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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:44

Les militants d’En Marche! se prononcent sur les statuts de leur futur parti. Comités locaux sans pouvoir, direction ultra-puissante : le parti, où l'absence de démocratie est assumée, s'annonce très centralisé. Des militants attaquent les textes en justice.

Ils étaient des “marcheurs” et des “helpers”, concentrés autour d'un homme providentiel, avec pour seul objectif de faire d'Emmanuel Macron le nouveau président de la République. Une fois cet objectif atteint, au-delà des espérances, vu l'écrasante majorité parlementaire qui a suivi l'élection de leur héraut, le temps est venu de se structurer pour espérer pouvoir durer. Le dimanche 30 juillet prochain, La République en marche (LREM) va ainsi se muer en parti. Il est très probable qu’à l’issue de la consultation par voie électronique de ses adhérents, ses statuts soient ainsi adoptés.

Tour d'horizon des enjeux et des contraintes qui vont entourer le plus dur qui commence : s'inscrire dans la durée d'un monde politique espéré comme « nouveau », mais qui doit quand même passer par des rites « anciens »…

 

25 % tirés au sort, 75 % cooptés

Sur le papier, les comités locaux « constituent le socle fondamental du parti » : n’importe qui peut en créer un, choisir son mode de fonctionnement, y entrer, sans s'acquitter d'une cotisation. Il y a « un référent territorial » par département, ou plus si la densité du territoire l’exige. Celui-ci est nommé par le bureau exécutif et approuvé par le conseil national. Mais il n’a pas de « lien de tutelle avec les comités locaux, il n’a pas le droit de donner d’ordre », explique Anne Descamps, porte-parole du mouvement. Ces référents territoriaux constituent, avec les élus – parlementaires, présidents de collectivités, maires –, 75 % du « Conseil national », le parlement du parti. Les 25 % restants se décomposent en 20 % d’adhérents et 5 % d’animateurs locaux tirés au sort.

Ce scrutin a donné lieu à la première fronde interne du “mouvement-parti”. Trente-deux adhérents ont en effet déposé un référé au tribunal de grande instance de Créteil pour faire annuler la consultation, dénonçant le non-respect des statuts actuels d’En Marche!, qui prévoient un délai d’un mois entre la convocation à l’assemblée générale électronique et le début de celle-ci. Or les adhérents ont reçu leur convocation le 8 juillet et le scrutin a démarré le 23. 

 

« Aristocratie de droit divin »

Ce vice de forme vient s’ajouter à un certain nombre de griefs de fond de ces trente marcheurs qui réclament le report du vote. « 75 % des membres du Conseil national sont des référents départementaux, nommés par la direction nationale, ou des élus, élus par le peuple, certes, mais après avoir été choisis par la commission nationale d'investiture qui dépend directement du bureau exécutif », détaille Rémi Bouton, porte-parole du collectif La démocratie en marche. Il s’inquiète également du seuil de 20 % de comités ou d'adhérents à atteindre pour pouvoir soumettre une question au bureau exécutif, ou encore des deux tiers des adhérents à réunir pour réviser les statuts, quand le bureau exécutif peut le faire à n’importe quel moment. Or En Marche! compte aujourd’hui officiellement 375 000 adhérents et 3 200 comités locaux.

Après la convention sur les statuts, le 8 juillet dernier, les membres de Denfert, le comité parisien de Rémi Bouton, avaient discuté de ce qu’ils auraient voulu inscrire dans ces statuts. « Nous aurions voulu élire les référents plutôt que de se les voir imposer par le national, que ce soient des binômes paritaires plutôt qu’une seule personne, que les instances nationales soient élues. Et aussi que l’on mette en place la “civic-tech”, des outils de collaboration entre comités locaux, des plates-formes pour inventer un nouveau type de démocratie. » À la réception du projet de statuts, c’est le désenchantement. « La défiance envers les adhérents était à tous les étages, explique le “marcheur”. Ils voulaient supprimer les baronnies des partis traditionnels ? Ils les remplacent par une aristocratie de droit divin ! Les adhérents ne sont pas un tiers état, nous sommes un “quart état” ! »

