Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 12:05

Jean Jaurès, ultime appel à l’unité des travailleurs de France et d’Allemagne

JÉRÔME SKALSKI
MARDI, 8 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
Jean Jaures (1859-1914) depute socialiste francais et fondateur du journal "L'Humanite" en1904 ici c. 1890 --- Jean Jaures (1859-1914) french socialist politician, founder of paper "Humanite" in1904 here c. 1890 ©Rue des Archives/RDA
Jean Jaures (1859-1914) depute socialiste francais et fondateur du journal "L'Humanite" en1904 ici c. 1890 --- Jean Jaures (1859-1914) french socialist politician, founder of paper "Humanite" in1904 here c. 1890 ©Rue des Archives/RDA
 

Les grands discours de la République 17/34. 29 juillet 1914, Cirque royal de Bruxelles

Le prolétariat prend conscience de sa sublime mission. Et le 9 août, des millions et des millions de prolétaires, par l’organe de leurs délégués, viendront affirmer à Paris l’universelle volonté de paix de tous les peuples.

Nous, socialistes français, notre devoir est simple. Nous n’avons pas à imposer à notre gouvernement une politique de paix. Il la pratique. Moi qui n’ai jamais hésité à assumer sur ma tête la haine de nos chauvins, par ma volonté obstinée, et qui ne faillira jamais, de rapprochement franco-allemand, moi qui ai conquis le droit, en dénonçant ses fautes, de porter témoignage à mon pays, j’ai le droit de dire devant le monde que le gouvernement français veut la paix et travaille au maintien de la paix. Le gouvernement français est le meilleur allié de la paix de cet admirable gouvernement anglais qui a pris l’initiative de la médiation. Et il donne à la Russie des conseils de prudence et de patience. Quant à nous, c’est à notre devoir d’insister pour qu’il parle avec force à la Russie de façon qu’elle s’abstienne. (…)

Voilà notre devoir et, en l’exprimant, nous nous sommes trouvés d’accord avec les camarades d’Allemagne qui demandent à leur gouvernement de faire que l’Autriche modère ses actes. Et il se peut que la dépêche dont je vous parlais tantôt provienne en partie de cette volonté des prolétaires allemands. Fût-on le maître aveugle, on ne peut aller contre la volonté de quatre millions de consciences éclairées. Voilà ce qui nous permet de dire qu’il y a déjà une diplomatie socialiste, qui s’avère au grand jour et qui s’exerce non pour brouiller les hommes mais pour les grouper en vue des œuvres de paix et de justice.

Aussi, citoyens, tout à l’heure, dans la séance du Bureau socialiste international, nous avons eu la grande joie de recevoir le récit détaillé des manifestations socialistes par lesquelles cent mille travailleurs berlinois, malgré les bourgeois chauvins, malgré les étudiants aux balafres prophétiques, malgré la police, ont affirmé leur volonté pacifique.

Là-bas, malgré le poids qui pèse sur eux et qui donne plus de mérite à leurs efforts, ils ont fait preuve de courage en accumulant sur leur tête, chaque année, des mois et des années de prison, et vous me permettrez de leur rendre hommage, et de rendre hommage surtout à la femme vaillante, Rosa Luxemburg, qui fait passer dans le cœur du prolétariat allemand la flamme de sa pensée. Mais jamais les socialistes allemands n’auront rendu à la cause de l’humanité un service semblable à celui qu’ils lui ont rendu hier. Et quel service ils nous ont rendu à nous, socialistes français !

Nous avons entendu nos chauvins dire maintes fois : « Ah ! comme nous serions tranquilles si nous pouvions avoir en France des socialistes à la mode allemande, modérés et calmes, et envoyer à l’Allemagne les socialistes à la mode française ! » Eh bien ! Hier, les socialistes à la mode française furent à Berlin et au nombre de cent mille manifestèrent. Nous enverrons des socialistes français en Allemagne, où on les réclame, et les Allemands nous enverront les leurs, puisque les chauvins français les réclament.

Voulez-vous que je vous dise la différence entre la classe ouvrière et la classe bourgeoise ? C’est que la classe ouvrière hait la guerre collectivement, mais ne la craint pas individuellement, tandis que les capitalistes, collectivement, célèbrent la guerre, mais la craignent individuellement. C’est pourquoi, quand les bourgeois chauvins ont rendu l’orage menaçant, ils prennent peur et demandent si les socialistes ne vont pas agir pour l’empêcher.

Mais pour les maîtres absolus, le terrain est miné. Si dans l’entraînement mécanique et dans l’ivresse des premiers combats, ils réussissent à entraîner les masses, à mesure que les horreurs de la guerre se développeraient, à mesure que le typhus achèverait l’oeuvre des obus, à mesure que la mort et la misère frapperaient, les hommes dégrisés se tourneraient vers les dirigeants allemands, français, russes, italiens, et leur demanderaient : quelle raison nous donnez-vous de tous ces cadavres ? Et alors, la Révolution déchaînée leur dirait : « Va-t-en, et demande pardon à Dieu et aux hommes ! »

Mais si la crise se dissipe, si l’orage ne crève pas sur nous, alors j’espère que les peuples n’oublieront pas et qu’ils diront : il faut empêcher que le spectre ne sorte de son tombeau tous les six mois pour nous épouvanter. Hommes humains de tous les pays, voilà l’œuvre de paix et de justice que nous devons accomplir ! 

Le soir du 29 juillet 1914, Jean Jaurès est au Cirque royal de Bruxelles à l’invitation du conseil général du Parti ouvrier belge et du bureau de l’Internationale socialiste. C’est sa dernière grande intervention publique. Partout en Europe, l’agitation des diplomaties allemande, russe, austro-hongroise, anglaise et française fait craindre un embrasement du continent. La menace couvait, avait prévenu le promoteur de l’unité du mouvement socialiste français et directeur de l’Humanité, depuis la confrontation de la France et de l’Allemagne au sujet du Maroc, en 1905 et 1911.

Feu contre feu, celui du discours de Jaurès en faveur de la paix, qui, à Lyon quatre jours auparavant, avait soulevé l’enthousiasme de ses auditeurs, reprend au tison de sa voix. Mots martelés sous les ovations et les acclamations en faveur de l’entente du salariat international. Mots scandés contre les va-t-en-guerre. Mots comme des gants de boxe de cuir sur le ring du fanatisme belliciste porté par l’impérialisme et le capitalisme « comme la nuée dormante porte l’orage ».

Deux jours plus tard, au pied des locaux de l’Humanité, Jean Jaurès est assassiné par un militant de l’extrême droite française. L’Allemagne de Guillaume II déclare la guerre à la Russie le 1er août et à la France le 3 août. Le conflit fera près de 30 millions de morts civils et 10 millions de morts militaires.

Au lendemain de la guerre, une Chambre « bleu horizon » dirigée par Georges Clemenceau gagne les élections législatives. Raoul Villain, l’’assassin de Jaurès, est acquitté. Prenant la plume pour dénoncer ce scandale judiciaire, Anatole France écrit dans l’Humanité du 4 avril 1919 : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. »

Partager cet article

Repost 0
Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste et du Front de Gauche. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011