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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 11:39

Macron déroule le tapis rouge au nationaliste de la Maison-Blanche

JEUDI, 13 JUILLET, 2017
L'HUMANITÉ
 

L’accueil réservé, un 14 juillet, à un Donald Trump prêt à jouer de la puissance militaire et à s’opposer au multilatéralisme pour recentrer le monde autour des intérêts états-uniens n’est pas qu’indigne, il est aussi le signe de terribles convergences.

Le président français s'emploie à faire passer la visite de Donald Trump comme un moyen d'éviter l'isolement d'un « précieux allié historique », voire de le « ramener dans le cercle international ». Mais ces efforts rhétoriques, destinés à amoindrir l'impact du choc suscité dans l'opinion par la décision de dérouler le tapis rouge au président nationaliste si contesté et controversé aux États-Unis même, cachent bien mal l'essentiel. Sur plusieurs grands dossiers du moment, les deux hommes affichent, si ce n'est dans la forme, du moins dans les faits, des convergences redoutables.
Donald Trump a décidé d'enclencher une nouvelle course aux armements en augmentant de quelque 9 % le budget militaire de l'hyperpuissance en 2018, alors que l'Oncle Sam dépense déjà autant en équipement et en soldats que les dix puissances militaires qui le suivent (Chine, Inde, France, Grande-Bretagne et Italie comprises). Il exerça en début d'année un chantage sur ses alliés de l'Otan, en les menaçant de quitter l'Alliance. Il les accusa de comportement « déloyal » puisque, affirmait-il, ils bénéficieraient du « parapluie militaire » américain « sans en payer la facture ». Et il revendiqua une augmentation significative de leurs investissements militaires.
Emmanuel Macron fut alors le premier à répondre présent. Il annonça, de concert avec la chancelière Angela Merkel, un projet d'« Europe de la défense» présentée comme un moyen de resserrer les rangs d'une Europe menacée de dislocation après le Brexit. Trump est exaucé. Un bond spectaculaire des dépenses militaires est programmé, Paris s'engageant par la voix d'Emmanuel Macron à porter les investissements dans « les capacités et l'industrie militaire » à 2 % de son PIB (contre 1,7 % aujourd'hui) d'ici au milieu de la prochaine décennie. Soit, à terme, une charge considérable pour les finances publiques qui va entraîner un manque, du même coup, pour les financements de projets européens de coopération et de solidarité. Pourtant plus indispensables que jamais pour qui entend vraiment sauver l'Europe.
 
« UNE DIPLOMATIE DU DEAL »
Du côté de la Maison-Blanche, on présente sans ambages cette « montée en puissance historique de l'armée » (Donald Trump dans son discours sur l'état de l'Union) comme une clé majeure pour « rendre sa grandeur à l'Amérique ». Aux yeux des oligarques de Wall Street, omniprésents au sein du gouvernement, elle constitue une variable d'ajustement essentielle pour la compétitivité des firmes états-uniennes. Autrement dit : un moyen de restaurer ou de conforter leur domination sur le marché globalisé. Cette détermination à user de la puissance militaire découle de ce que les stratèges nationalistes de la MaisonBlanche appellent « une diplomatie du deal », destinée à transformer le cadre des règlements multilatéraux hérité de la Seconde Guerre mondiale, voire à s'y substituer. Ainsi une menace d'une gravité inédite se profile-t-elle sur la paix.
Du côté de l'Élysée, on cherche, selon une tradition malheureusement bien établie au sein des exécutifs français successifs, à installer la France, puissance nucléaire, dans un rôle de lieutenant régional majeur du monde occidental au sein de l'Otan. En en espérant des retombées politiques et économiques favorables. Même si l'on prend soin d'instrumentaliser la déflagration provoquée par les attentats djihadistes pour masquer cette volonté derrière les besoins de la « lutte antiterroriste ». Au mépris de l'avis de l'immense majorité des spécialistes, pour qui les instruments les plus efficaces en la matière ne résident pas dans l'acquisition d'arsenaux de mort chers et sophistiqués, mais bien davantage dans le renseignement et la prévention des phénomènes intégristes et sectaires. Comme dans les moyens qu'il conviendrait de déployer pour résorber partout ces hideuses poches de misère et d'exclusion desquelles suinte le fanatisme.
 
« TRUMP EST UN PERSONNAGE HYBRIDE, ENTRE DR FOLAMOUR ET FRANKENSTEIN. » NICOLAS HULOT, MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE.
 