 

 « Plafond de verre »

Comment quelqu’un qui, il y a quelques mois, se lançait à corps perdu dans l’aventure En Marche!, en est-il arrivé à une telle amertume ? « J’ai adhéré parce que je trouvais qu’Emmanuel Macron était séduisant. Ancien des radios libres, j’aime expérimenter. Mais lorsque je proposais des choses, mon référent territorial agissait souvent en verrou. Il ne nous rapportait pas beaucoup d'informations de ce qui se passait au “QG”. Il y avait comme un plafond de verre qui nous empêchait de prendre part à ce qui se passait dans les hautes sphères du mouvement. Nous, nous avions juste le droit de parler de militantisme, de faire les petites mains. Mais la politique était ailleurs. C’était très frustrant », témoigne Rémi Bouton. Dans un premier temps, le militant se tait, comprenant la nécessité d’une « opération commando » en vue des élections, et « pour ne pas faire de mal au mouvement ». « Mais sur les statuts, rien ne nécessitait un tel empressement », juge-t-il. 

La parole de Rémi Bouton et de ses camarades se heurte pour l'instant à un mur d'hostilité, du moins de la part des militants présents à la convention du 8 juillet que nous avons recontactés. Lorsqu'elle a vu les dissidents à la télévision, Rozenn, du comité d'Issoire, a tout de suite envoyé un message à son référent départemental pour lui demander ce que c'était que ce « bazar » : « Les législatives ont eu lieu il y a seulement deux mois ! Il faut laisser le temps au temps au lieu d'alerter tout le monde au moindre problème ! Mais bon, les gens veulent faire parler d'eux. » L'absence d'élections internes ne la dérange pas plus que cela : « Dans les autres partis, on élit des gens et pourtant, certains restent plus puissants que d'autres. » Son camarade Jacques-François, coréférent territorial en Côte-d'Or, relativise : « Trente personnes, c'est minime au vu du nombre d'adhérents. Il y a toujours des mécontents, des personnes aigries de n'avoir pas eu de poste. » Lui aussi défend le fonctionnement vertical du parti : « Pour l'instant, nous sommes dans une phase de création, nous avons besoin de gens compétents. Ils sont nommés seulement pour trois ans, au-delà, ça bougera. »

 

Une direction recrutée sur C.V. 

Du côté d’En Marche!, on assume sans complexe que le parti ne soit pas démocratique. « Nous ne voulons pas de strates, de corps intermédiaires qui captent la voix des adhérents. Nous ne voulons pas non plus des élections que proposent ceux qui s’opposent aux statuts, car la désignation nous permet de sélectionner des profils, des compétences, et de maintenir la parité. Revenons au principe de réalité : les élections au niveau local, c’est cela qui enkyste les partis », explique Anne Descamps. Comme dans une entreprise, c’est donc sur C.V. que les « référents territoriaux » sont recrutés par le bureau exécutif.

Anne Descamps préfère concentrer son discours sur l’innovation que constitue le tirage au sort d’un quart du parlement du parti : « Je préfère la démocratie directe à la démocratie indirecte. Nous sommes le seul parti qui permette aux adhérents de siéger de manière fixe dans les instances qui ont le pouvoir de désigner la direction exécutive du parti. Alors que d’habitude, les adhérents n’ont aucun rôle dans ces instances. » Sauf, peut-être, celui de les élire et de les réélire, ou pas.

 

 

Régler les problèmes par la hiérarchie

Un système qui « fonctionne si chacun joue son rôle », explique Anne Descamps. Elle le concède, le staff d’En Marche! a identifié « des verrous », « des relations interpersonnelles compliquées » : des conflits. « La réponse à ces verrouillages, ce ne sont pas des élections, c’est plus de fluidité. » Comprendre : en cas de crise ouverte, la direction nationale nommera un nouveau référent à la place du premier.

