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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 07:15
Maurice et Josette Audin

Maurice et Josette Audin

Justice
Le masque hypocrite du secret-défense

l'Humanité
Stéphane Aubouard 14 décembre 2017

Un collectif proche de victimes de crimes impliquant des décideurs politiques protégés par l’Élysée réclame la création d’une juridiction indépendante.

        Quel point commun relie le génocide des Tutsis au Rwanda, la disparition de l’universitaire communiste Maurice Audin à Alger en 1957, l’assassinat du juge Borrel à Djibouti le 18octobre 1995, le naufrage du Bugaled Breizh au large des côtes anglaises en 2004 ou encore le massacre des tirailleurs sénégalais du camp de Thiaroye le 1er décembre 1944 ? Réponse : la même chose qui relie l’attentat de Karachi en 2002, l’enlèvement et la disparition de Medhi Ben Barka à Paris le 29octobre 1965, les massacres de Sétif en Algérie en 1945, l’assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Vernon le 2 novembre 2013 à Kidal, au Mali, ou encore le meurtre du président burkinabé Thomas Sankara le 15octobre 1987 à Ouagadougou. Ce point commun porte un nom: le secret-défense. Un terme fourre-tout que les familles et amis de victimes mais aussi de simples citoyens engagés dans la nécessaire lutte pour la vérité et la justice ont décidé de contester le 13 septembre en créant le Collectif secret-défense.

        Jeudi dernier, lors d’une conférence de presse qui se tenait dans les locaux de l’association Survie à Paris, quelques jours après que le président Macron eut annoncé à Ouagadougou la déclassification des archives sur l’assassinat de Thomas Sankara, le collectif a communiqué sur son objectif principal : la levée du secret-défense et la création d’une juridiction indépendante. « L’enjeu est que le citoyen comprenne que ce secret ne concerne pas seulement l’armée mais toute la société », a insisté Élisabeth Borrel, veuve du juge Bernard Borrel. « Il faudrait plutôt parler de secret d’État élargi dans tous les domaines sociétaux comme la recherche, les affaires, l’écologie… Je ne veux plus que les victimes et les familles de victimes continuent d’être considérées comme les ennemis de l’État. C’est pourquoi nous appelons à la création d’une juridiction indépendante avec un juge qui ait accès à tous les dossiers », précise l’ancienne magistrate.

L’État, qui se retrouve juge et partie, use et abuse de mensonges, comme dans l’affaire Audin

        Jusqu’à présent, pour toutes les parties civiles, le combat est rude, d’une éprouvante lenteur, et peut durer des décennies. L’État, qui, dans ces affaires-là, se retrouve juge et partie, use et abuse également de mensonges, par exemple dans l’affaire Maurice Audin dont, pendant près d’un demi-siècle, la version officielle consistait à dire qu’il s’était évadé de sa prison en Algérie. « Il aura fallu attendre 2014 et un communiqué de François Hollande pour dire qu’il ne s’était pas enfui mais était mort en détention », s’insurge Henri Pouillot membre du comité pour la vérité Maurice-Audin. Une annonce qui n’a cependant eu aucun effet sur la déclassification des archives liées à cette affaire remontant à soixante ans!

        Cependant, même si c’était le cas, rien ne dit que l’affaire aurait pris une autre tournure. Quand l’État daigne laisser à la justice l’accès aux dossiers sous la forme d’une levée partielle ou totale du secret-défense, nombreux sont les cas dits de « caviardage » – effacement de passages entiers, disparition de certaines pages, etc. Une méthode très largement utilisée concernant le génocide des Tutsis au Rwanda où l’armée française – ou plutôt certains hauts gradés et hauts fonctionnaires de l’État –, accusée de complicité, a été d’une passivité criminelle.

Les documents pourtant déclassifiés par l’Élysée demeurent toujours bloqués

        Hier, du côté de la Bastille, François Graner, l’un des initiateurs du Collectif secret-défense, et directeur de recherche CNRS à l’université Paris Diderot, organisait une action pour dénoncer ce système de verrous qui, dans le cas du génocide rwandais, ne s’arrête pas au simple secret-défense. Une seconde porte existe dans ce cas précis en la personne de l’ex-ministre déléguée à la famille de François Hollande Dominique Bertinotti, désignée en 1992 par François Mitterrand mandataire des archives liées à son double septennat. À l’heure actuelle, elle est la seule décisionnaire quant aux dérogations accordées aux chercheurs et journalistes désireux de consulter, avant le délai légal de soixante ans, les archives liées au Rwanda. « Pour le symbole, nous sommes allés lui remettre le double de clé de celle qu’elle a sans doute perdue pour nous ouvrir la porte », s’amuse François Graner. En juillet 2015, ce dernier l’avait sollicitée pour consulter 83 documents récemment déclassifiés par l’Élysée. Mais l’ancienne maire socialiste du 4e arrondissement de Paris (2001-2012) avait rejeté en bloc sa demande, estimant que les documents étaient « susceptibles de porter une atteinte excessive aux intérêts protégés par la loi ».

        Aujourd’hui, le Collectif secret-défense tentera d’enfoncer une autre porte, celle de l’Élysée, par le truchement d’une lettre ouverte à Emmanuel Macron. «Il s’agit pour nous de faire savoir au président de la République les blocages auxquels nous devons faire face depuis des années. Nous espérons vraiment – comme il a commencé à le dire pour l’affaire Sankara – que ces secrets-défense qui protègent des individus, et non le pays, sauteront une bonne fois pour toutes. Nous lui demanderons aussi qu’une juridiction puisse être créée spécialement afin que tout soit conforme à la Constitution de notre pays.»

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