans faille

L'étape clé de ce défi historique fut, on le sait, le fameux accord du vendredi saint du 10 avril 1998, par lequel unionistes et républicains d'Irlande du Nord ouvrirent la voie à une cogestion de la province dans des institutions spécifiques (Conseil des ministres et Assemblée propres à l'Irlande du Nord) et à la création d'instances de coopération entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord. En outre, Londres et Dublin s'engagèrent à reconnaître la double citoyenneté ­ irlandaise et britannique ­ aux habitants de l'Irlande du Nord. Cet accord fut massivement approuvé tant par les citoyens de l'Irlande du Nord que par ceux de la République d'Irlande. Encore fallait-il s'assurer, côté républicain, du respect durable de la décision arrachée deux ans auparavant à l'IRA de renoncer à la lutte armée et, dans le même temps, arriver à gérer tant bien que mal la cohabitation plus qu'atypique avec les chefs unionistes, souvent ultras et anciens ennemis jurés. Or, si cette expérience ne fut évidemment pas exempte de crises (comme c'est le cas en ce moment même), elle aura permis d'instaurer la paix dans la province et de déplacer le conflit sur le seul terrain acceptable en démocratie : celui de la politique.

 « Nous allons modifier le paysage politique du tout au tout, déclara Gerry Adams. Nous allons réussir. » Depuis lors, en effet, lui qui avait subi la sinistre prison de Long Kesh ­ sans jugement ­, qui fut victime de deux attentats qui ont failli lui coûter la vie ; lui, dont même la voix fut bannie de la radio britannique par Margaret Thatcher, fit preuve d'une détermination sans faille pour parvenir à cette métamorphose. Aussi, lorsque, quatre mois à peine après ce fameux « vendredi saint », un groupe dissident de l'IRA, opposé au processus de paix, fit exploser une bombe tuant 29 personnes, il se montra d'une fermeté implacable dans la condamnation de ce crime. Gerry Adams est aujourd'hui reconnu comme un homme de paix.

 

Mutation

Ces vingt années furent naturellement semées d'embûches. Plus d'une fois, en Irlande du Nord, de vieux démons de l'ex-IRA surgirent à nouveau, aussitôt exploités par les irréductibles adversaires du Sinn Féin. Mais jamais Gerry Adams n'a renoncé devant l'obstacle :

« Nous avons perdu l'initiative ; il faut vite la reprendre ! » m'avait-il expliqué un jour, avec sa calme assurance. En République d'Irlande, les coups reçus ne sont pas moindres. C'est que, sous la conduite de son emblématique leader, le Sinn Féin est devenu un authentique parti de gauche, proche du peuple et investi dans toutes les grandes questions sociales : « Ce qui inquiète les partis traditionnels, c'est que le Sinn Féin a réussi à capter l'électorat ouvrier et populaire au détriment des partis centristes, ce qui introduit une logique de classe dans la politique irlandaise », notait fort justement, à la veille des dernières élections générales dans la République d'Irlande, il y a tout juste deux ans, un éminent universitaire de Dublin (1).

De fait, le Sinn Féin est aujourd'hui un acteur majeur de la gauche irlandaise et européenne. « Il y a vingt ans, nous n'avions qu'un député. Aujourd'hui, nous en avons 23 en Irlande et 27 en Irlande du Nord », rappelait Gerry Adams, en annonçant son prochain départ. De fait, le Sinn Féin, seul parti présent dans les deux parties du pays, est la deuxième force politique en Irlande du Nord et la troisième en République d'Irlande. Ses parlementaires européens siègent au groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE). « L'idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité ! » déclarait Declan Kearney, un élu de l'Assemblée d'Irlande du Nord, lors d'une récente rencontre avec Pierre Laurent au siège du PCF.

Le Brexit constitue le dernier défi majeur auquel se sera attelé le président du Sinn Féin : plutôt que de le subir (puisque la future frontière extérieure de l'UE risque en principe de couper l'Irlande en deux !), il a, là encore, choisi l'offensive en soulignant que la réunification des deux Irlandes était la vraie solution au problème. « Le Sinn Féin fera campagne pour la tenue d'un référendum et pour la victoire dans les cinq prochaines années ! »

(1) Aidan regan, professeur à l'University College of dublin (« la Tribune » du 22 février 2016).

 

Gerry Adams

Gerry Adams

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