La porte-parole souligne aussi que les process mis en place par En Marche! ont permis de « solutionner » une partie de ces problèmes. « Avant le vote en lui-même, nous avons lancé une consultation sur des projets de statuts. Nous avons récolté 2 500 retours et pris en compte certaines demandes. Les référents territoriaux pourront être évalués de manière formalisée, ils pourront être soumis à un vote de confirmation sur proposition du bureau exécutif, et les comités locaux auront la possibilité de proposer un candidat », explique la cadre d’En Marche!

 

Des baronnies par le haut

« Les statuts d’En Marche! laissent aux comités locaux une grande autonomie, contrairement aux sections des partis. On remarque une absence de leader, qui marque le refus de la personnalisation. Mais surtout, surtout, il y a une absence totale de contrôle des adhérents sur les dirigeants », analyse Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à Paris I.

Selon le politologue, l’absence d’intermédiaires est un leurre. « Les intermédiaires existent, mais ils sont désignés par le haut. Ce sont les référents territoriaux, sortes de préfets du parti. » Pour lui, mettre la formation de baronnies sur le compte des statuts, quels qu’ils soient, est une erreur. « Ce ne sont pas les statuts des anciens partis qui ont créé les baronnies, ce ne sont pas eux qui peuvent les empêcher dans les nouveaux partis. Il sera d’autant plus facile pour un maire de faire main basse sur le parti grâce à sa puissance – comme ce qui se passe actuellement à Montpellier – qu’il n’y a pas d’élections internes, pas d’élus qui peuvent rendre compte. Si vous ne précisez pas les droits des adhérents, qui va définir les règles ? Les plus puissants. »

 

« Néogaullisme »

Autre problème soulevé par Frédéric Sawicki, celui de la gratuité de l’adhésion. « Il n’est précisé aucune périodicité pour renouveler son adhésion. N’importe quel élu peut faire adhérer des dizaines de gens en un simple clic pour faire voter des choses, sans aucun contrôle. Si on ajoute la question de la possibilité de double appartenance, En Marche! peut être capté par n’importe quelle autre force politique. Il faut lier ces deux questions avec l’absence de pouvoirs des adhérents », décrypte le chercheur. L’impuissance des comités locaux expliquerait donc leur totale liberté. Cette liberté elle-même expliquerait pourquoi pas un centime des millions d’euros de subventions touchées par le parti après les élections ne sera reversé à ces comités sans passer par un appel à projet… piloté par le national.

« Nous sommes donc dans un système très centralisé, néogaulliste, quasi militaire, fait pour défendre une personne », juge Frédéric Sawicki, qui fait même un parallèle avec « le PC [le Parti communiste] de la grande époque, où les permanents étaient payés pour s’assurer que les militants restaient dans la ligne ». « Les chefs d’entreprise peuvent s’insérer dans ce système, sur le mode “tout le monde derrière le CA [conseil d'administration] !”. Mais pour les ex du parti socialiste, même ceux du Nouveau Centre, ou encore les gens issus du monde associatif, ça va être plus difficile. Cela sera-t-il compatible avec le rapport actuel, critique, aux institutions ? » s’interroge le politologue. À court terme, il doute surtout que le parti puisse se lancer dans les élections municipales sans faire vivre, y compris financièrement, les comités locaux.

 

Lanceurs d’alerte

Cette rigueur formelle a déjà suscité l’explosion publique de trente “marcheurs”. Leurs vaines tentatives de rencontrer les membres du QG, puis Jean-Paul Delevoye, et même Emmanuel Macron lui-même, les poussent à porter leur différend devant la justice, et à le médiatiser. Une seule possibilité pour que les statuts ultra-centralisateurs d’En Marche! ne soient pas adoptés : que la justice l’empêche. Résultats le 1er août. « Si on ne gagne pas, on aura lancé une alerte », estime Rémi Bouton.

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
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