Le climat est l'autre avatar de la complicité paradoxale entre Emmanuel Macron et Donald Trump. Le président français s'est beaucoup démené, la semaine dernière à Hambourg, pour rendre « trumpo-compatible » la déclaration du G20. Résultat : le sommet a donné un blanc-seing à Washington pour qu'il puisse conduire une politique « divergente » en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Extraordinaire victoire d'étape pour le nouvel ordre que veut imposer Trump à ses partenaires : l'oligarque de l'immobilier a pu aller jusqu'à plaider un recyclage de la contribution promise jadis par les ÉtatsUnis en soutien aux pays en développement pour leur permettre « d'avoir accès et d'utiliser les énergies fossiles ». Traduisez : un encouragement à émettre, à l'avenir, davantage de CO2. Ce qui contredit ouvertement les engagements de la COP 21. Et cela pour le plus grand bénéfice de l'industrie des hydrocarbures conventionnels ou de schiste des États-Unis, fortement représentée au sein d'un cabinet Trump aux allures de conseil d'administration. On peut difficilement mieux réitérer le doigt d'honneur infligé début juin à la communauté internationale, quand Donald Trump a choisi de s'extraire de l'accord international trouvé sur le climat à la fin 2015 à Paris. Incompatible avec les visées des stratèges du national-libéralisme au sein de la Maison-Blanche.
 
Trump un président délinquant
Emmanuel Macron a beau jurer sans rire qu'il a choisi d'adouber son turbulent homologue parce qu'il « ne désespère pas » de le réintégrer, un jour, dans le cercle des discussions internationales. Il se démasque en fait par l'usage de logiques finalement très voisines. Austérité oblige, il vient d'annoncer des coupes claires dans le budget français des aides au développement, déjà très en dessous des minima onusiens. Comme il avait abandonné la concrétisation d'une taxe sur les transactions financières dédiée aux pays du Sud pour qu'ils puissent financer leurs propres transitions énergétiques. Ce qui augure bien mal du soutien sonnant et trébuchant des grands pays pollueurs pour aider les plus pauvres à se mettre en capacité de lutter contre le changement climatique. Le national-libéralisme de Trump et le libéralisme européiste par ordonnances de Macron font ainsi preuve de bien singulières convergences. Une autre proximité concrète, bien mal à propos, du président français existe quand il partage, avec son homologue, une très forte tentation autoritaire sur le front social. Donald Trump et les Républicains s'efforcent ainsi de faire adopter de nouvelles réglementations qui ruineraient les syndicats et les empêcheraient de négocier la moindre convention collective, quand Emmanuel Macron se met en marche pour détruire le Code du travail par ordonnances.
 
Sur les Champs-Élysées, le défilé militaire. Sur la place de la République, la contestation. Donald Trump « a refusé d'entrer au Royaume-Uni si des manifestations étaient prévues : nous savons ce qu'il nous reste à faire », annonce Nuit debout. Politique climatique, course à l'armement, décret anti-immigration, deals de libre-échange bilatéraux, discrimination des femmes... pour tout cela, « Trump n'est pas le bienvenu à Paris » un 14 Juillet. Ces politiques feront l'objet d'une assemblée générale avec des prises de parole libres vendredi à partir de 19 heures, avant de laisser place à l'Orchestre debout à 21 heures, au bal Brésil debout à 22 heures et aux différents ateliers répartis sur la place et dont le mouvement est féru (fabrication de pinata Trump, espace d'information sur les luttes en cours...).
Donald Trump est un président bien plus délinquant que ne le suggèrent les enquêtes qui font grand bruit outre-Atlantique sur son éventuelle capacité à avoir comploté avec la Russie de Vladimir Poutine contre Hillary Clinton, son adversaire démocrate lors de la présidentielle de novembre dernier. Quand il passe en force contre la justice pour imposer un racisme d'État par la construction d'un mur antimigrants à sa frontière avec le Mexique, ou par un décret, validé par une nomination très opportune à la Cour suprême, qui interdit de séjour aux États-Unis des citoyens de six pays majoritairement musulmans, il foule aux pieds certaines des valeurs fondamentales de son propre pays. Dérouler le tapis rouge à un individu de cet acabit que des centaines de milliers de citoyens des États-Unis, en lutte pour la défense du droit et d'une certaine idée de la civilisation, cherchent à isoler, voire à destituer, n'est-ce pas lui offrir sur un plateau un certificat de bonne conduite inespéré? Et donner la preuve de la pire des complicités ?
Journaliste

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans POLITIQUE NATIONALE
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